Le roi Maori en visite aux îles Fidji

La visite du roi maori Tūheitia Pōtatau Te Wherowhero VII aux îles Fidji n’est pas passée inaperçue. Selon les médias locaux, cet événement revêt une importance particulière, symbolisant un nouveau tournant dans le renforcement de la coopération et des liens entre la république océanienne et la monarchie traditionnelle néo-zélandaise.

Nichées au cœur de l'océan Pacifique Sud, les îles Fidji se présentent comme une carte postale paradisiaque qui séduit les voyageurs de passage. Avec leurs plages de sable blanc, leur cuisine exotique et leur remarquable faune sous-marine, elles ont été découvertes au XVIIe siècle par l'explorateur néerlandais Abel Janszoon Tasman. Originellement peuplées par les Austronésiens, reconnus comme les premiers navigateurs marins de l'humanité, cet archipel a été ultérieurement cédé en cadeau aux Britanniques par le roi Seru Epenisa Cakobau (1817-1883).

Seru Epenisa Cakobau @wikicommons

Une éphémère monarchie unifiée 

C'est à ce dirigeant que l'on doit l'unification des îles Fidji, un véritable Napoléon mélanésien qui a réussi à consolider son autorité en dominant les autres chefs de clans par la force. Malgré sa tentative éphémère de former une confédération de royaumes indépendants entre 1865 et 1867, celle-ci s'est soldée par un échec, amenant les Britanniques à intervenir et à le réinstaller sur le trône en 1871. Bien que reconnu par les États-Unis, qui avaient des intérêts commerciaux dans les îles Fidji, ces derniers ont tenté de le soumettre à des pressions en lui réclamant d'importants arriérés financiers pour l'incendie du consulat américain en 1849. Craignant une intervention militaire de Washington et un coup d'État orchestré par les planteurs américains, le monarque a pris une décision stratégique en plaçant les Fidji sous le protectorat de sa Glorieuse Majesté britannique. Maintenu à son poste de chef traditionnel par les Anglais, qui ont instauré l'Indirect rule, Seru Epenisa Cakobau a décidé par la suite de remettre s ses insignes royaux à la reine Victoria, qui a alors pris le titre de souveraine des Fidji.

Une visite historique pour le souverain des Maoris

Devenue indépendante en 1970 (c’est d’ailleurs le roi Charles III en tant que prince de Galles qui a représenté sa mère lors de la cérémonie officielle), la monarchie abolie en 1987, les Fidji sont régulièrement l’objet de tensions entre les mélanésiens de souche et la minorité indienne de l’île venue peupler l’archipel sous la colonisation. C’est loin de ces tergiversations politiques que le 15 novembre 2023, le roi maori Tūheitia Pōtatau Te Wherowhero VII, venu de Nouvelle-Zélande, a effectué une visite historique aux Fidji. Un déplacement qui « marque un nouveau chapitre dans l’avancement de la coopération et des relations entre nos deux pays » d’après le Fidj Times. Reçu à sa descente d’avion par le Premier ministre et ministre des Affaires étrangères Sitiveni Rabuka, ce dernier « a remercié le monarque traditionnel néo-zélandais pour sa visite qui « démontre les liens historiques, culturels et traditionnels entre les peuples des deux pays, avec des valeurs mutuelles de confiance et de respect, profondément enracinées dans notre unité en tant que peuples Pasifika ». Accompagné du vice-Premier ministre Winson Peters, le souverain maori a eu également un entretien avec le président Ratu Wiliame Katonivere afin d’évoquer les enjeux du réchauffement climatique auxquels le Pacifique va devoir faire face dans les années à venir. Un succès pour le roi Tūheitia Pōtatau Te Wherowhero VII qui est reparti avec la délégation du gouvernement néo-zélandais après 24 heures de séjour aux Fidji. 

L’histoire ne dit pas s’il a rencontré les descendants du roi Seru Epenisa Cakobau qui continuent d’écrire l’histoire encore aujourd’hui. Ainsi, peut-on citer on arrière-petit-fils, Sir George Cakobau,  quia été le premier gouverneur général fidjien de l’histoire de cet archipel océanien (1973-1983), Ratu Sir Kamisese Mara ( par une de ses filles) qui fut Président des Fidji (1993-2000) ou encore Epeli Nailatikau ( par la sœur de Cakobeau) qui fut également dirigeant de l’île entre 2009 et 2015. Son arrière-arrière-petit-fils George Cakobau Jr. a été ému au sénat des chefs traditionnels de 2001 à 2005. Après 20 ans de vacances et un conflit à propos de ses droits, la prétention au trône fidjien est actuellement occupée par Epenisa Seru Cakobau (né en 1960), petit-fils de Sir George Cakobau, reconnu par tous les chefs de clans fidjiens.  

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Date de dernière mise à jour : 21/12/2023

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