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Avis de tempête dans les monarchies ?

Couronne briseeAffaire Epstein qui compromet le prince Andrew d’York, exil du roi Juan Carlos d’Espagne pris dans la tourmente d’un scandale financier de grande ampleur, le roi Rama X de Thaïlande contesté par ses sujets ou encore le roi Philippe des Belges qui vit avec une constante épée de Damoclès au-dessus de sa tête, les monarchies européennes et d’ailleurs traversent-elles une tempête qui pourraient mettre à mal leur souveraineté séculaire ? Pour certains commentateurs, le pire est à craindre si elles ne s’adaptent pas et ne se réforment pas rapidement  pour assurer leur pérennité.

Felipe vi et juan carlos ierL’annonce par le palais royal du départ en exil du roi d’Espagne Juan Carlos, le 5 août dernier, a provoqué une onde de choc dans le pays de Cervantès. C’est une chasse à l’éléphant au Botswana en compagnie de sa maîtresse, une pièce rapportée de l’aristocratie allemande, qui a eu raison de son règne débuté en 1975, à la mort du général Franco. Afin de préserver les acquis de la monarchie restaurée et stopper toutes contestations, Juan Carlos avait alors pris la décision de céder sa place à son fils, Felipe, en 2014. Le nouveau souverain avait hérité d’un trône dans un contexte économique difficile et que venaient compliquer la résurgence du républicanisme et de l’irrédentisme catalan. Rapidement, Felipe VI va imprimer  sa marque et s’imposer en dépit des vicissitudes qui continuent de frapper la monarchie des Bourbons. Les révélations d’un scandale de blanchiment d’argent touchant son père force Felipe VI à prendre des décisions inédites dans l'histoire de la  maison royale d’Espagne. Renonçant à une partie de l’héritage provenant des fonds que le petit-fils d'Alphonse XIII a reçu de l’Arabie Saoudite dans des conditions douteuses, le roi signe le décret qui retire toute dotation à Juan Carlos. La presse s’écharpe sur le sort du monarque, quelques partis politiques principalement issus de la gauche radicale réclament un référendum sur les institutions tandis que la Catalogne sécessioniste refuse toujours de rentrer dans le rang. Certains médias affirment même que la monarchie peut tomber à tout moment. Pourtant c’est mal connaître les espagnols qui tiennent à conserver leur système monarchique. Selon un récent sondage, publié après l’arrivée du roi Juan Carlos à Abou Dhabi, son actuel lieu d’exil, 56 % des espagnols affirment souhaiter le maintien de la monarchie. Malgré tout, les nuages gris se sont amoncelés dans le ciel ibérique et restent toujours menaçants pour un roi qui a compris que la monarchie devait elle-même changer en profondeur si elle voulait survivre.

Elizabeth ii Elle est à la tête de la « Firme » depuis 1952, solide comme un roc. La reine Elizabeth II a affronté des dizaines de crises politiques et familiales sans jamais se plaindre, fidèle à la ligne de conduite qu’elle s’est fixée depuis son couronnement. Alors que se termine doucement son règne, c’est une nouvelle affaire à laquelle la souveraine de 94 ans doit faire face et qui touche son fils cadet, le prince Andrew d’York. L’arrestation de Jeffrey Epstein, un milliardaire suspecté d’avoir organisé un trafic sexuel, a eu  des répercussions jusqu’au sein de la maison Windsor. Les tabloïds tirent à boulets rouges sur l’enfant terrible de la famille royale d’Angleterre suspecté d’avoir été un des participants de ces orgies fines après les révélations d’une des jeunes filles recrutée par le magnat. Dans un premier temps, le duc a nié tout lien avec le milliardaire avant de se déclarer à la disposition de la justice américaine. Son interview en novembre 2019 au plus fort de la crise est un vrai désastre de communication. Le prince Andrew multiplie les maladresses et ses excuses calamiteuses, n’arrivant à convaincre personne. Il finit par fermer la porte à toutes négociations avec le procureur en charge de son dossier. Tout va se règler au sein de la famille royale. Sur la demande du prince de Galles, Charles, le duc d’York est retiré de toutes obligations envers la famille royale. Aucun exil mais la punition est de taille pour le fils de la reine Elizabeth II, imperturbable. 

Famille royale d angleterreAu printemps suivant, c’est une autre tornade qui s’abat sur l’Angleterre.  Rien n'est épargné à la reine. Epouse du prince Harry, l’actrice Meghan Markle est sous la pression de la presse qui lui reproche tous ses faux-pas et son manque de volonté à s’adapter au protocole. Le fils cadet de Lady Diana, victime d’un accident de la route sous le pont de l’Alma en 1997, décide alors de rompre les amarres avec la monarchie de sa grand-mère et part s’installer avec femme et enfant aux Etats-Unis. Les britanniques sont soulagés mais le mal fait à la royauté est palpable. Elizabeth II réunit la famille, tranche et interdit à son petit-fils d’utiliser son titre de duc de Sussex à des fins commerciales.  « Honni soit qui mal y pense » selon la formule consacrée. Héritier du trône depuis sept décennies, Charles attend patiemment de monter sur le trône. Il  a averti, il réformera la maison royale et réduira le nombre de royaux au sein des Windsor, croient savoir les médias qui s’épanchent longuement sur le sujet depuis plusieurs semaines. Un changement calqué sur le modèle suédois , qui a fait ses preuves au moment où Stockholm était la proie de violentes critiques, notamment contre son souverain Carl-Gustav XVI, et que semble suivre aussi William, le fils aîné et héritier du prince de Galles. Si au Canada et en Australie, des politiciens tentent bien de remettre en cause la monarchie,  celle-ci tient néanmoins fermement sur ses bases. Véritable icône mondiale, « The Queen » est une figure hautement respectée. 88% des sujets de Sa Majesté plébiscitent la monarchie. Pourtant tous craignent ce jour où la BBC annoncera cette mauvaise nouvelle que tant redoutent. L’avenir ne s’annonce pas radieux pour les Windsor qui pourraient adopter une attitude plus conservatrice dans les années à venir, notamment vis-à-vis des médias devenus trop intrusifs et faire leur propre révolution de palais afin de garantir un système millénaire qui fait parti du paysage anglo-saxon.

Prince frederick et mary du danemarkLes monarchies du Nord font peu l’actualité autrement que dans les pages des magazines peoples. Pourtant, au Danemark, c’est le prince Frederick qui a été récemment sous le feu des critiques. Les révélations d’une maison secrètement achetée en Suisse a soulevé un débat dans ce pays, terre des anciens vikings. Poussés par des parlementaires hostiles à la monarchie, les danois se sont demandés combien d’argent devaient-ils encore dépenser pour leur famille royale. Une polémique stérile qui a secoué brièvement la monarchie de la reine Margrethe II. En effet, le gouvernement alloue chaque année un budget aux membres de la maison royale et ce chalet a été acheté avec les deniers des listes civiles. Son frère, le prince Joachim a lui-même été la victime d’attaques. Alors qu’il se remet tout juste d’un AVC qui a l’a profondément amaigri, le second fils de la souveraine semble multiplier les réceptions au grand dam des danois qui se posent la question du coût de ces soirées. La controverse a tôt fait de s’éteindre et les foudres d’Odin de se calmer. A son avènement, le prince Frederick va certainement entamer des changements au sein de la maison royale et ses neveux comme nièces ne devraient plus être considérés comme des membres de la famille royale. Dans la ligne droite de ce qui est annoncé dans les autres monarchies européennes.

Le roi rama xBouddha aurait-il perdu son calme légendaire ? En pleine crise de covid-19, le roi Rama X est parti s’enfermer avec sa domesticité dans un hôtel de luxe bavarois. Roi de Thaïlande depuis 2016, le souverain dirige son pays avec l’aide de l’élite militaire qui a troqué ses habits militaires pour des plus civils mal ajustés. La crise économique et le vote de nombreuses lois (dont celle de crime de lèse-majesté) qui ont réduits les libertés démocratiques, ont provoqué un soulèvement populaire inattendu. Des milliers d’étudiants sont descendus dans les rues et se sont regroupés dans le centre de Bangkok afin de réclamer le retour de la constitution de 1932. Remplacée par une autre taillée sur mesure en faveur du souverain qui s’est vu accroître ses pouvoirs, les frasques du monarque et le visage de ses maîtresses s’étalent à la une des quotidiens internationaux. Pour la première fois de son histoire, des slogans anti-monarchiques ont raisonné dans un pays où l’institution royale est pourtant révérée, considérée comme divine. Un royaume divisé mais un système absolu qui n'entend pas se laisser dompter aussi aisément. Les militaires ont prévenu, critiquer le système actuel sera considéré comme une haute trahison. Jadis magnifique, le soleil de la monarchie siamoise a bien pâli et pourrait être entraîné dans une chute sans fin avec un roi qui semble être déconnecté de toutes réalités.

Le roi mswati iiiUn absolutisme qui ne fait pas recette chez les partisans de la monarchie et qui a coûté son trône en 2008 au roi Gyanendra du Népal. Autre souverain dans la ligne de mire, le roi Mswati III du Swaziland, dont le nom du pays a été rebaptisé pompeusement Eswathini. Dépendant de l’Afrique du Sud voisine, le royaume a été lui-même secoué par des manifestations qui ont réclamé plus d'ouvertures au multipartisme. C’est en effet le roi qui nomme le gouvernement et les membres du Sénat selon son bon vouloir, ne tenant pas compte des résultats électoraux. Ses folles dépenses dans un pays où la quasi majorité des habitants vit sous le seuil de pauvreté a provoqué un profond malaise et des blessures qui sont lentes à panser. Insensibles aux demandes de ses sujets, le roi continue de confondre le trésor public avec ses caisses personnelles faisant de sa monarchie, une véritable caricature ubuesque dont tout le monde se demande jusqu’à quand va-t-elle tenir. Qand on sait qu'un coup d’état est si vite arrivé en Afrique, un monarque peut en remplacer un autre tout aussi rapidement.

Philippe de belgiqueIl règne sur deux communautés que tout oppose depuis la création de ce état-tampon en 1830.  Si le roi Philippe a jusqu’ici montré ses qualités indéniables de souverain, la monarchie des Saxe-Cobourg–Gotha n’en finit pas de trouver des solutions afin d’apaiser les tensions persistantes entre wallons et flamands. Depuis plus de 600 jours, la Belgique n’a plus gouvernement. Tour à tour, les médiateurs désignés par le monarque ont jeté l’éponge et le royaume assiste, médusé, aux querelles de politiciens qui tentent tous de tirer leur épingle du jeu, mettant en péril la fragile paix sociale que s’efforce de maintenir envers et contre tous le roi des Belges. Roi constitutionnel comme l’intégralité des 12 monarchies européennes, Philippe a des pouvoirs qui ne lui permettent pas d’agir directement. Ce n’est pas la première fois que le royaume de Belgique est confronté à une telle crise. Sous le règne de son père Albert II, le royaume a connu deux fois cette situation après des élections législatives qui n’ont pas permis de dégager une majorité confortable. Philippe est à la tête d’un navire qui prend l’eau, attaqué par les séparatistes flamand qui soufflent le froid et le chaud sur une monarchie contrainte à faire des concessions de part et d’autres afin de survivre. Parmi les partis politiques, la solution passerait par un renforcement des pouvoirs du roi. Ce que justement demande Philippe qui n’a pas caché son souhait de voir la constitution être modifiée en ce sens.

Couronne et sceptreLes monarchies montrent-elle des signes d’affaiblissement ? Pour certains experts ou journalistes spécialisés, la question de leur survie se pose. Ils se demandent combien de royautés vont encore tenir le coup en ce siècle naissant alors que bon nombre de souverains achèvent diffcilement leurs règnes respectifs. Une incertitude qui affecte profondément les populations qu'ils dirigent depuis des décennies et qui permet au républicanisme d’engranger des voix. Les écarts entre partisans de la monarchie et de la république tendant d’ailleurs à se réduire alors que le système monarchique bénéficiait d’un engouement réel ces dernières années, source d’espoirs même dans des pays qui n’avaient plus connus de monarques depuis la fin des deux guerres mondiales. La crise du covid-19 a drastiquement réduit les activités des mouvements et associations monarchistes, principaux soutiens aux monarques en exercice et autres prétendants en attente de couronnes. L’arrivée d’une nouvelle génération de rois ou reines, prétendant(e)s sur le trône, quasi féminine, sera scrutée par tous et analysée sans la moindre complaisance dans un monde où règne le dieu communication. Pour survivre, ils n’auront pas d’autre choix que de réformer leurs monarchies en profondeur afin de conforter leur légitimité (ou la reconquérir).  Comme leurs partisans, leur mode de pensée traditionnaliste vis à vis de ce système qui a fait ses preuves, va devoir s'adapter. Certainement non sans mal, que ce soit pour le meilleur ou pour le pire.

Copyright@Frederic de Natal

 

Date de dernière mise à jour : 24/08/2020

Commentaires

  • joel lamand

    1 joel lamand Le 24/08/2020

    super article

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