«Des Royalistes dans la Résistance»avec François-Marin Fleutot

Francois marin fleurot photo cyril jarry candelon granon et frederic de natalFrançois-Marin Fleutot est essayiste. Ancien membre fondateur de la Nouvelle Action royaliste (NAR), il est l’auteur de divers livres à succès et considéré comme l’un des spécialistes de l’histoire de la Résistance. Son livre "Des Royalistes dans la Résistance", paru aux éditions Flammarion, est devenu une référence et sera prochainement réédité en même temps qu’une biographie de Jacques Renouvin. Je l’ai interviewé en janvier 2018 pour le blog Voie Royale.

Frédéric de Natal : François-Marin Fleutot, peut-on dire aujourd’hui que les monarchistes ont été les grands oubliés de l’histoire de la Résistance française ?

François-Marin Fleutot : Oui, évidemment oui ! Il y a mille et une raisons à cela. D’abord à cause d’eux-mêmes. C’est-à-dire qu’un certain nombre de résistants royalistes, sans forcément abandonner leurs convictions, ne se sont pas reconnus dans les mouvements monarchistes créés après-guerre. De plus, l’engagement de ces mouvements dans la défense inconditionnelle de l’État français leur semblait incongru par rapport à leur engagement personnel. Mais néanmoins si on pense au général de Bénouville[1], qui justement l’a rappelé dans son petit livre en 1946 ou 1947, ou au colonel Remy[2], qui a écrit plus d’une centaine de livres sur l’histoire de la Résistance, on constate qu’il y a eu beaucoup d’engagés royalistes de toutes obédiences dans la résistance.

F.d.N. : De Daniel Cordier, qui va devenir le secrétaire de Jean Moulin, au duc de Choiseul-Praslin en passant par l’alsacien Paul Dungler, qui sera à la tête du réseau Martial, quels furent les autres grands noms des monarchistes au sein de cette résistance ?

F.M.F. : Les premiers que l’on doit citer sont Philippe de Hautecloque[3], le maréchal Leclerc, qui dès 1940 poursuit les combats avec le général de Gaulle (lui aussi d’une famille monarchiste) contre l’Allemagne nazie avec sa Deuxième Division Blindée où de très nombreux royalistes participent aux combats, et ensuite Jean de Lattre de Tassigny[4], lui aussi maréchal de France, qui a commandé la première armée française et libérée toute la Provence et la vallée du Rhône. Et l’un comme l’autre participeront à la libération de l’Alsace et à l’invasion et la destruction de l’Allemagne nazie. De Lattre signera la réédition de l’Allemagne à Berlin et Leclerc celle des Japonnais dans le Pacifique.

Après, il y a la grande cohorte de ceux qui rejoignent Londres, la petite noblesse de tradition et de fidélité royaliste, les Mac-Mahon (Elizabeth de Miribel[5]), les Boissieu, les Boislambert, les Argenlieu, etc. On peut y ajouter le père Louis de Dartein, issu d’une des vieilles familles d’Alsace, l’un des précepteurs du comte de Paris. Dartein sera le premier vrai contact que les « gens de Londres » auront avec la Résistance intérieure. Ajoutons ceux qui viennent peu ou prou de l’Action française : Pierre Messmer[6], Daniel Cordier, Raymond Fassin, etc. Et encore ceux qui vont s’engager dans les réseaux et mouvements clandestin en France occupée, Marie-Odile Laroche, Hélène de Suzanet, Gilbert Renault, la famille d’Astier de la Vigerie, etc. Je dis et caetera simplement parce qu’ils sont très, très nombreux. Pourtant, j’aimerais ne pas oublier le comte Almaric de Rambuteau[7] et sa femme Amélie qui vont participer à diverses actions de la Résistance, avec leurs deux fils, dans le sud de la Bourgogne avant d’être déporté. Pensons aussi à Honoré d’Estienne d’Orves et Georges Bernanos.

Du côté de la Résistance intérieure, on trouve Paul Dungler (1902-1974) naturellement mais qui ne fut pas le seul royaliste. Il y eut aussi Claude Lamirault[8] qui va construire son propre réseau (Jade Fitzroy – « Fils de roi ») avant d’être lui aussi, malheureusement, déporté. Le colonel Remy va réunir autour de lui beaucoup de résistants, dont des royalistes, dans son réseau Confrérie Notre-Dame. Henri d’Astier de la Vigerie, avant d’organiser le débarquement anglo-américain à Alger et de créer les commandos de France, va organiser le réseau Orion (avec de très nombreux royalistes). Edmond Michelet[9] (qui bien qu’il eut quitté l’Action française en 1926 gardera toujours sa mémoire royaliste et participera en 1958 aux réflexions du comte de Paris alors qu’il est au gouvernement), Ferdinand Paloc[10] (groupe Combat) et le groupe La Vérité Française autour de Jean de Launoy[11] (fusillé place Balard) et encore Charles Dutheil de la Rochère[12] qui ont travaillé avec le réseau du Musée de l’Homme.

Des royalistes dans la resistanceF.d.N. : Le réseau Martial, on en parle peu dans l’histoire de la Résistance. Pourriez-vous nous raconter son histoire ?

F.M.F. : Chez les royalistes, le réseau Martial, c’est un peu un mythe. Quelle est donc la situation en Alsace et en Moselle au lendemain de la défaite ? Pour les Allemands, ces deux régions ne sont pas incluses lors des pourparlers de l’armistice, elles sont purement et simplement annexées et nazifiées. D’ailleurs, l’image d’une France coupée en deux est fausse. Il ne faut pas oublier qu’outre ces deux régions, le Reich enlève aussi à la France le Nord-Pas-de-Calais rattaché au gauleiter de Belgique, et qu’il y a des zones interdites, libre et occupées, des territoires gérés par les italiens etc.

La plupart des royalistes alsaciens sont devenus monarchistes en réaction à la politique anticléricale initiée par le cartel des Gauches en 1924 qui a remis en cause le concordat de Napoléon. Cette tentative de laïcisation va rassembler protestants, catholiques et juifs, qui n’hésiteront pas à descendre ensemble dans la rues par centaine de milliers. Léon Daudet, lui-même, fera un discours remarqué place Kléber à Strasbourg. C’est de ces manifestations, contre une laïcisation forcée, que va naître l’Action française en Alsace. Dungler ancien membre de l’association Royalistes d’Alsace, dirigée avant-guerre par l’abbé de Dartein, est d’abord un patriote catholique mais il est loin d’être le seul au sein de cette résistance. On trouve aussi dans ce réseau Jean Eschbach (capitaine Rivière),  Henri Veit, Marcel Kibler, etc qui viennent tous de l’AF. Le réseau Dungler se construit néanmoins autour des vichysto-résistants qui cherchent à avoir des renseignements sur cette région annexée. C’est grâce à leur efficacité que le colonel Remy (Gilbert Renault) va pouvoir lui-même monter son propre réseau et le maréchal Leclerc devra beaucoup aux royalistes français (Jean Escbach) pour leur aide lors de la libération de Strasbourg. Paul Dungler est à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de la Résistance officielle. On peut le qualifier de crypto-pétainiste sur lequel d’ailleurs les Américains vont jeter un regard attentionné en 1943 alors qu’il se trouve à Alger. Il est mêlé à différents complots en tout genre. Mais il n’en demeure pas moins un anti-Allemand qui va se faire arrêter à Nice, pointé du doigt par les gaullistes comme traître.

jacques renouvinF.d.N. : Pourriez-vous nous présenter brièvement Jacques Renouvin (père du dirigeant actuel de la Nouvelle Action royaliste), considéré comme le créateur de ces groupes francs qui s’illustrèrent dans les Mouvements unis de Résistance, et auquel la mairie de Paris a rendu un vibrant hommage en 2016 ?

F.M.F. : Jacques Renouvin est un enfant du quartier latin et il va apprendre le patriotisme auprès de son frère, héros de la première guerre mondiale, Pierre Renouvin, qui est un professeur d’histoire et futur spécialiste du conflit de 1914-1918. Il adhère à l’Action française, devient même un des chefs des Camelots du roi et organise les événements de février 1934 avant de s’en éloigner pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la politique. Après les accords de Munich, en 1938, il se distingue en giflant le libéral-centriste Flandrin qui a envoyé un télégramme de félicitations à Hitler. C’est d’ailleurs, certainement, le premier acte de Résistance en France. Il reçoit le soutien de personnes auxquelles il ne s’attendait pas comme celui de la Ligue contre l’antisémitisme (LICA), qui pourtant l’avait dénoncé comme un avocat du « 6 février », du Parti communiste qui s’oppose à cette époque à Munich (selon les ordres du Komintern) ou encore des démocrates-chrétiens. Mais, par contre, son geste de 1938 est relaté par un simple entrefilet dans l’AF ce qui va à la fois l’étonner et le décevoir. Jacques Renouvin participe aux combats, blessé dans les Vosges, prisonnier il s’évade en Bretagne et rejoint son neveu Michel, lui-même membre de l’Action française, en zone Vichy, à Montpellier. Il rejoint le groupe des professeurs démocrates-chrétiens rassemblé par Pierre Teitgen, René Capitant, François de Menthon. Ces derniers vont l’accueillir dans leur mouvement Liberté qui se transformera sous l’impulsion d’Henri Frenay en mouvement Combat. Très vite, à sa demande, on lui confie le commandement des groupes d’actions afin de dénoncer les collabos pro-nazis. Il commence avec des tracts, peintures sur les murs, puis menacent les kiosques qui vendent les journaux collaborationnistes et enfin les fait exploser. Dans ces premiers « Groupes Francs » de la Résistance son adjoint est un jeune juif franc-maçon Roger Nathan. Renouvin rassemble des patriotes sans s’occuper de leur appartenance idéologique. Il se lie d’amitié avec Edmond Michelet, avec les fils de l’historien Marc Bloch, etc.

On est donc loin de la légende qui veut que ce soit seulement les communistes qui ont résisté, alors qu’il n’entreront dans la Résistance qu’après juin 1941. N’oublions pas qu’au lendemain de la défaite, le parti communiste, interdit par Daladier en octobre 1939, demande aux nazis le droit de faire reparaître L’Humanité. C’est à cette occasion qu’est arrêté le jeune Guy Moquet, non pour fait de Résistance mais pour distribution de tracts demandant la reparution de L’Humanité.

Charles maurrasF.d.N. : « Une divine surprise ! », c’est ainsi que Charles Maurras qualifia l’arrivée au pouvoir du maréchal Pétain. Une phrase mal comprise mais qui plaça d’emblée, dans l’inconscient collectif, l’Action française dans la mare aux collaborateurs. L’Action française de l’époque a-t-elle joué un rôle au sein la Résistance française ?

F.M.F. : Non, on ne peut pas vraiment présenter les choses de cette manière. Cette phrase est le titre d’un article de Charles Maurras dans Le Petit Provençal de février 1941. Cette« divine surprise » ne célèbre ni l’arrivée des Allemands, ni la chute de la République et encore moins l’arrivée de Pétain. Cette « divine surprise », il l’écrit après un certain nombre d’événements de décembre 1940. Son enthousiasme vient du fait que Pétain a promulgué les lois antisémites (octobre 1940) et celles consacrées aux sociétés secrètes (août 1940). Sa réaction coïncide aussi avec la seule tentative des pétainistes non collaborateurs d’éloigner les pro-nazis du pouvoir (coup d’Etat du 13 décembre) et avec l’arrestation de Pierre Laval et de Marcel Déat, avec l’accord du maréchal. C’est à ce moment-là que Maurras écrit cette fameuse phrase. Pendant toute cette période Maurras reproduit l’attitude de l’AF pendant la Première guerre. On met la contestation du régime de côté et on soutient coûte que coûte le pouvoir en place. Mais attention, Vichy n’est nullement maurrassien, on aurait tort de le croire même si des membres d’Action française y gravitent. On y trouve surtout des personnalités de la IIIe république et principalement des technocrates. Il n’y a d’ailleurs aucun ministre d’AF à cette époque.

Il est évident que l’Action française et Maurras portent une certaine responsabilité dans l’après-guerre. En effet si, comme le pensait le général de Gaulle, l’AF était rentrée en résistance – au moins, a partir du retour de Pierre Laval (avril 1942) et de l’invasion de la zone Vichy (novembre 1942) – les communistes n’auraient pas été la seule force organisée et structurée de la Résistance. Ils n’auraient pas eu les mains aussi libres au lendemain de la guerre. C’est regrettable car l’Action française était certainement la seule force d’opposition aux communistes à cette époque et ses atermoiements ont desservi la Résistance.

F.d.N. : Loin de tout le manichéisme officiel, on redécouvre ce que l’on a baptisé les vichysto-résistants parmi lesquels se trouveront des monarchistes. Pétainistes ou gaullistes, les royalistes ?

F.M.F. : Je reviens sur ce que je disais précédemment. Globalement, la France est pétainiste en juin 1940. Il faut alors distinguer deux types de collaboration : celle de Montoire, puis celle, plus lourde, qui est instituée après le retour de Pierre Laval. Il y a ceux qui l’acceptent, d’autres qui la refusent et partent à Londres mais tous sont animés par le même sentiment patriotique. C’est dans ces deux noyaux que l’on trouvera des vichysto-résistants, beaucoup issus des rangs l’Action française, et qui vont composer la petite armée de Vichy. On doit aux militaires royalistes (comme le général La Laurencie et l’amiral Abrial) d’avoir combattu héroïquement à Dunkerque, permettant de sauver des Anglais, des Belges et des Français. Loin de ce que prétendent les Américains dans le film sorti il y a peu dans les salles de cinéma. Dans l’armée, de très nombreux officiers sont monarchistes. Après la débâcle, ils vont rester sous les drapeaux. On va les retrouver dans les nombreuses organisations que Vichy va créer pour les cacher des commissions d’armistice (allemande et italienne) Beaucoup vont participer à l’Organisation Résistance de l’Armée (ORA) et encadrer les maquis à partir de 1943. Les grands maquis du Vercors ou de Glières seront dirigés par ces officiers… C’est ce que l’on nomme les pétainos-résistants qui rejoindront la Iere armée Française de de Lattre de Tassigny.

Fernand bonnier de la chapelleF.d.N. : En décembre 1942, l’amiral Darlan est assassiné à Alger par le jeune Bonnier de la Chapelle. Peut-on parler d’un complot orchestré par des résistants monarchistes, le fameux « groupe des 5 » visant à placer le comte de Paris, Henri d’Orléans, dans un rôle de premier plan ?

F.M.F. : Il faut déjà rappeler qu’à cette époque, l’Algérie est un département français qui n’est pas sous administration coloniale mais sous celle du ministère de l’Intérieur. Alger applique les lois de Vichy. Contrairement à ce que l’on pense, il y a bien une occupation du territoire, celle organisée par les Italiens qui n’arrivent pas vraiment à contrôler quoi que ce soit. Le général Weygand, congédié en septembre 1940 du gouvernement Pétain, est nommé pour administrer l’Algérie. Rapidement il organise une armée sous diverses appellations. Ainsi plus de 100 000 hommes seront maintenus alors qu’il n’est autorisé à en avoir que 50 000. Il réussira même à négocier un contrat d’approvisionnement avec les américains au grand dam des allemands qui le débarqueront. Peu à peu un complot va se mettre en place à Alger pour favoriser l’arrivée des Alliés. Dans ce groupe des cinq, on retrouvait trois royalistes alliés à un militant d’extrême droite et à la communauté juive d’Alger.

Au départ, les Américains, qui sont au courant de ce qui se trame à Alger, souhaitent placer Weygand mais celui-ci refuse, ne voulant pas être leur marionnette. Seconde option, le général Giraud qui tergiverse puis accepte finalement le poste qu’on lui promet. De Gaulle, les américains ne veulent pas en entendre parler. Débarque alors à Alger l’amiral Darlan, venu au chevet de son fils malade, qui ne l’était pas tant que cela. Il ne fait aucun doute que Vichy a été averti du débarquement. Une fois celui-ci effectué, les Américains imposent Darlan qui maintient la politique de Vichy pendant ses quarante-cinq jours de pouvoir. Les résistants et une partie du groupe des cinq se mettent à la recherche d’une personne consensuelle pour remplacer légalement Darlan. C’est un complot tout à fait légal qui va se baser sur la loi Tréveneuc, loi qui organise les pouvoirs de la République lorsque le pays est occupé et qui dit simplement que les conseillers généraux des départements non occupés ont pouvoir de diriger le pays. Les élus de trois départements algériens se réunissent en conseil national (des socialistes et des centristes) et choisissent (à la demande de la Résistance, du groupe des cinq, et de la communauté juive) le comte de Paris. Le délégué du général de Gaulle (François d’Astier de la Vigerie) se rallie à cette solution, seul manière d’éloigner Darlan, le dauphin de Pétain, du pouvoir. Entendons–nous bien, il ne s’agit pas d’une restauration de la monarchie mais c’est un complot qui permettrait au chef de la Maison de France d’occuper une position centrale dans la Libération de la France.

Le jeune Bonnier de la Chapelle (lecteur de L’Action française) est choisi par ses amis du camp de Cherchell pour tuer Darlan. Par une incroyable coïncidence, sa fiancée habite dans le même immeuble que les frères d’Astier de la Vigerie et de l’abbé Pierre-Marie Cordier (sans lien de parenté avec Daniel Cordier) qui organisent le complot. Le jeune Bonnier tire et tue Darlan. Les Américains réagissent très vite et dans l’après-midi se réunit le conseil de l’Empire qui nomme, à leur demande, le général Giraud. Celui-ci réunit une cour martiale qui juge dans l’après-midi Fernand Bonnier de La Chapelle et le condamne à mort. Le comte de Paris intervient pour que Bonnier de la Chapelle ne soit pas jugé de suite mais reste emprisonné jusqu’à la libération. Et lorsqu’il rencontre Giraud, le prince ne sait pas encore que le jeune homme a été fusillé le matin même. Il tente de s’imposer mais Giraud refuse. Devant son insistance, le général menace d’appliquer la loi d’exil et le contraint à repartir au Maroc.

F.d.N. : Après avoir vainement approché les autorités de Vichy, le prétendant au trône lui-même a-t-il participé à des actions significatives de résistances ?

F.M.F. : Soyons clair, non. Il a succédé à son père en 1940, le duc de Guise, frappé par la loi d’exil est installé au Maroc espagnol. Il a fait plusieurs allers et retours en France, compte des partisans au sein du régime de Vichy, sans pour autant participer ni  abonder dans leur sens. Il est vrai que dès le début de l’Occupation, il a envoyé une circulaire à ses représentants leur demandant de résister. Mais son attitude demeure ambiguë. On sait qu’il a rencontré Laval qui lui a proposé le ministère du Ravitaillement, mais le comte de Paris trouve toutes ces propositions absurdes. Il n’a pas adhéré à Vichy, aucun texte d’ailleurs ne prouve aujourd’hui qu’il ait soutenu le maréchal. Mais on ne compte pas plus d’actes significatifs de Résistance que l’on pourrait porter à son crédit, autre que le complot d’Alger.

F.d.N. : Soixante-douze ans après la Libération, existe-t-il une nécessité de rendre aux monarchistes la place qu’ils méritent dans l’histoire très complexe de la Résistance française et à l’enseigner ?

F.M.F. : Il n’y a pas de raisons de maintenir les royalistes dans l’idée que ceux-ci seraient quasiment des crypto-nazis ou fascistes qui auraient accepté la collaboration. Certes, on ne va pas nier que certains ont collaboré, et d’autres soutenus le maréchal Pétain, mais il est aussi certain que la grande majorité d’entre eux ne se sont pas retrouvés dans la collaboration.

Les royalistes qui ont choisi le refus et l’insoumission à l’ordre établi ; les résistants ont souvent agit en pensant à leurs grands ancêtres. Beaucoup y ont laissé leur vie, femmes comme hommes, fusillés ou déportés dans des camps de travail. Les royalistes n’ont pas démissionné quand la France était occupée par l’Allemagne nazie. Qu’on remette donc les royalistes à leur place ! Après tout, deux maréchaux qui ont dirigés les armées de la Libération, des groupes de résistances, des maquis, des réseaux, des mouvements, tout cela n’est pas si ridicule. Je doute qu’il y est beaucoup d’école de pensée qui puissent en dire autant. Pourquoi ignorer, s’acharner à voir dans les royalistes que des crypto-fascistes qui ont collaboré !? Non, ils ont résisté, ils ont participé aux côtés des autres à la libération du pays. On doit leur restituer leur place dans cette histoire.

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Notes :
[1] Pierre de Benouville (1914-2001) : Ancien camelot du roi, ce normand de naissance fut un militant méritant de l’Action française et participa aux émeutes du 6 février 1934. Proche de la Cagoule et ami de François Mitterrand, il s’engagea dans les Requetés carlistes lors de la guerre d’Espagne en 1936 avant de devenir membre du comité directeur des mouvements unis de la Résistance. Il recevra la Légion d’honneur pour ses actes de bravoure durant la Seconde guerre mondiale. Ce compagnon de la Libération fut un fidèle du général de Gaulle. Embrassant une carrière de député d’Ille-et-Vilaine de 1951 à 1962, ce catholique fervent fut aussi un partisan de l’Algérie française. Député de Paris de 1970 à 1993, il organisa la rencontre entre Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen en 1988 lors du second tour de la présidentielle.
[2] Le colonel Rémy (1904-1984) : De son vrai nom Gilbert Renaud, il va perfectionner les réseaux de renseignement de Louis de la Bardonnerie (1902-1987), membre du réseau Martial avec qui il collabore. Sympathisant de l’Action française sans jamais y avoir milité, il participe à leurs côtés aux émeutes du 6 février 1934. En 1940 au lendemain de la défaite il déclare : « Imbu d’Action française, il ne m’était pas possible de considérer la défaite de la France comme définitive » et rejoint le général de Gaulle à Londres. A la libération, ce compagnon de la Libération va tenter de défendre Charles Maurras emprisonné et même tenter de réhabiliter le maréchal Pétain qu’il avait pourtant combattu. Il sera désavoué par le général de Gaulle dont il est lui-même déçu de la politique, notamment sur les événements en Algérie française. Historien, il collaborera à Aspects de France et Nation Française de Pierre Boutang
[3] Maréchal Philippe Leclerc de Hautecloque (1902-1947) : Issu d’une famille de la noblesse d’Artois qui est proche de l’Action française, dont il lit lui-même le journal sans pour autant adhérer au mouvement royaliste, il demeure une haute figure française de la Seconde guerre mondiale notamment pour ses faits d’armes en Afrique. Gaulliste, il participe au débarquement du 6 juin 1944 en Normandie et marchera à la tête de ses régiments sur Paris et Strasbourg avant de libérer l’Indochine française.
[4] Maréchal Jean de Lattre de Tassigny (1889-1952) : Egalement une haute figure française de la seconde guerre mondiale, c’est un officier militaire qui penche en faveur d’une monarchie mais sans adhérer à un mouvement. Il reste sous les ordres du maréchal Pétain mais, en 1942, lors du débarquement allié en Afrique du Nord, il demande à ses troupes de combattre les forces de l’Axe. Arrêté, il s’évade en 1943 et rejoint de Gaulle, il contribue à la libération du sud de la France. Il meurt de surmenage et d’un cancer de la hanche en pleine guerre d’Indochine alors qu’il venait juste de perdre son fils un an auparavant tué dans les combats contre les communistes vietnamiens.
[5] Elisabeth de Miribel (1915-2005) : Arrière-petite-fille du président royaliste légitimiste Patrice de Mac-Mahon, elle fut une correspondante de guerre et effectua diverses missions pour le général de Gaulle dont elle dactylographie l’appel du 18 juin. Proche des milieux catholiques-sociaux, elle fit par la suite une carrière au sein du Quai d’Orsay avant de finir comme Consul-général de France à Florence.
[6] Pierre Messmer  (1916-2007) : Engagé dans les Forces françaises libres (FFL), il sera Premier ministre de 1972 à 1974, maire de Sarreboug de 1971 à 1989. Cet ancien camelot du roi rejoindra de Gaulle en 1940 et effectuera plusieurs missions d’importance en Afrique. Il accompagnera monseigneur le comte de Paris à sa dernière demeure.
[7] Comte Almaric Lombard de Buffières de Rambuteau (1890-1944) : Époux de la princesse Amélie de Mac-Mahon (fille de la princesse Marguerite d’Orléans), il sera déporté au camp de Neu Stassfurt-Buchenwald (n° 78855) où il décède le 13 décembre 1944. Ses fils sont déportés au camp de Neu Stassfurt : Philibert (n° 78907) et Maurice (n° 78853) seront libérés.
[8] Claude Lamirault (1918-1945) : Militant de l’Action française, engagé par le SR anglais, il fonde avec sa femme Denise et ses amis royalistes, les Rousselot, le service de renseignements Jade Fitzroy. Arrêté il est déporté à Neckargerach(n° 77002) sa femme à Buchenwald (n° 57867), ils seront libérés en avril 1945. Un mois plus tard, ils décéderont dans un accident de la route. Bernard Rousselot est déporté en 1942 et décède le 11 septembre 1945 à Karlsruhe.
[9] Edmond Michelet (1899-197) : Catholique social, il milite jusqu’en 1926 à l’Action française. Chef du mouvement de résistance Combat. Arrêté et déporté (n° 52576) au camp de Dachau. Il sera député du MRP en Corrèze de 1945 à 1951, sénateur de la Seine de 1952 à 1959, Garde des sceaux de 1959 à 1961 et ministre d’Etat de 1967 à 1970. Ami de Jacques Renouvin et du comte de Paris.
[10] Ferdinand Paloc : Journaliste, chef des MUR de l’Hérault, il est arrêté et déporté au camp de Buchenwald-Dora (n° 51369).
[11] Jean de Launoy : Il est fusillé le 27 octobre 1942 place Balard à Paris, en même temps que son ami royaliste Pierre Stümm.
[12] Charles Dutheil de la Rochère : Condisciple de Charles Maurras au lycée d’Aix-en-Provence. Responsable du réseau du Musée de l’homme, arrêté et déporté au camp de Sonnenburg, il y décède le 3 janvier 1944.

Date de dernière mise à jour : 17/11/2020

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