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Reza Pahlavi–Donald Trump : la rencontre qui pourrait tout précipiter

Dans l’ombre des manifestations qui embrasent l’Iran, une scène se joue loin des rues de Téhéran. La possible rencontre annoncée entre Reza Pahlavi, héritier de la dernière dynastie iranienne, et le président Donald Trump à Mar-a-Lago cristallise les espoirs de l’opposition comme les craintes d’un retour des ingérences étrangères.

Jeudi 7 janvier 2026 au soir, l’Iran a basculé dans une nouvelle dimension de la contestation. Des dizaines de milliers de manifestants ont envahi les rues de Téhéran, tandis que la vague de protestation, débutée depuis plus d'une semaine, s’étend désormais à plus d’une centaine de villes à travers le pays. Une mobilisation massive, diffuse, déterminée, qui semble échapper aux mécanismes traditionnels de répression.

Face à cette montée en puissance, le régime a ressorti l’une de ses armes favorites : le silence numérique. L’accès à Internet a été brutalement coupé à l’échelle nationale. Une tactique déjà employée lors des précédentes révoltes, visant à désorganiser les manifestants, empêcher la circulation des images et isoler l’Iran du regard international.

Mais cette fois, la colère paraît plus profonde. Dans les cortèges, un nom revient avec insistance, scandé comme un cri de ralliement : celui des Pahlavi, la dernière dynastie à avoir régné sur l’Iran entre 1921 et 1979. Un symbole ancien, longtemps tabou, qui réapparaît dans l’espace public iranien comme une alternative possible à quarante-six ans de République islamique.

 

 

Reza Pahlavi et l’Amérique : une rencontre lourde de symboles

C’est dans ce contexte explosif que la chaîne Iran International révèle l’existence de contacts en vue d’une possible rencontre entre le prince Reza Pahlavi (65 ans), fils du dernier Shah d’Iran, et le président américain Donald Trump, dans sa résidence Mar-a-Lago, le 12 janvier prochain. Une information qui, si elle se confirmait, constituerait un tournant diplomatique majeur.

Le prince héritier en exil, qui a le soutien affiché d'Israël, ne cache pas ses ambitions de transition. Dans un message adressé au président américain après les menaces de Washington contre le régime iranien, il avait écrit sur ses réseaux sociaux « Monsieur le Président Trump, je vous remercie de votre leadership fort et de votre soutien indéfectible à mes compatriotes. Cet avertissement que vous avez lancé aux dirigeants criminels de la République islamique donne à mon peuple davantage de force et d'espoir : l'espoir qu'enfin, un président des États-Unis se tient fermement à leurs côtés. »

Et de poursuivre, dans un appel explicite à la refondation des relations irano-américaines : « Alors qu'ils risquent leur vie pour mettre fin à 46 ans de règne de chaos et de terreur sous ce régime, ils me confient une responsabilité et un message : renouer avec les relations qu'entretenait autrefois l'Iran avec l'Amérique, relations qui ont apporté paix et prospérité au Moyen-Orient. J'ai un plan pour une transition stable en Iran et le soutien de mon peuple pour le mettre en œuvre. ». Le prince Reza Pahlavi a proposé de prendre la tête d'un régime de transition et de proposer la question de l'avenir des institutions ( monarchie ou république) au vote populaire par la voie référendaire.

 

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Washington hésite face à l’ombre d’Ajax qui plane

Pourtant, à Washington, la prudence demeure. Dans une interview accordée au podcasteur Hugh Hewitt, le président Donald Trump a tempéré toute idée de rencontre officielle avec l’héritier de la monarchie iranienne.  « Eh bien, je l'ai observé, et il semble être une personne sympathique, mais je ne suis pas certain qu'il soit approprié, en tant que président, de le faire à ce stade », a-t-il déclaré. « Je pense que nous devrions laisser chacun faire son chemin et voir qui en ressort. Je ne suis pas certain que ce soit forcément la chose à faire. », a ajouté le dirigeant américain.

Derrière cette réserve affleure une crainte bien connue : celle d’un précédent historique impossible à ignorer. En 1953, l’opération Ajax, menée par la CIA et le MI6, avait abouti au renversement du Premier ministre iranien Mohammad Mossadegh et au retour au pouvoir du Shah Mohammad Reza Pahlavi, père de Reza, brièvement exilé de son pays. Si l’intervention avait assuré, à court terme, la stabilité occidentale et la protection des intérêts pétroliers, elle avait aussi semé les graines d’un ressentiment durable, nourrissant la révolution islamique de 1979 ayant abouti à la chute de la monarchie.

Aujourd’hui encore, dans l’imaginaire collectif iranien, y compris dans la diaspora toute implication américaine dans les affaires internes du pays est perçue à travers ce prisme. Une intervention directe — politique, diplomatique ou militaire — risquerait de délégitimer une révolte pourtant largement endogène, en offrant au régime un argument de propagande imparable : celui du complot étranger.

Bien que le prince Reza Pahlavi compte de nombreux soutiens au sein de l’administration américaine, celle-ci se trouve ainsi face à un dilemme stratégique. Soutenir ouvertement l’opposition pourrait accélérer l’effondrement du régime, mais aussi compromettre la crédibilité du mouvement populaire. À l’inverse, l’inaction risquerait d’être interprétée comme un abandon moral d’un peuple en lutte.

Copyright@Frederic de Natal

Date de dernière mise à jour : 09/01/2026