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Reza Pahlavi, au-delà de la monarchie, l’héritier devenu leader politique

Depuis plusieurs jours, le régime des mollahs est confronté à des manifestations menaçant sa stabilité. Le nom des Pahlavi est devenu un signe de ralliement pour les contestataires. Quelle réalité derrière ce rappel à l'histoire monarchique de l'Iran ?

En Iran, les manifestations qui secouent le pays depuis plusieurs jours dépassent désormais le cadre économique et social. Alors que l’effondrement du rial et la crise financière ont déclenché la colère populaire, un slogan interdit depuis plus de quarante ans a réapparu dans les rues, faisant consensus : « Javid Shah ! » – Vive le Shah ! »

Symbole de défiance envers la République islamique, ce cri de ralliement résonne comme un avertissement pour le régime en place.

 

 

La colère populaire s’exprime contre le régime

Depuis dimanche 28 décembre 2025, des milliers d’Iraniens défilent dans les rues de Téhéran, Ispahan, Mashhad, Ahvaz et Hamadan. À l’origine, la fermeture des bazars – pilier économique et moral du pays – en signe de protestation contre l’effondrement du rial, a cristallisé le mécontentement. La valeur du dollar sur le marché libre a brièvement atteint 1,4 million de rials, contre un taux officiel de 42 000, transformant une frustration économique latente en révolte ouverte. Dans ce contexte, les manifestations ont rapidement dépassé les simples revendications matérielles. La foule scande désormais des slogans tels que « C’est la bataille finale ! Pahlavi reviendra ! » ou « Le Shah retournera au pays et Zahhak [roi-serpent-ndlr] sera renversé ! », faisant référence à un tyran mythologique et dénonçant la gouvernance religieuse actuelle.

La République islamique, qui se pensait protégée par son appareil de sécurité, se trouve confrontée à une contestation d’ampleur historique. Jusqu’ici, les forces de l’ordre ont eu recours aux gaz lacrymogènes et aux canons à eau, et un premier décès a été signalé : un membre des milices paramilitaires Basij. Mais le message est clair : la population ne se contente plus de réclamer des mesures économiques, elle exprime un rejet profond du système lui-même, miné par la corruption et réclame plus de libertés autant individuelles que démocratiques.

 

 

Bazar et étudiants : un front historique se reforme

La participation active des commerçants du bazar et des étudiants confère aux manifestations une dimension historique et politique majeure. Depuis l’ère Kadjar (1789-1925), la classe marchande iranienne a toujours été un acteur clé du pouvoir, capable de faire vaciller des régimes par ses grèves et alliances. Les grèves des bazars en 1978-1979 avaient accéléré la chute de la monarchie Pahlavi. Aujourd’hui, leur action s’accompagne du retour en force des étudiants, jadis anti-monarchistes, scandant désormais des slogans pro-Pahlavi.

Pour les jeunes Iraniens, nés après la révolution, le Shah représente un symbole d’un Iran souverain, non soumis aux directives cléricales et aux conflits régionaux. Les chants « Javid Shah » traduisent ainsi une nostalgie politique mais aussi un rejet de la République islamique comme rupture artificielle dans l’histoire perse. Le pouvoir actuel, qui a tenté d’effacer la mémoire de la monarchie, est confronté à un tabou détruit, un signal que son autorité morale s’érode.

Dans ce contexte, le prince héritier Reza Pahlavi, 65 ans, apparaît comme le principal point de ralliement de l’opposition. Résidant aux États-Unis depuis la chute de son père en janvier 1979, ses appels à l’unité nationale, à la protection des libertés individuelles et à la séparation de la religion et de l’État trouvent un écho particulier dans les manifestations. À Paris, lors d’une conférence de presse en juin 2025, puis à Munich devant plus de 500 dissidents iraniens de tous horizons, le prince impérial a présenté un plan en cinq points pour un Iran post-République islamique : pression internationale, soutien au peuple, encouragement des défections au sein du système, mobilisation des masses et planification économique et politique du pays. Souhaitant rassembler largement, il a promis, une fois l’Iran libéré de son régime théocratique, de poser la question des futures institutions à travers un référendum populaire.

 

 

Un soutien aux Pahlavi difficile à définir

Suivi par des centaines de milliers d’Iraniens sur les réseaux sociaux, le prince Reza Pahlavi s’adresse régulièrement à ses compatriotes, multiplie les interviews et conférences, appelant la communauté internationale à se mobiliser. Lors de son dernier communiqué, il a appelé les Iraniens à s’unir contre les mollahs. « Nous avons besoin d'une plus grande solidarité et de maintenir la mobilisation. C'est pourquoi je vous demande de saisir chaque occasion, chaque rassemblement, chaque événement des prochains jours pour amplifier ce mouvement. Mon équipe et moi-même continuerons à œuvrer pour mobiliser davantage de forces, provoquer plus de défections du régime et faire entendre votre voix dans le monde entier. La victoire est à nous. », a-t-il déclaré.

Il est actuellement difficile de mesurer le soutien aux Pahlavi en Iran. Certains observateurs affirment que l’engouement perçu sur les réseaux sociaux ne reflètent pas le sentiment des Iraniens à l’égard de la dynastie. Les détracteurs des Pahlavi assurent même que la population n’a pas oublié les exactions de la SAVAK (police du Shah) oubliant toutes les réformes modernes entreprises par les deux souverains de la famille impériale (notamment en matière de droits des femmes).  Reza Pahlavi, quant à lui, assume parfaitement tout le règne de son père, Mohammed Reza Pahlvi sans en occulter les dérives.

Défiance ou réalité, au sein de la diaspora iranienne, la question du retour de la monarchie semble tranchée. D’après un sondage réalisé en 2024 par l’institut Gamaan, seulement 21 % des Iraniens vivant à l’étranger se déclarent pourtant favorables à une restauration de la monarchie. Cependant, la même enquête, montre que Reza Pahlavi demeure la figure la plus suivie et la plus reconnue comme leader principal de l’opposition, avec 31 % d’opinions favorables. « Il est évident que la population reconnaît l’autorité du prince Reza Pahlavi », a déclaré au Jerusalem Post un membre de l’opposition iranienne en exil resté anonyme. « Il appartient désormais au prince d’étendre son influence et de prouver que ses cadres professionnels sont capables de prendre le pouvoir. Dans ce cas, l’armée pourrait se joindre au peuple. C’est un scénario envisageable si les manifestations se poursuivent. », poursuit-il

Le soutien populaire dans les rues et sur les réseaux sociaux révèle que son autorité morale est reconnue. Selon des membres de l’opposition en exil, « Il appartient désormais au prince d’étendre son influence et de prouver que ses cadres sont capables de prendre le pouvoir. L’armée pourrait alors se joindre au peuple ». Même sans action directe, la figure du Shah renaît comme un symbole central du changement politique. Et cela n’a rien d’anodin, n’en déplaise aux opposants des Pahlavi.

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Date de dernière mise à jour : 02/01/2026