Alors que l’Iran est actuellement secoué par d'importantes manifestations contre le régime des mollahs, étendues à tout le pays, l’impératrice Farah Pahlavi s’est adressée solennellement à ses compatriotes. Elle appelle les Iraniens à l’unité nationale et à mettre fin à l'oppression.
Près de quarante-sept ans après la chute de la monarchie iranienne, la parole de Farah Pahlavi conserve une portée singulière. L’ancienne impératrice d’Iran s’est adressée aux Iraniens à un moment où la République islamique paraît plus fragilisée que jamais. Crise économique profonde, isolement diplomatique, colère sociale et défiance générationnelle composent aujourd’hui le paysage d’un régime confronté à une contestation endémique. Après plusieurs jours de manifestations, débutée le 27 décembre 2025 avec la grèce du bazar de Téhéran, la capitale, c'est désormais tout l'Iran qui s'embrase et qui a pris pour cris de ralliement, le nom de la dynastie qui a régné sur l'Iran de 1925 à 1979. Plus de 70 villes se sont soulevées contre le régime théocratique.
Dans un texte d’une gravité mesurée publié ce 2 janvier 2026 sur ses réseaux sociaux, Farah Pahlavi dresse d’abord le constat implacable de près d’un demi-siècle de pouvoir islamiste. « Pendant quarante-sept ans, vous avez enduré des souffrances inimaginables et vu votre pays bien-aimé s’effondrer sous le joug d’un régime répressif qui vous a dépouillés de vos droits, de votre dignité et de votre bien-être », écrit-elle. Une formulation qui résume le sentiment dominant d’une large partie de la société iranienne, marquée par la restriction des libertés publiques, la surveillance idéologique et une paupérisation croissante. Mais loin de s’en tenir à la dénonciation, l’impératrice met en lumière ce qu’elle perçoit comme un basculement historique. « Je vous vois vous relever, plus forts que jamais », affirme-t-elle, saluant l’émergence d’un mouvement national porté par une jeunesse déterminée, féminine et urbaine, mais désormais relayée jusque dans les provinces.
« Je vois des jeunes, des hommes et des femmes venus des quatre coins de cette grande terre, se tenir debout et parler d’une seule voix, une voix qui ne peut plus être ignorée », poursuit l'épouse du dernier Shah d'Iran.
Mémoire nationale, appel à l’unité et message aux forces de sécurité
Ce soulèvement diffus, sans chef désigné mais profondément enraciné, s’inscrit dans une dynamique nouvelle : celle d’un rejet non plus ponctuel, mais structurel, du système instauré après la révolution de 1979 par les mollahs. Farah Pahlavi insiste sur la dimension morale et universelle de ce combat. « Votre courage, votre force et votre résilience me remplissent de fierté. Vous n’êtes pas seuls, et votre voix pour la liberté et la justice résonne bien au-delà des frontières de l’Iran. » Une allusion claire au rôle croissant de la diaspora iranienne et à la mobilisation internationale autour de la question des droits humains en Iran.
L’ancienne impératrice inscrit également cette séquence dans une continuité historique, rappelant ce que fut l’Iran avant son enfermement idéologique. « Nous sommes un peuple fier de son histoire, une histoire riche en culture, en art, en pensée et en innovation », écrit-elle, avant d’ajouter : « L’Iran fut jadis un phare d’espoir et de progrès, et il le sera de nouveau bientôt. » Une référence explicite à une nation plurimillénaire, bien antérieure à la République islamique, et dont l’identité ne saurait être confisquée par un régime.
Dans l’un des passages les plus sensibles de son message, Farah Pahlavi s’adresse directement aux forces de sécurité, pilier central du pouvoir. « J’appelle les forces de sécurité à se joindre au peuple », écrit-elle, suggérant que l’avenir du pays pourrait se jouer dans la loyauté – ou la rupture – de ces institutions armées. Une prise de position lourde de sens, dans un pays où l’appareil sécuritaire demeure l’ultime rempart du régime. Consciente de la dureté de l’épreuve, l’impératrice ne cède toutefois ni à l’illusion ni à la précipitation. « Le chemin à parcourir sera difficile, mais votre volonté est plus forte que tous les obstacles », assure-t-elle, affirmant sa conviction que « l’oppression et la répression ne dureront pas éternellement ». À ses yeux, la légitimité populaire finira par l’emporter sur la contrainte.
Le message s’achève sur une tonalité solennelle, presque prophétique. « Ce moment est le vôtre. Ce moment restera gravé dans les mémoires comme le tournant où le peuple iranien reprendra son destin en main. » Et de conclure, dans une formule qui résume l’esprit de son engagement : « Dans l’espoir de la victoire de la lumière sur les ténèbres et de la liberté de la terre d’Iran. ». À l’heure où la République islamique semble vaciller et prêt à s’effondrer, sa voix rappelle que l’histoire iranienne ne s’est jamais écrite dans le silence — et qu’elle pourrait, de nouveau, changer de cours.
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