L’héritier de la couronne plaide pour un retour urgent de la monarchie

Prince sharif ali ben al hussein photo gettyInterviewé le 23 décembre dernier par Bagdad News, le prince Sharif Ali Ben Al-Hussein, prétendant à la couronne d’Irak, a surpris ses interlocuteurs en prédisant la chute prochaine de tout le système politique et économique de son pays avant l’été de cette année, réclamant que le parlement étudie de toute urgence la question du retour de la monarchie renversée dans le sang en 1958. Une idée soutenue par diverses pétromonarchies du Golfe mais qui divise les irakiens qui n’ont pas oublié que la maison royale Hachémite a été longtemps assujettie au pouvoir de l’Occident.  Sharif Ali Ben Al-Hussein en est pourtant convaincu, la « monarchie est le seul système qui garantira la restauration de l’unité de la société irakienne ». Loin d’être farfelues, les médias irakiens se sont emparés des récentes déclarations du prétendant à la couronne et ont consacré divers articles ces dernières semaines à ce sujet alors que le pays s’apprête à renouveler son parlement dans un climat explosif qui profite aux cellules islamistes en pleine résurgence dans cette partie de l'ancienne Mésopotamie.

Retour du prétendant au trône en 2003A la chute du Président Saddam Hussein en 2003, le prince Sharif Ali Ben Al-Hussein a fait un retour triomphal dans la capitale de l’Irak, Bagdad. Ce banquier de formation a fondé le mouvement monarchiste constitutionnaliste ( ??????? ????????? ????????) mais celui-ci peine cependant à percer lors des élections électorales et ses alliances avec divers partis politiques n’ont lui jamais permis de se faire élire à l’Assemblée nationale. A la tête du bureau de la délégation pour la Conférence de la paix depuis plus de deux ans, une officine gouvernementale, il demeure pourtant une voix importante dans un pays en proie à l’anarchie politique, l’ethnocentrisme et la tentation islamiste. L’année dernière, il s’est vainement porté candidat au poste de Premier ministre après avoir échoué à se faire nommer au strapontin des Affaires étrangères, cinq ans plus tôt. Si son nom est fréquemment cité, le prince royal se heurte à l’opposition shiite et aux kurdes qui se méfient de ce sunnite et qui n’ont pas oublié que sa famille a été longtemps « l’otage » des puissances occidentales qui se sont partagés le gâteau pétrolier de l’Irak au cours du XXème siècle.

Le prince Sharif Ali Ben Al-HusseinHéritier d’une famille royale, imposée sur le trône d’un pays créé de toutes pièces par les britanniques en 1921 et passée au fil de la mitraillette presque quatre décennies plus tard, un bain de sang effroyable au son de la Marseillaise, Sharif Ali Ben Al-Hussein a été récemment l’invité de Bagdad News afin de donner son avis sur la situation chaotique qui prévaut en Irak actuellement. Le 21 janvier, sans que cela n’émeuve qui que soit dans les médias internationaux plus occupés à évoquer sans discontinuité la pandémie de covid-19, un double attentat a lourdement frappé la capitale irakienne faisant 30 morts et plus de 100 blessés. Portant la signature de Daesh, l’état islamique du Levant dont la résurgence de ses cellules au Moyen-Orient commence à inquiéter les différents états-majors militaires, il intervient au moment où le pays entre dans une période électorale compliquée avec des élections législatives anticipées, prévues initialement en juin avant d’être reportée finalement en octobre prochain. Mettant en garde les partis politiques concernés, le prince Sharif Ali Ben Al-Hussein a averti du prochain effondrement économique du pays si les « forces politiques n’y remédient pas immédiatement ». « Le système politique en Irak tombera avant la fin de l'été prochain, et il ne pourra plus payer les salaires des fonctionnaires. Nous sommes entrés dans le compte à rebours et le jeu est terminé» a déclaré le prétendant au trône de 65 ans devant les journalistes médusés. Dénonçant le blocage permanent de toutes les réformes, le petit-fils du dernier roi du Hedjaz, avant que les Ibn Séoud et Lawrence d’Arabie ne privent sa branche de ce trône, a regretté le manque d’unité qui fait défaut aux forces politiques de la nation. « Je n’ai aucun problème avec aucun bloc ou parti politique mais il est clair que certains sont dérangés par le programme actuel de réformes qui a été mis en place pour mettre fin à la corruption endémique et au clientélisme afin de permettre des élections justes et démocratiques » a poursuivi le prince royal qui pointe du doigt l’échec de toutes les politiques initiées depuis le renversement par les américains du régime de Saddam Hussein.

Le prince sharif ali ben al hussein un option« La majorité du peuple irakien souhaite désormais le retour de la monarchie car ils pensent que le seul système qui garantira la restauration de l’unité de la société irakienne » affirme Sharif Ali Ben Al-Hussein.  Avocat inlassable du retour de l’institution royale, le prince n’a pas hésité à révéler au cours de l’entretien que cette option avait été retenue par Washington en 2010 avant finalement d’être reportée à cause de la situation instable du pays. Une assertion qu’il avait déjà expliquée par le passé. « Bien avant la guerre, j’ai suggéré aux Américains d’organiser des élections au plus vite dès que le régime tomberait. Ils se sont malheureusement fiés à leurs propres copains en exil et ont complètement échoué dans la reconstruction du pays. Dès le départ, l’erreur a été de créer un Conseil de gouvernement transitoire sous la coupe de Paul Bremer, le proconsul américain » s’était déjà agacé  Sharif Ali Ben Al-Hussein dans les colonnes du « Figaro ». Dans les pétromonarchies voisines, le retour d’un monarque est envisagé avec bienveillance et certains pays n’ont pas hésité à appuyer les revendications de cet « homme au costume trois pièces impeccable doté de bonnes manières, possédant un certain charme, parlant un parfait anglais » comme le rapporte le quotidien « Doha News ». Et si le prince, proche de l’ancien Premier ministre et vice-président Nouri Al-Maliki ( 2006-2018) peut compter sur un discret lobby de députés (Républicains) aux Etats-Unis et celui d’Abdul Aziz Ben Khaled, ambassadeur saoudien en Irak qu’il reçoit régulièrement dans sa résidence au bord de l’Euphrate. L’idée est loin d’être saugrenue. En 2014, c’était déjà une solution avancée par le ministre du Commerce (2003-2004) et des Finances (2005-2006), Ali Abdul-Amir Allawi, un monarchiste assumé qui affirmait que « cela pourrait unifier les sunnites et shiites ».

Propagande monarchiste irakienne photo gettyL’intervention du prétendant au trône n’est pas passée inaperçue. Sur les réseaux sociaux, elle a été longuement commentée comme le rapporte l’organe de presse Al-Jazeera dans sa version arabophone.  « Selon moi, cela reste un point de vue personnel basé sur certaines données qui peuvent changer le jeu de la politique et des intérêts. Il n'y a qu'une seule constante en politique, qui est l'intérêt de ceux qui détiennent le pouvoir » a tweeté le chercheur Amir Al-Saadi. « Cela confirme bien que les prochaines élections n'auront pas lieu » n’a pas hésité à renchérir le journaliste Jassem Al-Shammari. Muhammad Iqbal, député, en a profité pour révéler que les Etats-Unis s’apprêtait à mettre sous tutelle la Banque centrale d'Irak, affirmant qu’elle était dans « l’œil du Trésor américain » corroborant ainsi les propos du prince Sharif Ali Ben Al-Hussein. Pour un autre député, les paroles royales sont un « optimisme et un espoir qui permettrait de surmonter la crise ». Mais ces soutiens seront-ils assez suffisants pour que le parlement rappelle un monarque à sa tête ? C’est peu probable alors que le pays est ravagé par ses divisions internes, résultantes d’un abandon du pays par son principal allié américain qui peine à maintenir la sécurité en Irak redevenu le centre d’un conflit entre djihadistes islamistes et l’armée nationale dans pas moins de cinq provinces. « L’Irak fait face à la plus importante crise de son histoire, complexe qui s’est accumulée au cours de longues décennies d’échecs (…). Il y a urgence à étudier la possibilité [de revenir à la monarchie] » affirme Sharif Ali Ben Al-Hussein qui continue de croire en ses chances de retour sur le trône tant les voix d’Allah sont impénétrables.

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Date de dernière mise à jour : 20/02/2021

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