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«Nous avons plus que jamais besoin du retour de la monarchie (…)»

Le prince Alexandre Karageogevitch«Nous avons plus que jamais besoin du retour de la monarchie (…) ». Elles étaient prévues le 26 avril dernier mais à cause de la crise sanitaire du covid-19, les élections législatives en Serbie ont été repoussées de deux mois.  A quelques semaines des prochaines échéances électorales, les deux frères ennemis du monarchisme serbe vont s’affronter à armes égales dans un scrutin, qui s’annonce passionné et agité, au sein de deux coalitions différentes. Mais avec un but identique, favoriser le retour du prince Alexandre II Karageorgevitch sur son trône.

A l’approche des élections parlementaires, les rivalités entre Mouvement serbe du renouveau (SPO) et son transfuge, le Mouvement pour la restauration du royaume serbe (POKS) peinent à se cacher. Fondé en mars 1990, le SPO  a été un de acteurs majeurs de la vie politique serbe et un des auteurs de la chute du régime du Président Slobodan Miloseviç qui a tenté de faire assassiner à diverses reprises son leader, Vuk Draskoviç.  Mais c’est aussi un parti qui a connu de multiples scissions retentissantes au cours de son histoire dont celle du POKS en juillet 2017.

Le député POKS? Zika Gojkovic?  en campagneŽika Gojkoviç est député monarchiste depuis 2008. Lorsqu’il claque la porte du SPO, il emporte avec lui une figure du royalisme serbe, Vojislav Mihailoviç. Il est le petit-fils du résistant Dragoljub Draža Mihailoviç, un héros controversé de l’histoire monarchique serbe. Exécuté en 1946 par les communistes, après plusieurs années de lutte, Vojislav Mihailoviç a obtenu du gouvernement que le tchetnik soit officiellement réhabilité en 2015. Ce dernier a également joué un rôle important durant la « révolution » d’octobre 2000 comme maire de Belgrade et très brièvement comme président transitoire de la République. Les tergiversations de Vuk Draskoviç ne permettront pas aux monarchistes de s’imposer cependant au cours de ces événements historiques et Vojislav Mihailoviç prendra rapidement ses distances avec Draskoviç. En chute libre dans les sondages comme les urnes depuis 2007, qui a contraint ce mouvement monarchiste à s’arrimer à des coalitions pour survivre, le SPO soutient celle du président populiste Aleksandar Vucic. Avec 3 députés, le parti de Draskoviç est minoritaire et peine à convaincre ses électeurs.

Le patriarche IrinejPourtant les monarchistes représentent un électorat non négligeable que s’arrachent les différents partis politique locaux. 21% des serbes souhaitent la restauration de la monarchie incarnée par le prince Alexandre Karageogevitch, 75 ans. A regarder de plus près, les deux frères ennemis ne diffèrent pourtant pas dans leur vision politique respective. Le SPO et le POKS souhaitent tous deux l’établissement d’une monarchie constitutionnelle, laquelle a été renversée en 1945, abandonnée par les Alliés (notamment le premier ministre Winston Churchill qui a préféré sacrifier l’ancienne Yougoslavie au profit de la Grèce), plébiscitent l’adhésion à l’Union européenne, s’érigent en protecteur des valeurs de la famille ou réclament le retour du Kosovo dans le giron national. Žika Gojkoviç, ancien allié du président Aleksandar Vucic, a décidé de faire alliance avec le Front monarchiste du prince Vladimir Karageorgevitch (qui a créé son mouvement en 2019) et le Mouvement des monarchistes serbes. Il fait une campagne très active sur les réseaux sociaux dont sont friands les serbes. Une coalition 100% monarchiste qui a les honneurs de la télévision et rassemble des milliers de monarchistes durant ses congrès.

Le gouvernement du président Aleksandar Vucic fait l’objet de fortes contestations depuis des mois. Les monarchistes du POKS, qui ont aussi obtenu 3 sièges dans l’assemblée de Voïvodine, tentent de maintenir une pression sur l’homme fort de Serbie qui a renforcé son pouvoir. Le président est d’ailleurs accusé d’avoir mis en place une «dictature» avec la crise du covid-19 qui lui a permis d’instaurer un état d’urgence et un couvre-feu sur l’ensemble du pays. Le 11 mai dernier, lors d’une manifestation de «casseroles au balcon», certains n’ont pas hésité à agiter l’aigle bicéphale, symbole de la monarchie et officiellement de la république Serbe qui a repris à son propre compte le blason de son ancienne maison royale. Masques anti-coronavirus orné du logo du POKS, une couronne, ses militants arpentent les rues des grandes villes pour convaincre les badauds.

Du côté du SPO, on a l’assurance tranquille de la victoire. Membre de la coalition au pouvoir, les monarchistes de Darskoviç devraient sabler le champagne avec le président Vucic en passe d'obtenir de nouveau une majorité certaine. Les deux hommes se sont rencontrés à diverses reprises et bien que nationalistes, l’Europe est au centre de leurs préoccupation. Une contradiction qui a divisé les monarchistes dont certains n’ont pas oublié que l’Otan a bombardé Belgrade, la capitale, entre mars et juin 1999. Ce n’est pas pour autant que Vuciç leur accordera des postes importants. Actuellement, le SPO ne compte qu’un  ministre monarchiste et membre du Conseil de la Couronne, l’organisation représentative du prétendant au trône.

Vuk Draskoviç et ses partisans Le 4 mai dernier, Aleksandar Otriç, député et vice-président du SPO, a rappelé que la Yougoslavie [1945-1991] avait été créée par le roi Alexandre Karageogevitch et non par le (maréchal) Tito, ancien dirigeant du pays de 1945 à 1980. «Durant toute la majeure partie de son existence, le royaume de Yougoslavie a été un état constitutionnel, parlementaire, démocratique et multipartite dans lequel les droits civils, politiques, nationaux et religieux étaient respectés » a-t-il surenchéri dans un discours très anti-communiste. Car au cœur de la campagne, s’est aussi engagé un combat de mémoire ou s’affrontent les pros et anti-monarchie.

«Nous souhaitons à la famille royale Karadjordjevitch que le Seigneur leur redonne le rôle et l'honneur que leurs grands ancêtres ont eu auparavant. Notre peuple est habitué à être dirigé par Dieu dans le ciel et son représentant, le roi sur terre ». Le patriarche Irinej a apporté son soutien public au retour de la monarchie et rencontré le député Zika Gojkoviç. Selon le patriarche, « la Serbie s'éveille enfin et prend lentement conscience que la monarchie sous sa forme chrétienne est le seul système naturel pour (le) pays ».  Avant d'affirmer que « lorsque [la Serbie] était un royaume, nous avons multiplié les victoires, agrandi nos frontières et réussi dans tous les domaines». Un soutien de poids qui n’est pas passé inaperçu dans un pays profondément attaché à la religion orthodoxe et qui a récemment dénoncé les agissements du gouvernement monténégrin voisin qui tente de créer sa propre église pour se débarrasser de la tutelle ecclésiastique serbe. « C'est l'heure des changements, redonnons ses lettres de noblesse à la Serbie » a déclaré Milos Parandiloviç, porte-parole du POKS.

Urne prête pour le scrutin de juin 2020Pour Dusan Radosavljeviç, qui est membre du conseil du parti de Zika Gojkoviç, «cette élection est l’opportunité aux serbes de voter pour le retour de la monarchie» et celle de se réapproprier son histoire, « de montrer que le titisme a été une des pires catastrophe pour la Serbie et dont nous payons encore les conséquences » affirme également Zika Gojkoviç. La page Facebook officielle du POKS fourmille de déclarations vidéos en tout genre et suivie par 80000 personnes. Soit 8 fois plus que celle du SPO. «Nous avons plus que jamais besoin du retour de la monarchie parce que seul un roi, en tant que personnalité en dehors des partis, peut ramener le calme en Serbie» a rappelé dans un discours prononcé le 6 mai, le député Zika Gojkoviç.

Prétendant au trône de Serbie, le prince Alexandre Karageorgevitch s’abstient pour l’instant de toutes prises de positions dans cette campagne dont les résultats s’annoncent serrés. Le vote monarchiste restant à ce jour la grande inconnue du scrutin, ils s’afficheront au soir du 21 juin et détermineront le prochain chemin politique que devra emprunter la Serbie millénaire comme le futur des partis royalistes.

Copyright@Frederic de Natal

Date de dernière mise à jour : 04/01/2022

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