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L’Écosse face à la Couronne : la tentation républicaine progresse

Un sondage inédit révèle qu’une majorité relative d’Écossais souhaitent rompre avec la monarchie britannique. À l’heure où l’hypothèse d’un nouveau référendum sur l’indépendance refait surface, la question institutionnelle s’impose désormais comme un enjeu central du débat politique écossais. 

Un sondage inédit révèle qu’une majorité d’Écossais souhaitent rompre avec la monarchie britannique. Une évolution lourde de conséquences à l’heure où l’idée indépendantiste refait surface dans cette partie du Royaume-Uni à la veille d'importantes élections parlementaires prévues en 2026. 

Une majorité relative prête à tourner la page monarchique

La monarchie britannique n’est plus intouchable en Écosse. Selon un sondage réalisé par l’institut Find Out Now pour le quotidien nationaliste The National, 53 % des Écossais se déclarent favorables à l’abolition de la monarchie et à l’instauration d’une république, quelle que soit l’échéance envisagée. L’enquête, menée du 15 au 21 septembre 2025 auprès de 1 282 électeurs écossais, marque une inflexion notable dans l’opinion publique.

Dans le détail, 36 % des personnes interrogées souhaitent une abolition « dès que possible », 12 % dans un délai de dix ans et 5 % à plus long terme. À l’inverse, 47 % estiment que le monarque ne devrait « jamais » être destitué en Écosse, illustrant une société profondément divisée sur la question institutionnelle.

Cette thématique s’est imposée comme la question la plus fréquemment commentée par les lecteurs de The National dans une série de sondages portant également sur la question de l’indépendance où l’écart entre le nom et le oui s’est considérablement réduits) ou encore les élections parlementaires prévues en mai 2026 ( le scottish National Party étant donné favori suivis de près par l’extrême-droite de Reform UK et le Parti conservateur).

Une fracture générationnelle marquée

L’étude a mis en lumière un clivage générationnel particulièrement net. Un tiers des 30-39 ans (33 %) souhaitent une abolition immédiate, tandis que 63 % des Écossais âgés de 75 ans et plus s’y opposent fermement. Un contraste qui reflète l’érosion progressive du capital symbolique de la Couronne auprès des jeunes générations, moins attachées à l’héritage britannique.

Pour Patrick Harvie, député écologiste et figure du Parti vert écossais, publiquement anti-monarchiste, ce résultat est révélateur : « La monarchie est un vestige cérémoniel d’une société archaïque. Ce sondage montre que la famille royale est dépassée et qu’elle perd progressivement le soutien du public. ». Le parlementaire met en cause les scandales récents (affaire Andrew, ex-duc d’York, le départ du prince Harry et son épouse vers les États-Unis) et le fossé croissant entre les fastes royaux et la réalité sociale : « À l’heure où de plus en plus de familles dépendent des banques alimentaires, il est choquant d’accorder des privilèges fiscaux à l’une des familles les plus riches du monde, uniquement en raison de son ascendance. », explique-t-il.

L’association Our Republic, engagée de longue date pour l’abolition de la monarchie, estime que le sondage confirme une tendance de fond. « Les Écossais souhaitent être représentés par un chef d’État élu, et non par une famille d’aristocrates lointaine et irresponsable », affirme son porte-parole. Le mouvement dénonce un système jugé opaque et inégalitaire : « La famille royale bénéficie de dérogations légales, de rencontres secrètes avec le gouvernement et de privilèges fonciers, tout en privant les Écossais d’une représentation démocratique sur la scène internationale. ».

Our Republic appelle les partis politiques à « se mettre à la page » et à cesser de prêter allégeance au souverain britannique avant même toute consultation populaire. Un appel qui est loin d’être entendu par le parti Reform UK et celui des Conservateurs, gardiens du bastion monarchique.

Indépendance et monarchie : un débat désormais indissociable

La question institutionnelle ne peut être dissociée du débat sur l’indépendance. Mardi, The National révélait qu’en cas de référendum organisé « demain », le camp du “Oui” l’emporterait, une fois les indécis exclus, avec 52 % contre 48 %, selon Find Out Now.

Plus révélateur encore, un sondage Norstat réalisé l’an dernier indiquait que le soutien à l’indépendance passerait de 54 % à 59 % si celle-ci impliquait la création d’une république écossaise. Autrement dit, la rupture avec la monarchie agirait comme un accélérateur du vote indépendantiste, en donnant un contenu institutionnel clair au projet national. Ce constat fragilise l’hypothèse d’une Écosse indépendante conservant le souverain britannique comme chef d’État, à l’image du Canada ou de l’Australie. Même, s’il est probable que l'Écosse adhérerait au Commonwealth.  Si cette option demeure juridiquement possible, elle apparaît politiquement de plus en plus difficile à défendre, tant l’argument républicain s’ancre dans le discours souverainiste.

À court terme, la monarchie reste constitutionnellement ancrée en Écosse. Mais ces chiffres traduisent une érosion constante du consentement monarchique, en particulier chez les électeurs les plus jeunes et les plus favorables à l’indépendance. Un tournant pourrait s’opérer à la fin du règne de Charles III, moins populaire que la reine Elizabeth II ou la princesse Anne (que certains verraient bien ceindre une couronne en cas de conservation de l’institution royale) dans les Highlands.

Si un nouveau référendum sur l’indépendance, après l’échec de celui organisé en 2014, devait avoir lieu, la question ne serait plus seulement celle de la séparation d’avec Londres, mais bien celle de la nature du futur État écossais. Monarchie ou république : un choix qui, désormais, pourrait peser décisivement sur l’avenir constitutionnel du pays.

Copyright@Frederic de Natal

 

Date de dernière mise à jour : 06/01/2026