Le retour des Médicis

Blason des MedicisSymbole par excellence du Quattrocento italien, cette famille de banquiers et d’industriels aura marqué de son empreinte la cité au lys rouge. Entre Intrigues et assassinats, entre complots et mécénat, luxure et romantisme, ces hommes de pouvoirs vont forger eux-mêmes ce mythe qui continue encore de les entourer aujourd’hui. Biographies, films, séries, bandes dessinées, ils ont été célébrés de diverses manières. Devenus les égaux des grandes familles royales de l’Europe de la Renaissance, ils auront donné pas moins de deux grandes reines à la France. Que sont devenus les descendants de cette famille illustre, que sont-ils devenus après leur chute en 1737, quelle est l’histoire de ces Médicis qui alimentent encore tous les fantasmes les plus divers des amateurs d’histoire et autres historiens?

Ville-état, Florence va se libérer très tôt de sa tutelle nobiliaire afin de devenir une république basée sur le droit du peuple à gouverner par lui-même. Menacée par les seigneuries environnantes qui jalousent sa réussite économique, c’est la famille des Médicis qui va s’imposer progressivement à Florence. Troisième fortune de la ville au XVème siècle, leur blason orne fièrement les murs de ses commerces et autres filiales bancaires, attirant les animosités naturelles des familles de la ville. Incarnée alors par le futur gonfalonier Côme l’ancien (Cosimo il Vecchio) l’histoire de sa famille va dès lors se mélanger étroitement à celle de Florence. Entre lune de miel ou de fiel avec cette cité dont ils sont aussi de grand mécènes, ils n’en restent pas moins des épicuriens avertis qui n’hésiteront cependant pas à bannir leurs opposants ou quand c’est nécessaire, à les faire tomber par d’habiles redressements fiscaux. « Il nous est ordonné de pardonner à nos ennemis, mais il n'est écrit nulle part que nous devons pardonner à nos amis » martèle fin politicien, le premier d’une longue lignée de Médicis.

Véritable « soap-opéra » contemporain, on suit la destinée de chacun d’entre eux avec délectation et envie. On plonge dans cette époque tumultueuse et forte en rebondissements. Les Médicis n’échapperont pas à la règle au sein d’une Italie divisée que surplombe Rome, siège de la Papauté. Il y’a là Laurent le magnifique (1449-1492), dont le surnom tient plus de sa générosité reconnue de tous que du peu de charme naturel que ce protecteur des arts possédait .Mais qui fera face avec talent à la conjuration armée de ses rivaux, les Pazzi (1478). Non sans que ceux-ci ne lui aient au préalable ravi la vie de son frère Julien dont le fils illégitime devait, un jour, monter sur le trône de Saint –Pierre sous le nom de Clément VII. La passion de la beauté artistique de Lorenzo aura un coût. Et c’est ce qui d’ailleurs causera la perte de sa famille tant sur le plan économique que politique, laissant le moine Jérôme Savonarole s’emparer de la cité progressivement (1494-1498) afin d’imposer son régime théocratique excessif qui entend combattre tous les vices (il proclamera Jésus-Christ « roi du peuple florentin »). Une bataille qui finira par mener ce dernier sur le bûcher des vanités qu’il avait fait ériger en plein centre de la ville.

Laurent le MagnifiqueDe banquiers à ducs, il n’y a qu’un pas qu’ils vont franchir. L’Italie est en proie aux dissensions, la France court après son héritage napolitain, le Saint-Empire romain germanique celui de Frédéric Barberousse, les seigneuries se battent pour préserver leurs indépendances. Les Médicis vont faire un retour inattendu. Alexandre de Médicis va établir un véritable régime monarchique sous l’œil approbateur de Charles Quint mais qui finira dans un bain de sang. De teint hâlé, celui que l’histoire retiendra sous le nom du « maure » est assassiné à 26 ans, en janvier 1537, par son propre cousin et amant, Lorenzino. Une relation « morbide » selon les écrits des témoins de cette époque. Libertinage, concubinage ouvertement publique (ne montent-ils pas ensemble à cheval affirme-t-on à Florence qui de délecte de ces scandales de boudoirs), ils sont complices jusque dans le meurtre politique. La jalousie aura raison du stupre passionné qu’ils entretiendront ensemble, contribuant à renforcer la légende noire de cette dynastie qui atteindra un jour la mystique Catherine de Médicis, seul véritable homme des Valois de France et une championne du catholicisme qui couronnera roi pas moins de 4 de ses enfants.

Les droits à la couronne ducale passe alors à une branche cadette qui renforce immédiatement son pouvoir et fait de Florence un véritable grand-duché régional en 1570. Mais au talent, c’est la médiocrité qui règne désormais au sein de cette famille qui se révèle incapable de gérer l’économie de cet état en devenir. On était loin du temps ou Nicolas Machiavel conseillait cette famille renommée.

Une histoire qui va prendre fin brutalement, dernier épisode d’une vie théâtrale qui n’aura jamais lassé un seul des florentins. Et si on doit à Christine de Lorraine (1565-1637), épouse du grand-duc Ferdinand Ier d’avoir convaincu Henri de Navarre à se convertir au catholicisme, le futur Henri IV qui devait épouser plus tard Marie de Médicis, la Toscane (dont Florence était désormais la capitale) périclitait. Le règne du dernier des Médicis, Jean-Gaston, va signer la fin de cette famille. Il est autant peu passionné par la politique que son grand-père maternel, Gaston d’Orléans fut l’un des plus comploteurs de France. Alcoolique, débauché, c’est un homosexuel notoire, affligé d’un visage repoussant, qui délaisse son épouse Anne-Marie-Françoise de Saxe-Lauenbourg, dont le mariage n’a eu d’égal que la fortune immense de la mariée. Il laisse gouverner ses mignons, ses amants ou se fait manipuler par la France qui entend bien récupérer une partie de son héritage. Grâce à un habile tour de passe-passe politique, le cardinal de Fleury convainc le grand-duc de céder ses droits à François de Lorraine, duc de Bar. Et le mari de l’impératrice Marie –Thérèse de Habsbourg de donner son duché au désormais ex-roi de Pologne Stanislas Leszczy?ski, beau-père de Louis XV. La boucle est bouclée. Jean –Gaston qui avait ajouté les lys de France à ses armes meurt le 9 juillet 1737 et l’Europe se précipite sur son trône, faisant fi des droits de sa sœur Anne-Marie-Louise de Médicis (1667-1743) qui arrivera toutefois à négocier que son héritage ne quitte jamais Florence.

Le prince giuliano de medici di ottavianoPour beaucoup, le nom des Médicis disparaît, victime de l’appétit hégémonique et des luttes d’influences des grandes puissances de l’époque. Mais il va pourtant subsister une lignée qui va continuer à participer à l’histoire de l’Italie. Descendants de Guilia (1535-1588), la fille illégitime d’Alexandre le Maure qui fut élevée par le successeur de son père, Cosme Ier, elle va épouser un prince héréditaire napolitain, Bernadetto d’Ottaviano. Cette branche cadette quitte la douceur viticole de la Toscane pour la rigueur d’une Napoli espagnole dont ils vont devenir les humbles sujets quand ils ne furent pas proches du pape, comme le prince Alexandre qui prit la tête de l’armée papale de 1605 à sa mort un an plus tard. Elle n’était pas arrivée à s’imposer face aux Lorraine. Ne revendiquant dorénavant rien d’autres que leur attachement à la maison des Bourbon de Naples, c’est encore un Ottaviano-Médicis, Luigi (1759-1830) qui va représenter les intérêts de la monarchie des Deux-Siciles au Congrès de Vienne et préserver leurs intérêts. Une famille dont doux accents de ses personnages seront ces nostalgiques que l’on peut voir dans le « Guépard », le chef-d’oeuvre de Luchino Visconti. Tour à tour ministre de la police, des finances, ambassadeur, président du Conseil, Luigi d’Ottaviano-Médici va redorer le blason d’une famille qui va lentement et inexorablement accompagner la chute de ses protecteurs à la fin du XIXème siècle. Le dernier sursaut des Médicis. Le prince Michele de Medicis d'Ottaviano (1823-1882) sera comme tous ces princes qui affrontent l’inéluctable. Il abandonnera les Bourbons, reconnaîtra les Savoie qui en feront un sénateur de leur royaume naissant.

Aujourd’hui, c’est le prince Giuliano de Medici di Ottaviano, 44 ans, duc de Sarno qui dirige cette prestigieuse maison aux multiples rameaux (pas moins de 10 branches se partagent le nom de Médicis comme les Averardo, les Tomaquinci ou encore les di Filippo). Président de l’association qui regroupe tous ces descendants, il se veut avant tout un gardien de cette histoire familiale. Son altesse sérénissime n’a pas manqué de critiquer la série américaine produite sur les Médicis avec en rôle phare, l’acteur Dustin Hoffman (2016). Un « mensonge historique » qui ne fait que « nourrir ce tourisme de masse qui envahit et menace Florence » selon lui. « Mes ancêtres n’étaient pas les mafieux de l’époque » s’insurge t--il. Et comme tous les Médicis avant lui, il perpétue cette tradition de mécénat qui a fait la réputation de sa famille. En attendant, le prince ne mâche pas ses mots quand il s’agit de protéger cette ville millénaire dont il est un prince potentiel, dénonçant « l'invasion des fast-food et des boutiques gérées par des immigrants de multiples ethnies ». Un discours qui fait actuellement mouche dans une Italie qui traverse une crise identitaire. « Sauver Florence » est un crédo qui s’étale en 16 propositions au travers d’un projet proposé aux Florentins en 2013 et qui a été adoubé par l’Unesco elle-même. Un prince Médicis de retour à Florence ? « Pourquoi pas ! » avait-il dit répondu.

«Festina lente (« Hâte-toi lentement ») dit la devise de la famille ! Lentement mais …surement. Chez les Médicis, on ne renie décidément rien et on assume tout.

Copyright@Frederic de Natal

Publié le 19/06/2018

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