Interview du prince Nicolas

Le prince nicolas de greceUne exposition réussie de photos, intitulée «Le désert en mer Egée », le fils cadet du roi Constantin II de Grèce et de la reine Anne-Marie du Danemark, le prince Nicolas (Νικ?λαος της Ελλ?δας) a accordé une interview au magazine « Athens Voice ».  Né en 1969, 4 ans avant l’abolition officielle de la monarchie, il est revenu définitivement s’installer en Grèce en 2013.  Son mariage en 2010 avait été largement médiatisé en Grèce. Il dirige une petite formation politique composée de technocrates et de partisans de la monarchie. C’est un passionné de photographies dont il a fait un métier

Quels souvenirs gardez-vous de votre premier voyage en Grèce en 1981 alors qu’on vous avait délivré un visa temporaire de quelques heures pour les funérailles de votre grand-mère [Frederika de Hanovre-ndlr] ?

Ce voyage m'a marqué comme jamais dans ma vie. J'avais 11 ans, j'avais grandi à l'étranger, je savais que j'étais grec, que c'était mon pays d'origine, mais je n’avais jamais mis les pieds là-bas. Et là soudain, j’y étais avec un sentiment de joie et de grande excitation.

Quelle a été la première chose que vous avez vue en arrivant en Grèce ?

Le drapeau s’agitant dans le vent. Jusqu’ici, je ne l'avais vu que dans des ambassades, des écoles, des institutions. Et  pourtant, c’était comme si je le voyais pour la première fois. 

Outre l'émotion qui vous envahit, vous sentez-vous inquiet par ce monde inconnu ou de la façon dont les gens vont  se comporter avec vous ?

Nous ne savions pas à quoi nous attendre. Mon père nous a dit avant de descendre de l'avion "Je ne sais pas ce que tu vas voir, n'aie surtout pas peur, tout ira bien." Je me souviens que cela nous a pris une demi-heure pour parcourir l’aéroport jusqu’à la propriété de Tatoï. La foule qui nous entourait était nombreuse et je reconnais que les bagues aux mains frappant la vitre m’ont effrayé. Mais j'ai vite compris qu’aucun d’entre eux  n'était hostile et je me suis calmé. J'étais si heureux au moment où j'ai vu le cercueil et me suis alors rappelé la raison pour laquelle nous étions tous en Grèce.

Qu'avez-vous pensé lors de votre départ ?

Lorsque nous avons fait nos adieux aux personnes qui se trouvaient à l’extérieur de la voiture, quelqu'un m'a lancé un drapeau et m'a dit de le prendre avec moi. Il y a une photo de moi dormant dans l'avion avec le drapeau sur moi. À Londres, j'ai découvert de la terre à l'intérieur d’un trou dans la hampe. Tenir le sol dans mes mains de Grèce, c'était incroyable ...

Cela a dû être difficile de grandir avec ce poids sur vos épaules ?

Je ne dirais pas ça. J'ai eu beaucoup de chance. Il y avait bien sûr ce chagrin de ne pas pouvoir grandir en Grèce, mais ce n'est pas comparable à d'autres problèmes graves auxquels le monde était confronté. Je n'ai pas de sentiments négatifs sur ce qui s'est passé dans ma vie. J'ai appris à regarder en avant.  Mon plus grand bonheur  aujourd’hui est de pouvoir vivre en Grèce de manière permanente et de sentir que ma maison est ici.Le prince nicolas son epouse le roi constantin et la reine anne marie

Croyez-vous  en Dieu [les princes de Grèce tous de confession orthodoxes]

Oui, c'est dans cette conception que j'ai grandi. La lumière représente pour moi l’être divin. Cela me remplit de joie. Je n'aime pas les ténèbre

Après ce premier voyage, il s’est écoulé de nombreuses années avant que vous reveniez en Grèce;

Je suis revenu en 1993 [le retour de la maison royale en Grèce sera un succès qui dépasse le gouvernement, contraint de leur demander de partir, un mois après leur arrivée-ndlr]. J'étais curieux de tout et j’agissais comme une énorme éponge absorbante. Vous savez, il ne suffit pas d’être présent physiquement dans un pays pour se sentir connecté à lui. Il y en a tellement plus, les amis, l’histoire, la langue ...

Comment avez –vous appris le grec?  Vous le  parlez comme si vous étiez né ici.
Mon père et moi avons toujours parlé grec. À Londres, j'ai pris des cours chez moi avec un professeur de grec. Au cours de ma première année de lycée [au  collège hellénique de Londres puis au  Collingham Tutorial College de Kensington-ndlr], j'ai effectué un stage au Collège grec avec mon frère aîné, Paul, et tous mes camarades de classe étaient grecs. Nous parlions constamment le grec, j'ai tout appris sur la Grèce, ses habitudes, ses particularités. Puis  lorsque nous avons eu la télévision par satellite, je me suis mis à regarder quotidiennement toutes les chaînes grecques, principalement d’informations. 

Est-ce que vous écrivez aussi bien que vous parlez?

La grammaire n'a jamais été mon point fort.  Comme en anglais ni en espagnol d’ailleurs. J’ai dû apprendre ces deux langues  à la demande de mon oncle, le roi Juan Carlos, sous la menace que je ne serais plus autorisé à  venir si je ne les parlais pas couramment.

Le roi constantin iiPourquoi  avez-vous pris la décision de venir vivre de manière permanent avec votre épouse qui n’a pourtant rien de grecque  et que le pays était en pleine crise économique ?

Pour moi, c’était la chose la plus  évidente au monde, j’avais déjà l’impression de vivre ici depuis longtemps. J’ai bien eu des amis qui m’ont traité de fou mais vous n'aimez autant votre maison que lorsque tout va bien que lorsqu’il y’a des problèmes ou des difficultés. Et bien sûr, je serai toujours reconnaissant à Tatiana [de son nom de jeune fille Blatnik, descendante par les femmes du grand-duc Guillaume II de Hesse-Cassel], qui m'a suivie avec joie et a appris à aimer les grecs et notre culture.

Avez-vous déjà envisagé que votre présence pourrait  déclencher un comportement hostile de la part d’opposants ?

Au début peut-être. Mais, il ne m'est jamais arrivé quelque chose de déplaisant. . Je n'ai jamais douté de ma décision de revenir, au fond de mon âme, je savais que c'était la meilleure chose à faire pour moi.

Est-ce que vous ne songez plus à repartir ?

Pas même sous la contrainte. J'adore voyager, découvrir de nouveaux lieux et de nouvelles personnes, mais la Grèce reste unique et je changerais mon lieu de résidence pour rien au monde.

Et la Grande-Bretagne ? N'est-ce pas aussi votre maison puisque vous y avez grandi ?

C'est un pays auquel je dois beaucoup, j'ai même fait mon service militaire dans l'armée britannique [au régiment de dragons en Écosse-ndlr]. Quand je suis rentré là-bas par une journée ensoleillée de mai, après notre installation en Grèce, j'ai réalisé que tout était loin.

Vous avez également vécu et travaillé en Amérique.

Je suis accro aux informations d’actualité, alors quand on m'a donné l'opportunité, j'ai intégré Fox News [1993-1995-ndlr], en commençant par décrocher des appels téléphoniques téléphones. Peut-être l'énorme travail de montage m'a aidé plus tard à développer ma passion pour la  photographie. Puis l’ennui m’a pris, j'ai été embauché par une banque à Londres [National Westminster.-ndlr], mais au fond moi  j'ai toujours voulu faire quelque chose de plus créatif.

Depuis quelques années, vous vivez à Kastri, patrie de Sofia Papandreou. Ne trouvez-vous pas qu'il y a une ironie dans tout cela, étant donné l'inimitié historique entre les deux familles ?

C'est un peu drôle, on rigole parfois, mais je n'ai pas rancunes. C'était un choix inattendu, nous avons aimé la maison [qui appartient à la famille Papandhréou, tombeuse de la monarchie-ndlr], elle était disponible et nous l'avons acheté. 

Vous rendez-vous parfois au palais de  Tatoï ou vous l’évitez ? 

Je vois le palais de Tatoï du balcon de ma maison et nous y allons régulièrement pour nous promener avec Tatiana. Je n'ai pas grandi là-bas, je n'ai aucun souvenir qui me relie à l'endroit. Le seul souvenir que je garde est celui du jour des funérailles.

Aujourd’hui vous sentez-vous étranger  dans l’ancien palais de votre père ?

Non, cela reste même un endroit proche de moi. Je me souviens que lorsque nous sommes entrés dans le bâtiment en 1981, j'ai été très impressionné par le fait que pas un seul objet n’avait été dérangé. Ils étaient tous en place. Sur le bureau de mon père se trouvaient des dossiers jamais ouverts, datés du 13 décembre 1967. Sa brosse à dents était en place dans la salle de bain. C’était une terre étrangère, mais à la fois intime et reconnaissable, j’avais grandi avec ses locataires, c’était ma famille, je connaissais leurs habitudes, la manière dont leurs affaires étaient assemblées. Et je les ai tous trouvés là, intacts, de la même manière

Qu'est-ce que ça fait de grandir en sachant que vous faites partie de l'histoire d'un pays? 

Je suis né là-dedans, je ne sais pas en quoi cela aurait pu être différent. Vous savez, la seule différence dans mon cas est que tous les détails avaient de l’importance comme chaque élément de ma vie, chaque affinité. Je sais exactement d'où je viens, et ce que je dois raconter. Rien de plus.

Vos projets pour le futur?

Je continuerai à photographier aussi longtemps que les personnes avec lesquelles je travaille l'apprécient et me donnent le courage de continuer. 

Copyright@Frederic de Natal  

Publié le 28/10/2019

(Traduction et extraits choisis de l’interview).

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