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Marie-Antoinette et Fersen, un mystère résolu par les rayons X

Marie-Antoinette et Axel de Fersen« Monsieur, je vous demande pardon, je ne l’ai pas fait exprès ». Ce sont les derniers mots prononcés par la reine Marie-Antoinette, le 16 octobre 1793, peu de temps avant que la lame de la guillotine ne soit abaissée et mette fin à ses jours. Elle n’avait que 37 ans.  Adulée dans sa jeunesse, l’épouse de Louis XVI fut surnommée « Madame Déficit » ou « l’Autrichienne » durant les terribles heures de la Révolution française. Durant des décennies, les historiens se sont penchés sur sa relation avec le comte Axel de Fersen sans pouvoir réellement déterminer la nature de celle-ci. Des lettres retrouvées et passées aux rayons X, issues d’une correspondance entre la fille de la Grande Marie-Thérèse et le beau suédois, viennent enfin de trancher sur ce mystère qui divise les passionnés de la monarchie française. 

Axel de FersenIl a tout juste 19 ans lorsqu’Axel de Fersen débarque à Paris. La capitale du royaume de France est la conclusion d’un grand tour d’Europe qu’il a entamé, il y a quelques mois. Il rêve d’aventures, de combats, est avide de parfaire ses connaissances. Le 30 janvier 1774, il est invité à participer au bal masqué de l’Opéra et y rencontre la dauphine Marie-Antoinette, déguisée. Il ne la reconnaît pas tout de suite mais leurs conversations qui s’éternisent attirent l’attention sur ce jeune couple. Il est à Versailles lorsque le roi Louis XV rend son dernier soupir en mai suivant. La France est en ébullition, le dauphin Louis est terrifié par ce poids qui lui tombe sur les épaules. Fersen décide de rentrer dans son pays, deux jours après le décès royal. Il ne reviendra qu’en août 1778 pour la plus grande joie de la reine Marie-Antoinette, enceinte de la future Marie-Thérèse d’Angoulême. L’attention particulière qu’elle prodigue au favori du roi Gustave III Vasa va intriguer la cour qui se perd en commérages sur le sujet. Le début d’une relation mystérieuse qui va mettre en haleine tous les historiens pendant des siècles. 

En juin 1791 et août 1792, date à laquelle la monarchie tombe, Fersen et Marie-Antoinette multiplient les correspondances secrète. Il l’appelle d’ailleurs « Joséphine » pour tromper les éventuels lecteurs de ces lettres, un nom qui n’a pas été choisi au hasard puisqu’il est la forme féminine de Joseph II, empereur d’Autriche, sœur de la reine. Il s’est rapidement imposé comme le favori du couple royal et traîne derrière lui une réputation de « serial lover » qui fait frissonner sous leurs dentelles dames et messieurs de la cour. Fersen est parti briller en Amérique du Nord, un bref retour en Suède où il multiplie les allers et retours entre son pays et la France. Mais lorsque son père est arrêté au printemps 1789, pour avoir pris le parti de l’aristocratie épuisée par Gustave III, il décide de s’installer à Versailles. La France est devenue volcanique et les événements vont s’enchaîner très rapidement. C’est lui qui organise la fuite du roi et de la reine à Varennes, en juin 1791, grâce à un emprunt important contracté auprès d’une de ses maîtresses. Il escorte le couple royal avant que Louis XVI ne lui demande de les attendre près de la frontière belge où la cavalcade se dirige. La suite est connue et cette fuite sera un échec total qui va précipiter à court terme la fin de l’institution royale. 

Lettres d'Axel de FersenEn 1877, ces lettres sont portées à la connaissance du public par Rudolf Maurits von Klinckowström, un arrière-petit-neveu d’Axel de Fersen. Des passages raturés sèment le doute sur la nature de la relation entretenue par Marie-Antoinette et le comte. Grâce à de nouvelles techniques d’imagerie par rayons X, sur 8 des 15 lettres conservées aux Archives nationales françaises, on a pu déterminer que c’était bien Fersen qui avait censuré lui-même des passages entiers de cette correspondance. Quelque soit la volonté derrière cette décision, Axel de Fersen a sans doute été attaché à ce que l’image de la reine ne soit pas écornée pour l’Histoire. D’ailleurs, elle prouve bien que le jeune homme était bien l’amant de la reine Marie-Antoinette, celle-ci n’hésitant pas à lui déclarer sa flamme avec des termes choisis comme « bien-aimé » ou « adoré », « vous que j’aime où que j’aimerais ». Dans l'une des lettres datée du 4 janvier 1792, on ne peut plus être explicite. : « Je vais finir non sans vous dire mon cher et bien tendre ami, que je vous aime à la folie et que jamais, jamais je ne peux être un moment sans vous adorer » écrit la reine de France.  « Qu'allons-nous devenir ma tendre amie ? Songeons-y. Sans vous, il n'est point de bonheur pour moi, l'univers n'est rien sans vous » lui répond Axel de Fersen très inventif. « On change de stratégie à chaque lettre et, parfois même, à chaque mot. Des fois, on est obligé de faire les choses légèrement différentes, voire complètement différentes parce que ça marche très bien sur une demi-ligne, mais plus du tout sur celle qui suit » nous explique Anne Michelin, physico-chimiste du Muséum national d'histoire naturelle de Paris. 

Bague offerte par de Fersen à Marie-AntoinetteOn a aussi longtemps ergoté sur la naissance de Louis XVII. Pouvait-il être le fils des deux amants ? Les rumeurs vont bon train quand on sait que le roi de France n’est pas très porté sur les joies du sexe. Quintin Craufurd est un ami de Fersen avec lequel il partage la même maîtresse (sans le savoir), Eléonore Sullivan. Il écrit en août 1792 au premier ministre britannique William Pitt que Fersen « (…) passe pour être le père du dauphin ». Très curieusement, le suédois quitte Versailles en juillet 1784 et le dauphin Louis-Charles nait en mars 1785. Il est même dit que Louis XVI avait des doutes. Ses premières paroles à sa naissance permettent de se poser des questions. « Tout s'est passé comme lorsque mon fils naquit. » aurait déclaré le souverain qui donne à son fils, le titre de duc de Normandie, très peu utilisé dans la maison de Bourbon. On dira que Fersen fut terrassé de douleur lorsqu’on lui apprit la mort du dauphin en 1795. Une question qui ne fait pas vraiment consensus pour les historiens bien qu’il soit acquis que l’infortuné enfant du Temple fut bien le fils de Louis XVI.  

Marie-AntoinetteAprès avoir tenté d’organiser une seconde fuite, plaidé la cause des souverains auprès des cours d’Européennes voir même de corrompre les partisans du duc d’Orléans, Axel de Fersen retourne en Suède. Gustave III a été assassiné au cours d’un bal masqué. Après une période disgrâce, il retrouve privilèges et dignités qui lui permettent de rembourser les sommes dépensées en faveur du roi et de la reine de France. L’histoire sera facétieuse. Le jour anniversaire de la fuite de Varennes, le 20 janvier 1810, alors qu’il accompagne le corps du prince héritier, une foule se forme autour de lui. Descendu de son cheval, il est lapidé, piétiné, accusé d’avoir empoisonné le prince Christian-Auguste. Il avait 54 ans. « Ces nouveaux documents ne forment pas une correspondance érotique, ni même à proprement parler amoureuse, puisqu'aucun de ces courriers, rédigés entre fin septembre 1791 et début janvier 1792, n'est entièrement consacré à ce thème. Le choix des codes atteste d’une relation particulière entre Marie-Antoinette et Fersen (…) » note les scientifiques qui se sont penchés sur l’analyse de ces lettres et comme le rappelle dans une de ses éditions « Le Monde ». Fin d’un mystère.

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Date de dernière mise à jour : 16/10/2021

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