Louis XX dans les pas du comte de Chambord

Louis de bourbon getty« (…) Je suis le successeur légitime du Comte de Chambord, désigné selon les antiques lois du royaume de France ». Attendu à Sainte-Anne d’Auray, dans le Morbihan, pour commémorer le 200ème anniversaire de la naissance du comte de Chambord, le prince Louis-Alphonse de Bourbon a dû annuler sa participation aux festivités qui ont rassemblé peu de monde autour de la statue d’Henri V, le 2 octobre dernier. Dans un message adressé à ses soutiens, le duc d’Anjou rappelle à tous qu’il entend se situer dans la lignée politique de l’infortuné Bourbon qui n’aura eu que pour seule couronne de France, celle de l’exil.

Tout avait été préparé dans le plus grand secret. La statue du comte de Chambord à Sainte-Anne d’Auray avait été nettoyée, des rencontres avaient été prévues avec les autorités locales et quelques entrepreneurs, la presse avait été avertie de l’arrivée en Bretagne du duc d’Anjou, Louis-Alphonse de Bourbon, prétendant au trône de France pour ses soutiens, les Légitimistes (ou Alphonsistes). Le covid en a décidé autrement. Confiné partiellement à Madrid, son lieu de résidence, le prince Louis-Alphonse de Bourbon n’a pu se déplacer (comme en 2015 sur ce même lieu) et s’est fait représenter par le colonel Jacques Hogard, adressant un message à ses soutiens, lu en marge d’un colloque organisé sous les auspices de l’association Jean-Pierre Calloc’h.

Le comte de chambordLa figure du comte de Chambord cristallise toutes les passions et divise les royalistes. Pour une grande majorité des nostalgiques de la monarchie française, le petit-fils de Charles X a manqué son rendez-vous avec l’Histoire. Lorsque le Second empire chute en 1870, tous les regards sont tournés vers celui que les royalistes appellent Henri V. Il a alors 50 ans et a passé toute sa vie en exil, loin de cette France qui a renversé en 1830 sa famille, désormais amputée de l’Alsace-Lorraine. La Commune de Paris réprimée dans le sang, la nouvelle république est fragile et avec quelques 400 sièges sur 636 au parlement, les royalistes pouvaient envisager sereinement la restauration de la monarchie. Restait à déterminer quel souverain, car si Henri V a ses partisans, le petit-fils de Louis-Philippe Ier, dernier roi des français lui-même renversé par une révolution en 1848, avait également ses propres soutiens. Le comte de Paris, Philippe VII, est très actif et entame des négociations avec son cousin. D’invectives en multiples rebondissements, les deux prétendants au trône s’accordent enfin. On peut ressortir le carrosse doré et rafraîchir le trône au Lys afin que le comte de Chambord puisse s’y installer. Le comte de Paris, quant à lui, devra attendre la mort de son cousin pour lui succéder. Ce dernier étant sans enfants.

« Tout ça pour une serviette ». Mais si la restauration est acquise, le comte de Chambord hésite à prendre la tête d’un pays sur lequel flotte le drapeau tricolore, symbole révolutionnaire par excellence. Il n’est pas foncièrement opposé à celui-ci et ses carnets personnels montrent d’ailleurs diverses esquisses en ce sens, preuves en soi qu’il a réfléchi à la question bien avant l’appel des députés en sa faveur. Le comte de Chambord a été élevé par sa tante, fille de Louis XVI, la duchesse Marie-Thérèse d’Angoulême. Elle est profondément bigote et cette éducation catholique va marquer un jeune homme qu’un accident de cheval a rendu boiteux. En juillet 1871, il fait publier un communiqué qui ruine les espoirs des monarchistes : «Je l'ai reçu, comme un dépôt sacré, du vieux roi mon aïeul, mourant en exil. Il a toujours été pour moi inséparable du souvenir de la patrie absente. Il a flotté sur mon berceau; je veux qu'il flotte sur ma tombe». C’est la douche froide, notamment du côté orléaniste et du Vatican qui ne cache pas sa colère et sa consternation. Henri V exige le drapeau blanc de la monarchie et le retrait du tricolore. On propose bien des alternatives à l’héritier mais rien n’y fait. Il demeure intransigeant. « Il ne peut galvauder son idéal, il préfère l’enterrer comme un trésor » écrira, dans son ouvrage «  les fantômes des Tuileries », l’animateur Thierry Ardisson. L’élection du maréchal Mac-Mahon à la tête de la république redonnera un temps espoirs aux royalistes qui imaginent le Septennat, le temps que l’on donnait au comte de Chambord à vivre et transmettre la couronne vacante au comte de Paris. En 1873, la chambre chute et les années qui se succèdent, étioleront doucement la flamme de la Légitimité qui s’éteint finalement avec le décès d’Henri V en 1883. « Le comte de Chambord, c'était la monarchie traditionnelle, le trône et l'autel, les lys, et, sinon le droit divin, quelque chose qui y ressemblait fort. Le comte de Paris, c'était une monarchie constitutionnelle et libérale, à l'anglaise, se réclamant beaucoup plus de 1789 que de Louis XIV » expliquera, bien des années plus tard, l’historien Alain Decaux.

 Jean d orleans son epouse et louis de bourbon« (…) Je suis le successeur légitime du Comte de Chambord, désigné selon les antiques lois du royaume de France ». Plus d’un siècle plus tard, la question dynastique n’est pas réglée. C’est la branche espagnole des Bourbons qui a recueilli les prétentions au trône du comte de Chambord, toujours autant contestées par les partisans de l’actuel comte de Paris, Jean d’Orléans qui lui récusent tout droit de revendiquer la couronne. Très loin de « ces guéguerres intestines »,  qui se traduisent à coup de « mèmes », noms d’oiseaux, photomontages outranciers et autres screenshots inquisiteurs censés prouver que telles ou telles personnes sont le diable incarné pour oser refuser de voir la vérité,  le prince Louis-Alphonse de Bourbon entend se placer dans les pas d’Henri d’Artois, dont on sait « combien ce Prince et son action ont souffert d’approches subjectives, voire partisanes » précise-t-il dès les premières lignes de son communiqué. Le duc d’Anjou n’a pas tort. Que ce soient les témoins de cette époque ou ceux qui traitent de ce sujet, les avis divergent et ont toujours du mal à s’accorder sur « cette personnalité si attachante et que ses contemporains ne surent pas toujours comprendre » note l’arrière-petit-fils du roi Alphonse XIII.  Le prétendant de la Légitimité entend se faire le porte-parole de son « testament moral, qui, à la différence des héritages physiques, perdure et est toujours aussi vif » affirme celui qui aurait pu être Louis XX.  Dans la salle qui accueille le colloque sur « L’enfant du miracle »,  environ 150  personnes, la plupart avec les cheveux gris, écoutent religieusement la lecture du communiqué. En raison de la crise sanitaire, quelques passionnés  regrettaient de n'avoir pas pu assister au débat menés (entre autres)  par  l'historien Guillaume Bernard.

Tweet de la legitimite « Le Comte de Chambord a compris très tôt qu’il n’aurait pas à transiger avec les idées nouvelles qui étaient à la fois perverses puisqu’elles rompaient avec l’ordre naturel, et contingentes puisqu’elles reposaient sur les émotions du moment où sur la satisfaction d’intérêts sectoriels ». Le duc d’Anjou n’hésite pas à faire un parallèle entre l’époque du dernier Bourbon et la sienne malmenée par un progressisme que Louis-Alphonse rejette totalement. Le duc d’Anjou est catholique et se trace sa voie dans celle de  son « grand-oncle qui perçu la nocivité des mirages des modernités, qui ne font que passer, laissant trop souvent derrière elles des dégâts catastrophiques ». « Le message que le Comte de Chambord adresse à ses successeurs est toujours actuel. En son siècle où science et technique faisaient de grands progrès, il n’a jamais oublié qui était le créateur. Dieu et la religion doivent demeurer au cœur de l’action politique, si l’on ne veut pas qu’elle soit, finalement, vaine et surtout dévoyée » poursuit le prince qui allie  le « réalisme lucide de Louis XIV à l’espérance et la piété d’un Saint Louis ». Un discours qui a fait mouche parmi les néo-légitimistes. Car à défaut d’aller saluer « Sa Majesté Très Chrétienne » comme il l’appelle sur les pages réseaux sociaux qui lui sont dédiées, ils ont pu se gargariser des paroles de leur prétendant au trône, les commenter et refaire l’histoire.  Sans que cela ne retienne l’attention pour autant des médias, décidément peu préoccupés par les affaires du duc d’Anjou autrement que dans la section « People » de leurs feuilles de choux. 

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Date de dernière mise à jour : 07/10/2020

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