Le « Regno di Corsica » a son prétendant à la couronne

Alhard von dem bussche kesselSurnommée l’île de Beauté, la Corse fascine. Baignée par les eaux cristallines de la Méditerranée, elle offre des paysages divers aux touristes de passage. Peuple fier de ses origines et de son riche passé, elle a été au centre des  intérêts stratégiques des grandes puissances qui l’ont convoité durant des siècles. Terre de rébellions, elle a donné de grands noms à l’Histoire de France, parmi lesquels Pascal Paoli et Napoléon Bonaparte. Profitant d’une opportunité, Théodore von Neuhoff se fait proclamer roi de Corse au cours du XVIIIème siècle. Un règne éphémère qui va marquer une île qui continue de regarder ce westphalien comme son premier monarque indépendant. Si demain, la Corse décidait de prendre son destin en main, elle aurait le choix de ses insitiutions. Théodore von Neuhoff a des descendants qui restent les prétendants légitimes à la couronne du « Regno di Corsica » et qui ont été accueillis récemment par les autorités locales lors d’une exposition consacrée à cette figure locale atypique. 

Blason royaume de CorseC’est le 5 avril 1736 que débarque sur la plage d’Aléria, Théodore von Neuhoff, sa domesticité et ses esclaves noirs. L’homme est affublé d’un habit écarlate et d’une longue perruque. Il fait sensation sur l’île de Corse. Né en Westphalie, au sein de la petite noblesse locale, l'aristocrate de 42 ans est ambitieux. Grâce à ses relations familiales, il est devenu page de la duchesse d’Orléans qui le fait entrer dans un régiment militaire où il se distinguera durant la guerre de succession d'Espagne. Théodore von Neuhoff rêve de gloire. Il rejoint la cause jacobite et participe au débarquement du prétendant Stuart sur les côtes écossaises. La défaite des stuartistes en 1715 le propulse dans la diplomatie. Il tente de convaincre les monarchies de soutenir le prince Jacques et devient l’obligé de Georg Heinrich von Görtz, ministre de Charles XII, qui va connaître un destin tragique. C’est assez naturellement d’ailleurs qu’il épouse une catholique irlandaise, fille d’un duc jacobite avant d'échapper de peu à la prison suite à de mauvaises spéculations  et de perdre  finalement toute crédibilité. 

Terminé le jacobitisme, Théodore von Neuhoff va s’enflammer pour une autre cause tout aussi passionnante et plus jeune. La Corse s’est soulevée contre les génois et il a pris contact avec les chefs de la rébellion qui souhaitent offrir une couronne à Charles III d’Espagne en échange de son soutien militaire. Lui à un autre projet plus grandiose, plus royal. Le terrain a été préparé par ses amis qui rassemblent tous les clans insulaires à son arrivée. De promesses en cadeaux, il s’impose et dix jours plus tard après son arrivée, il est convenu de lui offrir la couronne de Corse, une simple tresse de lauriers. L’île de Beauté a son premier monarque, un royaume qui se dote d’une constitution, d’une monnaie, d'un ordre de chevalerie (Ordre de la Délivrance qui réunira 400 membres) et d’un hymne, le Dio vi Salve Regina. Il multiplie les succès militaires mais l’assassinat de Simone Fabiani, victime d’une vendetta pour laquelle il n’était même pas partie prenante (elle visait surtout Théodore), va réveiller les tensions internes. Fabiani était un des soutiens ardents à Théodore Ier et la clef des alliances. La campagne va tourner au désastre. La France s’emploie à miner la rébellion et la Corse devient subitement le jouet d’une Autriche qui souhaite placer à sa tête, le duc François de Lorraine. L’argent commence à manquer, les armes aussi. Théodore Ier doit confier son royaume à un conseil de régence en novembre 1736. Il tentera à de nombreuses reprises de débarquer en Corse qui est mise sous blocus. Ses soutiens se disloquent et même son neveu, Johann Friedrich von Neuhoff,  abandonné par ses troupes, doit s’enfuir en Toscane. Tout comme certains de ses généraux, tel que le général et marquis Haycinthe Paoli qui s’installe à Naples avec son fils, Pascal.  C’est une vie d’errance qui va désormais accompagner l’infortuné roi Théodore qui ne convainc plus grand monde, lassé de ses promesses. Il meurt en novembre 1756 dans le plus grand dénuement total et sera enterré dans une vulgaire fosse commune.

Theodor von neuhoffL’aventure du roi Théodore a traversé les siècles et devient une figure de son siècle, à qui Voltaire donnera un rôle dans son roman « Candide ». Il reste encore pour beaucoup de corses la premier chapitre du combat pour l’indépendance et encore plus lorsque la France annexera la Corse en 1768 . Et si demain, l’île de Beauté décidait de prendre son destin en main, elle aurait le choix de ses futures institutions. Le « Regno di Corsica » a ses nostalgiques, un temps installés à Bastia sous le nom de « Cercle Théodore ».  Jugée folklorique, l'association a fini par péricliter ,  faute d’attirer  des adhérents et dépassée par le merchandising fait autour du souverain. Il y a un prétendant à ce trône déchu qui a connu un bref renouveau monarchique entre 1794 et l796 avec à sa tête le roi Georges III d’Angleterre (royaume anglo-corse), un roi au delà de la forêt noire. En 2013, Alhard von dem Bussche Kessel a été invité officiellement par la mairie de Bastia qui organisait une exposition consacrée à Théodore de Neuhoff. Ce forestier de 73 ans est un descendant du monarque dont le portrait est présent au château familial et d’une maison qui n’a pas hésité à comploter contre Hitler en 1944.  Mais Alhard von dem Bussche Kessel a un avis très tranché sur son aïeul. «  L’apparence d'homme de pouvoir qu'il dégageait a abusé plusieurs de ses interlocuteurs. Les premiers Corses qui l'ont rencontré comme les autre » déclare t-il au quotidien Corse-Matin. « Notre famille fait partie de la noblesse de Westphalie mais nul n'a envie d'être reconnu ou de s'inspirer de l'exemple de Théodore même si son titre de roi de Corse a un côté fascinant. » avoue t-il .  Souhaite t-il revendiquer la trône de Corse si une couronne lui était offerte en cas d'indépendance  ? « La Corse n'est pas un royaume, dès lors la question n'a pas lieu d'être posée… »  répond Alhard von dem Bussche Kessel qui laisse toutefois  la porte ouverte à toute possibilités. Si tant est que cette idée soit réaliste et que les descendants de Napoléon ne viennent pas faire acte de candidature un jour.  

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Date de dernière mise à jour : 27/04/2021

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