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Le débat sur une réforme de la monarchie s’ouvre en Espagne

Pedro sanchez felipe vi efe« Mon parti continuera de soutenir la monarchie. Pas à pas, les partis politiques découvriront la nouvelle feuille de route fixée par le chef de l'Etat concernant le renouvellement de l'institution royale ». Secouée par de multiples scandales de corruption qui ont touché diverses branches de la maison royale de Bourbon, mettant à mal à sa probité, le Premier ministre Pedro Sanchez a ouvert une boîte de Pandore en annonçant le 29 décembre dernier que « la monarchie allait être réformée afin de lui donner plus de transparence selon les vœux du roi Felipe VI ». Un débat qui divise la classe politique espagnole dont une partie craint d’ores et déjà que ce soit la porte ouverte à la proclamation d’une troisième République.

Pedro sanchez«La monarchie parlementaire de l'Espagne doit être conforme au XXIème siècle, se renouveler et être transparente selon la volonté du roi Felipe VI  qui y travaille depuis le début de son règne. Pas à pas, les partis politiques découvriront la nouvelle feuille de route fixée par le chef de l'Etat concernant le renouvellement de l'institution royale». Le commentaire n’est pas passé inaperçu et a provoqué un vif débat dans la presse. En annonçant une refonte de la monarchie Bourbon le 29 décembre lors d’une conférence de presse, le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez a fait resurgir une nouvelle fois le spectre de la guerre civile et des divisions politiques. Frappé par de multiples scandales financiers qui ont miné sa réputation, la maison royale d’Espagne peine à redorer son blason et résiste tant bien que mal aux attaques dont elle fait l’objet, autant par les mouvements séparatistes que ceux qui souhaitent imposer au pays une nouvelle république. Face aux craintes exprimées par la droite, le centre et l’extrême-droite espagnole qui soupçonnent le gouvernement de prendre « en otage » le souverain, Pedro Sanchez a tenu à rassurer les principaux leaders de ces formations en affirmant lors d’une interview sur Telecinco, « que la monarchie ne courrait aucun réel danger ». 

 Le roi Felipe, la reine Letizia, la princesse Léonor«Le gouvernement espagnol défendra toujours le pacte constitutionnel de 1978. Nous devons respecter la monarchie parlementaire. Nous entendons des choses qui n'ont rien à voir avec les préoccupations des citoyens et il n'y aura pas de régime bolivarien soviétique en Espagne pas plus que nous ne reviendrons pas au régime de Franco. L'Espagne n'a pas été brisée, les bolcheviks ne viennent pas avec leurs chars et nous n’instaurons aucune dictature comme certains l’affirment » s’est agacé le dirigeant socialiste au cours de cet entretien,  accusé de tous le maux par l’opposition qui affirme qu'il veut museler le monarque et lui retirer toutes ses pouvoirs. Evoquant les « discours de haine »  qui, à son avis, se répandent dans l'opposition, il a raillé les rumeurs d’une  « conspiration judéo-maçonnique qui amènerait le pays tout droit vers une dictature bolivarienne ». « Ce sont des suppositions insensées, la démocratie en Espagne fonctionne très bien » a tapé du poing sur la table Pedro Sanchez qui a tenté d’expliquer que la survie de l’institution royale devait obligatoirement passer par une réforme drastique et qui  a également balayé les velléités de coup d’état en cours parmi d’anciens officiers (qui ont récemment écrit au roi afin de lui apporter son soutien) ou encore les demandes de référendum sur l’avenir de la monarchie réclamé depuis des mois par son allié, Podemos qui ne cache plus son adhésion à l’idée républicaine.

Le roi felipe lors de son discours de noel 2019Un projet qui ne fait d'ailleurs plus recette en Espagne puisque 60% des espagnols ne voient pas l’intérêt de remettre en cause la monarchie qui a marqué les esprits par sa capacité à gérer la montée des séparatismes et la crise du coronavirus qui a durement touché le pays. Vice–présidente du gouvernement  Carmen Calvo, a assuré que Pedro Sánchez et le roi Felipe VI « s’étaient entendus de concert pour une réforme importante de la monarchie et que le monarque était absolument disposé à continuer à servir l’Espagne dans la meilleure des formules qu’il soit ». « Il faut impérativement préserver notre institution de toutes controverses politiques a déclaré, quant à lui, le secrétaire général du groupe socialiste au Congrès, Rafael Simanca qui tient à calmer les esprits qui commencent à s’échauffer.  « Un roi pour avec tous et pour tout le monde » a rappelé de son côté le leader du Parti Populaire, Pablo Casado qui refuse que l’on réduise le roi à un simple objet décoratif. Le principe d’inviolabilité du souverain devrait être le premier article à faire l’objet d’un vaste nettoyage afin de temporiser les demandes de Podemos qui exerce une pression quotidienne sur son allié  et un PSOE qui ne peut s’offrir le luxe de le perdre au risque de mener le royaume vers de nouvelles élections législatives.  Dans son discours de Nouvel an, le roi Felipe VI a lui-même souligné sa volonté de faire des « valeurs éthiques et morales », le symbole de son règne tel qu’il l’avait promis lors de sa prise de serment à la constitution. Une annonce qui a fortement irrité le leader de Vox, Santiago Abascal qui a dénoncé les mensonges, la trahison de Sanchez et son comportement  « napoléonien».

L infante leonor et sa soeur SofiaUn avenir de la monarchie qui fait aussi l’objet de vastes discussions au sein des divers cercles monarchistes qui fourbissent leurs armes et se tiennent prêts en cas de dérapage constitutionnelde la part de la coalition de gauche. Si le roi jouit d’une belle côte de popularité (7/10), c’est l’après Felipe VI qui interroge de plus en plus. Dans un pays où le machisme conserve encore ses droits et bien que son père commence à confier plus de tâches à la princesse Léonor ( 15 ans), la  princesse des Asturies qui a déjà démontré des qualités de future chef d’état, certains s’inquiètent de la succession à venir tant le dernier règne d’une femme en Espagne n’a pas laissé de souvenirs probants. Les carlistes réclament de plus en plus que la couronne reviennent à un de leurs prétendants, les (néo-) franquistes désignent déjà le prince Louis-Alphonse de Bourbon comme seul roi légitime d’Espagne après Felipe VI, et les ultra-monarchistes félipistes craignent l’influence de la reine Létizia, trop à gauche selon eux, sur l’infante. Une cacophonie qui cache mal l’anarchie politique actuelle dans laquelle est plongé le royaume d’Espagne depuis l’abdication du roi Juan Carlos en 2014 et encore plus depuis son exil après la découverte d’une importante fraude fiscale le concernant, l'ayant contraint à un exil humiliant dans les Emirats arabes unis. 49% des espagnols soutiennent toujours le maintien de la royauté contre 34% selon un sondage daté de décembre 2020.

Copyright@Frederic de Natal

Date de dernière mise à jour : 04/01/2021

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