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Felipe VI : la voix mesurée d’une monarchie diplomatique

Face à la crise vénézuélienne et à l’intervention américaine, le roi Felipe VI a choisi de rompre le silence. Dans un discours rare et solennel, le souverain espagnol a appelé à une transition démocratique « pacifique, libre et indépendante », rappelant à la fois les liens historiques entre l’Espagne et le Venezuela et l’impératif du respect du droit international. Une prise de parole mesurée, mais lourde de sens, dans un moment de bascule géopolitique.

Dans un contexte géopolitique bouleversé par l’intervention américaine au Venezuela et l’arrestation du Président Nicolás Maduro, le roi Felipe VI d’Espagne a pris la parole pour défendre une transition démocratique « pacifique, libre et indépendante » au profit du peuple vénézuélien.

Un discours rare, solennel, où le souverain espagnol assume pleinement le rôle moral et diplomatique de la Couronne, rappelant à la fois les liens historiques avec Caracas et la nécessité de préserver l’ordre international fondé sur le droit.

Une prise de parole exceptionnelle dans un moment critique

C’est lors de la Conférence annuelle des ambassadeurs, à Madrid, organisée le 13-14 janvier 2026, que le roi Felipe VI s’est exprimé pour la première fois depuis l’intervention des États-Unis au Venezuela et l’arrestation du Président Nicolás Maduro quelques jours auparavant. Un silence rompu avec gravité, tant le moment est jugé décisif par la diplomatie espagnole.

« Une véritable transition démocratique, pacifique, inclusive et respectueuse de la volonté souveraine, libre et indépendante des Vénézuéliens » : c’est en ces termes que le chef de l’État espagnol a résumé l’objectif qu’il assigne à la communauté internationale. Un message clair, martelé à plusieurs reprises, dans lequel le souverain insiste sur un principe cardinal : les Vénézuéliens doivent être « les seuls acteurs de leur propre destin ».

Cette intervention du monarque n’est ni fortuite ni symbolique. Elle s’inscrit dans un moment de bascule où l’Espagne, ancienne puissance coloniale et acteur majeur du monde ibéro-américain, estime avoir un devoir particulier de vigilance et de parole.

Venezuela–Espagne : une histoire coloniale aux résonances contemporaines

Felipe VI a d’emblée tenu à expliquer le sens de son engagement. Sa prise de parole repose sur « deux idées fondamentales ». La première est d’ordre humain et historique : « notre proximité avec le peuple vénézuélien, cette nation sœur avec laquelle nous partageons tant de liens historiques et une profonde affection ».

Au-delà de la diplomatie, le souverain assume une posture de garant moral. Dans l’architecture constitutionnelle espagnole, le roi incarne l’unité de l’État et sa continuité internationale. À ce titre, son intervention vise à rappeler la ligne rouge que l’Europe ne saurait franchir : soutenir toute solution imposée ou contraire à la souveraineté populaire. Cette logique explique également son salut appuyé à la libération de prisonniers politiques, qualifiée « d’étape nécessaire » vers le « rétablissement intégral des libertés ». Une formulation lourde de sens, qui souligne implicitement la gravité des atteintes passées.

Pour comprendre la portée du message royal, il faut aussi revenir sur l'histoire qui lie les deux nations. Le Venezuela fut l’une des colonies majeures de l’Empire espagnol en Amérique du Sud, intégrée à la Capitainerie générale du Venezuela au XVIIIᵉ siècle. L’Espagne y a laissé une empreinte profonde : langue, structures administratives, culture politique et élites créoles. L’indépendance, proclamée en 1811 sous l’impulsion de Simón Bolívar, élevé au rang de héroas national, après une longue guerre civile d'une décennie, n’a jamais rompu totalement le lien affectif et symbolique entre Madrid et Caracas.  Parfois avec quelques tensions comme en 2007, lors du 17e sommet ibéro-américain, où après un affrontement verbal entre le président vénézuélien, Hugo Chavez, et le chef du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, le roi Juan Carlos était brutalement intervenu par : « Pourquoi tu ne te tais pas ! ».

Aujourd’hui encore, des centaines de milliers de Vénézuéliens vivent en Espagne, tandis que l’Espagne demeure l’un des premiers pays d’accueil de la diaspora fuyant la crise politique et économique.

Le droit international comme ligne de front

La seconde idée développée par le souverain dépasse largement le seul cas vénézuélien. « Nous ne pouvons accepter la violation systématique du droit international », a-t-il affirmé avec fermeté, dénonçant un recul historique inquiétant.

Selon le descendant de Louis XIV, le monde entre dans une « période de vide normatif », aggravée par les technologies contemporaines et la tentation du rapport de force. Une analyse lucide, presque alarmiste, qui place la crise vénézuélienne dans un ensemble plus vaste : celui de l’érosion de l’ordre international bâti après 1945. Felipe VI rappelle que ce sont les démocraties qui ont historiquement construit ce cadre — et qu’elles portent donc une « responsabilité éthique particulière » : préserver un monde fondé sur des règles, et non sur « l’exercice illimité de la force ».

Autre point central du discours : la fragilisation du lien transatlantique entre l’Europe et les États-Unis. Sans nommer directement les tensions actuelles, Felipe VI a mis en garde contre les conséquences d’un éventuel démantèlement de ce partenariat historique, qu’il qualifie de « cadre de référence indispensable ». Né des ruines de la Seconde Guerre mondiale, ce lien a favorisé la stabilité, la croissance et le multilatéralisme en Europe selon lui. Le préserver, selon Felipe VI, exige aujourd’hui « habileté », « courage diplomatique » et respect scrupuleux des règles communes. Un message adressé autant à Washington qu’aux capitales européennes.

Par son intervention, le roi Felipe VI rappelle que la monarchie espagnole n’est ni muette ni passive face aux fractures du monde. Sans jamais s’aventurer sur le terrain de l’ingérence, le souverain assume un rôle de vigie morale, fidèle à l’histoire ibéro-américaine et aux principes du droit international; Une ligne de crête que Felipe VI tente de maintenir alors qu’il est en visite officielle en France aujourd'hui.

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Date de dernière mise à jour : 13/01/2026