Crise au royaume de Belgique

Roi depuis le 21 juillet 2013, Philippe de Belgique a reçu hier en urgence le premier ministre Charles Michel. La démission, pressentie depuis des semaines, des ministres flamands issus du N-VA a provoqué une crise politique ouverte au sein du gouvernement. En s’abstenant d’approuver le pacte des Nations unies sur la migration le mouvement nationaliste flamand force désormais le premier ministre  libéral francophone à diriger le royaume avec un gouvernement minoritaire jusqu’aux élections de mai prochain.

Phiippe de saxe cobourg gothaLa crise politique était palpable depuis des mois et hier, le royaume a vécu dans l’incertitude de la décision du premier ministre.  Après avoir été voir le roi au palais de Laeken, Charles Michel est ressorti avec la recomposition d’un gouvernement à minima à quelques heures d’un vol pour Marrakech, au Maroc, où doit être consigné le controversé pacte des Nations unies sur la migration.  Afin de ne pas perdre ses électeurs face au Vlaams Belang actuellement crédité de 15% dans les sondages , le Nieuw-Vlaamse Alliantie (NV-A) s’est opposé sur le sujet aux autres partis de la coalition au pouvoir depuis 4 ans, le Mouvement réformateur (MR) de Charles Michel, le centre droit flamand (VLD) et le parti chrétien flaman (CD & V). Il est vrai que le pacte des Nations unies sur la migration divise beaucoup les belges alors qu’à contrario, son voisin français a subitement découvert ce pacte avec la crise des « gilets jaunes ».

Loin de toutes théories farfelues que l’on peut trouver sur le net, le texte est disponible en toute liberté sur le site officiel de l’Organisation des Nations Unies. Adopté en 2016, le pacte stipule que les « États ont notamment exprimé leur profonde solidarité avec toutes les personnes qui ont été contraintes de fuir », « promis un soutien important aux pays touchés par des déplacements massifs de réfugiés et de migrants » comme nous le rappelle le magazine Le Point. Le NV-A a fait campagne contre la signature du pacte  en surfant sur une ligne très conservatrice. «Pacte des Nations unies sur les migrations = accès aux droits sociaux, y compris pour les immigrés clandestins» ou encore «pacte des Nations unies sur les migrations = priorité à la préservation de la culture des migrants»  pouvait-on lire sur les 6  photos illustrant son opposition et  qui ont été  finalement retirées de leur compte Twitter.

Toutefois et en dépit de débats houleux, les députés du royaume ont décidé lors de l’adoption du texte final de retirer certaines mentions comme le principe de régularisation collective ou la décriminalisation de l’immigration irrégulière. Le journal Libération précise même dans son édition du 5 décembre qu’ « à la demande de l’Office des étrangers, la notion de regroupement familial a été affaiblie pour être nuancée et coller à la pratique belge ». 

Mais pour le Vlaams Belang, dont le mouvement souhaiterait la partition de la Belgique en deux états distincts, c’est le pacte de trop. Le mouvement d’extrême-droite, du fringant trentenaire Tom Van Grieken, n’a pas hésité à mettre la pression sur le NV-A, rabattant derrière lui la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, et l’ex-directeur de campagne de Donald Trump, Steve Bannon, qui cite volontiers Charles Maurras et l’écrivain Raspail comme références, afin qu’il quitte le gouvernement.

«Si le Premier ministre Charles Michel part dimanche au Maroc pour approuver ce Pacte, il décollera comme Premier ministre de la suédoise (nom donné à la coalition actuelle, ndlr) et atterrira comme Premier ministre de la coalition Marrakech » a menacé  Bart De Wever  comme le rapporte Atlantico. « Je prendrai (...) l'avion demain comme chef de gouvernement d'une coalition responsable (et) je mènerai bien sûr dès mon retour des consultations avec le Parlement » lui a répondu le premier ministre, qui joue sa crédibilité devant l’Europe tout aussi divisée (une vingtaine de pays ayant décidé de ne pas le signer). Laissant entrevoir une campagne électorale difficile qui pourrait fragiliser l’équilibre d’argile de la monarchie belge et profiter aux mouvements populistes qui tente de la prendre en otage

Le roi Philippe et le premier ministre Charles MichelLa contagion pourrait d’ailleurs gagner rapidement la France et déstabiliser le président Emmanuel Macron qui se garde bien d’évoquer le sujet. « Ce pacte est une menace pour notre souveraineté et notre identité. Chaque peuple a le droit de choisir qui il souhaite accueillir » a déclaré la porte-parole des Républicains, Lydia Guirous, se plaçant dans les pas du Rassemblement national et de Debout la République dans une étrange convergence d’union des droites improbable. Ce dernier mouvement exigeant même un référendum, proposition reprise dans certaines revendications des « gilets jaunes » ci et là. 

Mais loin des atermoiements et soubresauts actuels de la république française, la monarchie belge est à son tour menacée de connaître le même sort. Dans une interview, le premier ministre Charles Michel s’est irrité de la situation : « Va-t-on changer de direction et d'intention parce que cela ne plait pas à la N-VA ou parce que en Autriche et en Italie, on a décidé de se lancer dans une course populiste? Va-t-on coller au train de pays qui ont viré à la droite extrême? Non! Nous ne sommes pas d'accord et cela ne se produira pas! ».

Avant d’être très clair : « le royaume soutiendra le pacte des Nations unies sur les migrations ! » Paris est même venu au secours de Charles Michel par la voie de son ministre des affaires étrangères,  Jean-Yves Le Drian, qui  a déploré ce  dimanche les «fadaises» et les «manipulations» que l’on pouvait lire sur les sites d’extrême-droite.

SLe Vlaams Belangi le système monarchique n’est pas visé en soi, le pacte menace lui ses institutions gouvernementales. Selon un sondage IPSOS, un tiers des Belges estimait  encore ce week end que le désaccord concernant le pacte des migrations de l'ONU méritait de faire chuter le gouvernement belge. Ils sont 34 % en Wallonie et 30% en Flandre à penser de même. Rik Van Cauwelaert, ancien directeur du magazine Knack et observateur  réputé de la vie politique flamande dénonçait sur les ondes de RTBF, une véritable «  comédie parlementaire » dont la monarchie ne sortirait pas grandie. Francis Delpérée, professeur de droit constitutionnel, a quant à lui déclaré qu’un gouvernement minoritaire, ce n’était plus faisable en Belgique : une hérésie constitutionnelle, une hypothèse qu’il faut mettre de côté. Ce n’est plus arrivé depuis 1970 chez nous » déplorait-il.

Le roi Philippe se tient à son rôle de monarque constitutionnel et ne s’est pas prononcé sur le sujet, gardant le principe de neutralité qui lui permet de s’élever au-dessus des partis comme des conflits politiques. « Le Roi a accepté dimanche la démission des ministres et secrétaires d'Etat (…) » concernés a annoncé un communiqué du Palais Royal. De «suédoise », la coalition n’a plus que de l’orange et du bleu dans ses couleurs. A savoir celles des libéraux  et des chrétiens flamands.

Une faible marge de manœuvre électorale qui pourrait amener le premier ministre du roi à organiser des élections anticipées dont le résultat pourrait rendre une nouvelle fois le royaume ingouvernable et favoriser la montée des partis eurosceptiques alors que Bruxelles fait également face à ses premières manifestations de « gilets jaunes ».

Copyright@Frederic de Natal

Publié le 10/12/2018

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