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Guerre en Ukraine : l’avertissement sans détour de Karl de Habsbourg

Petit-fils du dernier Empereur d’Autriche-Hongrie, leader paneuropéen et soutien actif de l’Ukraine, Karl de Habsbourg-Lorraine livre au Kyiv Post une analyse sans concession de la guerre en Ukraine, partage son point de vue sur la Russie et sur les faiblesses de l'Union européenne.

Né le 11 janvier 1961, Karl de Habsbourg-Lorraine est le petit-fils de l’empereur Charles Ier, figure béatifiée et dernier souverain de l’Empire austro-hongrois. héritier politique et intellectuel de l’archiduc Otto von Habsbourg-Lorraine (1912-2011), ce derier fut un grand artisan et un visionnaire de l’unité européenne, longtemps député au Parlement européen.

Lui-même ancien eurodéputé (1996-1999), officier de réserve de l’armée de l’air autrichienne, parachutiste aguerri et président d’honneur du Mouvement paneuropéen d’Autriche, Karl de Habsbourg-Lorraine incarne  enore aujourd'hui une tradition politique singulière, fondée sur la mémoire historique, l’engagement européen et une conception exigeante de la responsabilité stratégique. Depuis le début de l’invasion russe de l'Ukraine (2022), il s’est imposé comme l’une des voix européennes les plus constantes et les plus dures contre Moscou, allant bien au-delà des prudences diplomatiques habituelles.

Propriétaire de la radio ukrainienne Kraina FM, diffusant exclusivement en ukrainien, il s’implique personnellement dans le soutien à cette nation née de l’effondrement de l’Union soviétique (1991).

Aider l'Ukraine sans aucune concession ni neutralité à afficher

Interrogé par le Kyiv Post le 21 et 22 décembre 2025, Karl de Habsbourg-Lorraine a salué les progrès réalisés par l’Ukraine dans sa volonté d'intégrer l'Union européenne (UE).  « L’intégration n’est pas un processus rapide. Mais nous en avons absolument besoin pour une Europe unie. L’Ukraine doit en être une partie intégrante. », explique l’archiduc qui reconnaît qu'aucune date précise de cette adhésion ne peut-être donnée. Mais, elle doit «  se faire aussi vite que possible », insiste t-il. Pour lui, nul doute car c'est une réalité stratégique : l’avenir de l’Europe se joue à l’Est et il est crucial de continuer à soutenir Kiev dans ses efforts de guerre. Sur l'Organisation du traité de l'Atlantique nord, « la question n’est pas de savoir quand l’Ukraine entrera dans l’OTAN, mais plutôt quand l’OTAN entrera en Ukraine. » pose t-il comme question.

Pour Karl de Habsbourg-Lorraine, l’Alliance atlantique accuse un retard doctrinal face à une armée ukrainienne devenue, par la force des choses, le laboratoire militaire le plus expérimenté du continent en raison de l'aide substantielle qu'elle reçoit. Il met en garde contre une aide insuffisante à l'Ukraine et une politique d'apaisement qui céderait aux exigences de la Russie et de Vladimir Poutine. Il n'est pas question de paix au détriment des intérêts de Kiev comme il n'est pas raisonnable que l’Autriche, pays dont il est le prétendant au trône, reste encore neutre. Karl de Habsbourg-Lorraine se montre sévère. Il salue la clarté de la ministre des Affaires étrangères, Beate Meinl-Reisinger, mais regrette amérement le manque d'engagement de Vienne dans cette guerre. « La neutralité ne peut pas servir d’alibi à l’inaction morale. », assène le fils de l’archiduc Otto de Habsbourg-Lorraine.

Cette critique s’adresse, en réalité, à l’ensemble de l’Europe occidentale, trop longtemps convaincue que la guerre pouvait rester « lointaine », oubliant au passage qu'elle fut au coeur de celle-ci lors du conflit généralisé en Yougoslavie (1991-1995).

La Russie, un ennemi à abattre, selon le prétendant au trône austro-hongrois

Sur la Russie, Karl de Habsbourg-Lorraine ne laisse aucune place à l’ambiguïté. Sa ligne est claire, constante et assumée : l’apaisement est une faute historique.  Il rejette le plan de paix actuel : « Cela ne fonctionne pas avec un tel régime. Donner 20 % de l’Ukraine pour satisfaire Moscou est un non-sens absolu. Nous avons déjà vécu cela au XXe siècle. », rappelle-t-il, faisant allusion aux réclamations territorailes du Troisième Reich et son espace vital. Selon lui, la Russie du président Vladimir Poutine est un « État totalitaire, mû par une logique impériale assumée ». « La Russie ne nous ment même pas. Elle dit très clairement vouloir étendre son influence jusqu’à Lisbonne. », assure t-il au journaliste ukrainien.  Pour lui, la guerre hybride est déjà une réalité en Europe, et une extension militaire du conflit n’est pas une hypothèse théorique. « Une attaque contre les pays baltes, la Pologne ou même la Moldavie est tout à fait réaliste. », prévient cet européen convaincu.

Pour le petit-fils de Charles Ier la survie de l’État ukrainien ne peut se faire sans que la victoire ne soit complète. « L’étape finale doit être l’intégrité territoriale et la souveraineté de l’Ukraine. », renchérit le prétendant au trône austro-hongrois qui s'agace qu'on puisse penser un seul instant donner une partie du territoire ukrainien occupé par les Russes. Il insiste également sur la question des réparations, évoquant les millions de réfugiés et déplacés, et assume une vision de long terme : « Si cela prend 50 ou 100 ans, alors cela prendra 50 ou 100 ans. La Russie doit payer le prix. ».  

Cette opinion (loin de faire l'unanimité au sein des pays qui composent l'UE) tranche avec les prudences de nombreuses capitales européennes, que Karl de Habsbourg-Lorraine juge encore prisonnières d’un déni stratégique alors que « la Russie peut s’effondrer » à tout moment, affirme-t-il. Il analyse sans illusion le fort soutien populaire dont bénéficie Vladimir Poutine, qu’il attribue au contrôle total de l’espace informationnel. D’où sa conviction : la guerre ne se gagnera pas uniquement sur le terrain militaire. « Nous devons aussi  envahir cet espace. Dire la vérité au peuple russe est une condition de la fin du régime. », poursuit-il. Pour lui, une défaite russe passera inévitablement pas un changement de pouvoir à Moscou et une nouvelle vision du conflit qui raménera le calme en Europe achevant sa construction.

À travers cette interview fleuve, Karl de Habsbourg-Lorraine tente un exercice difficile, celui de s’imposer comme l’une des consciences historiques de l’Europe contemporaine, rappelant que la guerre en Ukraine n’est pas un conflit périphérique, mais un test existentiel pour le continent tout entier. « Nul n'est prohète en son pays » dit cependant l'adage bien connu.

Copyright@Frederic de Natal

Date de dernière mise à jour : 08/01/2026