À l’horizon 2025, le château de Hohenzollern s’apprête à connaître une évolution majeure. Berceau historique de la dynastie prussienne, cette forteresse emblématique deviendra la propriété exclusive du prince George Friedrich de Prusse, consacrant l’unité patrimoniale d’un lieu au cœur de l’histoire européenne.
C’est une page discrète mais hautement symbolique de l’histoire dynastique allemande qui s’écrit au sommet du Jura souabe. À compter du 31 décembre 2025, le château de Hohenzollern, berceau millénaire de l’une des plus grandes dynasties européennes, deviendra la propriété exclusive du prince George Friedrich de Prusse, 49 ans, chef de la maison royale prussienne et prétendant au trône impérial d’Allemagne.
Une annonce qui a été publiée sur le site officiel de la Maison de Hohenzollern.

Une transmission patrimoniale empreinte d’histoire
Jusqu’alors détenu conjointement par les deux branches de la Maison royale de Prusse, les Hohenzollern et les Hohenzollern-Sigmaringen, l’édifice surplombe la Souabe à une altitude de 855 mètres. Ayant connu différents soubresauts à travers les siècles, plusieurs fois détruit, il a été reconstruit au milieu du XIXᵉ siècle sur l’initiative conjointe des deux lignées. Le prince Karl Friedrich von Hohenzollern, 73 ans, chef de la maison de Hohenzollern (depuis), a choisi de transférer à son cousin le tiers de propriété qu’il détenait encore dans un esprit de concorde familiale.
« Je suis profondément reconnaissant à mon cousin pour son soutien et son dévouement total à notre nom de famille », confie le prince George Friedrich de Prusse, soulignant combien leur coopération fut déterminante pour la préservation et le développement du site. « Notre partenariat étroit a joué un rôle important dans la vie du château. Il se poursuivra encore dans de nombreux domaines. », assure t-il
De son côté, le prince Karl Friedrich évoque également aux médias « de nombreuses années de coopération constructive » et annonce son souhait de se consacrer désormais pleinement au château de Sigmaringen, autre joyau emblématique de la dynastie qui a été au centre d’un épisode tragique de la Seconde Guerre mondiale, avec l’accueil forcé des membres du gouvernement de Vichy et un certain nombre de collaborateurs français en 1944.

Un château vivant, entre mémoire et modernité
Dès lors, l’entière responsabilité de l’exploitation, de l’entretien et du développement culturel du château de Hohenzollern reposera sur les épaules du prince George Friedrich qui assure un rôle culturel et non politique, comme il tient régulièrement à le rappeler. Un regret pour les partisans de la monarchie rassemblés au sein de diverses associations. 8 % des Allemands souhaitent actuellement le retour de l’institution impériale tombée en 1918; la maison impériale souffrant toujours de son image de compromission avec les Nazis.
Visité chaque année par plus de 300 000 personnes, le château figure parmi les musées privés les plus prospères d’Allemagne, conjuguant attractivité touristique et exigence historique. Le prince a récemment renforcé ce positionnement en concluant, au printemps dernier, un accord historique avec le gouvernement fédéral sur des questions de propriété longtemps en suspens : une part significative de l’ancienne collection royale prussienne a ainsi rejoint le nouveau fonds d’art Hohenzollern, garantissant sa conservation et sa transmission. Fait rare dans l’histoire européenne, les deux chefs de maison — l’un protestant, l’autre catholique — demeurent étroitement associés au sein du conseil de la Fondation Princesse Kira de Prusse (qui offre un camp d'été à des enfants nécessiteux habitant Berlin), basée au château. Un symbole d’unité spirituelle et culturelle, à l’image de cette transition patrimoniale apaisée.
Plus qu’un simple transfert de propriété, cette décision consacre la vision d’un héritier conscient de son rôle : faire du château de Hohenzollern non pas un vestige figé du passé, mais un lieu vivant de mémoire, de culture et de rayonnement, fidèle à l’histoire d’une dynastie qui a façonné l’Europe.
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