Le roi Gyanendra Shah accuse la République de tous les maux

À la veille d'importantes manifestations en hommage au roi Prithvi Narayan Shah, le fondateur de la nation népalaise, le roi Gyanendra Shah a tenu des discussions avec les leaders du parti royaliste Rastriya Prajatantra (RPP). Avec plusieurs crises secouant le pays himalayen, divers mouvements réclament désormais le rétablissement de la monarchie, abolie depuis 2008.

À la fin de décembre 2023, des milliers de Népalais ont convergé vers Bhairahawa pour participer à l'inauguration de la statue du roi Prithvi Narayan Shah. En tant que fondateur du Népal, ce monarque demeure une figure vénérée par les nationalistes hindous, dont les exploits sont encore enseignés dans les établissements scolaires au Népal. Invité à cette cérémonie, l'ancien roi Gyanendra a eu l'occasion de mesurer sa popularité lors d'un bain de foule, qu'il a fallu interrompre pour lui permettre de monter sur l'estrade aménagée, où il a rejoint son épouse et son petit-fils héritier présents pour cette occasion.

 

 

Le roi Gyanendra Shah accuse la République de tous les maux

« Partout où je vais, j'entends vos doléances, vos demandes de sauver le pays et lui rendre sa prospérité. Debout ici, face à vous, je rends hommage à mes ancêtre et j’entends répondre à vos souhaits de sauver le pays ». Face à ses anciens sujets galvanisés par sa présence, le monarque déchu a rappelé qu’il n’avait jamais quitté le Népal depuis qu’il avait été contraint d’abdiquer en 2008 à la suite d’une révolution. « Des milliers de jeunes sont partis à l'étranger en raison du chômage et de la pauvreté (…). Ils sont partis à cause de l'insatisfaction, de la colère et de la coercition, et non à cause d'un manque d'amour pour le pays. Cette situation doit cesser » a déclaré le souverain qui a demandé aux Népalais de ne pas abandonner les traditions ni l’hindouisme. « Unissons-nous et réfléchissons ensemble. Préparons une bonne feuille de route et rebâtissons ce pays (..) dans la joie, le bonheur et la paix » a insisté le monarque. 

Gyanendra shah et son petit-fils @facebook/ The royal family Nepal

Les royalistes à la manoeuvre

Un véritable appel au rétablissement de la monarchie émerge alors que le Népal est plongé dans une crise économique, politique et identitaire depuis plus d'une décennie. En arrière-plan de son discours, largement relayé par les médias locaux, se dessine une critique directe envers le fédéralisme et la laïcité imposés par les marxistes et les communistes peu de temps après la proclamation de la République. Par la suite de cette cérémonie, le roi Gyanendra a rencontré les principaux dirigeants du Rastriya Prajatantra (RPP), un parti royaliste qui compte 10 représentants au Parlement. Maintenant dans l'opposition après avoir brièvement participé à un gouvernement d'union nationale (2022-2023), les monarchistes ont démontré leur capacité à mobiliser et à rassembler leurs partisans lors d'une manifestation géante à Katmandou, la capitale, il y a un mois. Des centaines de milliers de Népalais ont menacé de renverser le gouvernement, devenu l'objet de l'ire populaire, dirigé par Pushpa Kamal Dahal, le responsable de la chute de l'institution royale. Les marxistes ont violemment réprimé le rassemblement pour éviter tout risque de coup d'État potentiel.

Le roi Gyanendra shah et son épouse@ Facebook/ The Royal family Nepal

Divers mouvements appellent à la restauration de la monarchie

Pour le monarque, l'objectif est désormais de rassembler tous les mouvements. Kamal Thapa, ancien vice-président et ministre des Affaires étrangères, a longtemps été un fervent soutien du roi Gyanendra Shah avant d'être évincé du RPP en raison de son autoritarisme excessif. Malgré avoir renié sa fidélité à la dynastie sur le réseau social X (anciennement Twitter), il a récemment fait marche arrière et, aujourd'hui, à la tête de son propre mouvement, il appelle à rallier Gyanendra Shah. Une position similaire est perceptible chez certains membres influents du Congrès népalais, le deuxième parti majoritaire au Parlement. De manière surprenante, une alliance tactique s'est formée entre les royalistes et le Parti communiste du Népal-marxiste-léniniste unifié (CPN-ULM) lors des élections locales. Cette collaboration a renforcé la présence des royalistes dans les zones rurales, où les habitants se sentent lésés par ceux-là mêmes qu'ils ont soutenus lors de la révolution. Bien que rien n'ait été divulgué de cette réunion, le Katmandu Post a révélé que les communistes pourraient à nouveau s'allier aux monarchistes pour renverser le Premier ministre marxiste Prachanda. En fond de toile de cette lutte pour la restauration de la monarchie, une féroce rivalité d'influence se déroule entre l'Inde, favorable au retour de la royauté, et la Chine, qui soutient l'ancien rebelle à la tête du pays. Une perspective qui réjouit Gyanendra Shah, car selon le Rastriya Samachar, certaines sources affirment qu'il est très optimiste quant au retour de la monarchie dans le pays, étant donné l'évolution progressive de l'opinion publique en ce sens.

Les Népalais s'apprêtent à commémorer le jour de Prithvi Narayan Shah dans les jours à venir. Il s'agit d'un test significatif pour les royalistes, dont l'histoire post-monarchique a été marquée par de nombreuses scissions. Pour le roi Gyanendra Shah, cette occasion constitue une leçon tirée de l'Histoire, et il devra être prêt à accepter des compromis s'il souhaite reconquérir le trône qu'il a perdu.

Copyright@Frederic de Natal

Date de dernière mise à jour : 06/01/2024

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