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Le roi Gyanendra se propose comme chef d’État d’une nouvelle monarchie

Depuis son abdication en 2008, le roi Gyanendra Shah publie régulièrement des communiqués de presse lors d'occasions importantes. Après avoir publiquement critiqué la gouvernance actuelle qui a mené le Népal dans une crise économique, à la veille de l’élection du nouveau président de la République, le monarque déchu s’est dit « prêt à collaborer avec les différents partis politiques » et à remonter sur son trône.

Souverain déchu de son trône par une révolution en mai 2008, le roi Gyanendra Shah reste une figure incontournable de la vie politique népalaise. À de nombreuses reprises, il n’a pas hésité à critiquer les différents gouvernements de coalition marxiste pour leur mauvaise gouvernance, s’est érigé en premier opposant des institutions laïques et fédérales mises en place après la fin de la monarchie. Il conserve encore de nombreux partisans qui l'acclament par milliers à chacune de ses sorties officielles. Véritable force d’opposition, les royalistes du Rastriya Prajatantra sont actuellement membres du gouvernement et à la tête de postes ministériels clefs. Ils manifestent régulièrement pour le retour du monarque sur son trône. Alors que les partis politiques se disputent le nom du prochain président du Népal, une fonction honorifique, le roi Gyanendra Shah est une nouvelle fois sorti de sa réserve et a surpris le pays en se posant en alternative crédible, affirmant « être prêt à collaborer avec tous les partis politiques ».

Le roi Gyanendra se propose comme chef d’État d’une nouvelle monarchie

« C'est l'héritage et la tradition de notre lignée d'accepter la décision de la majorité du peuple népalais. Même dans les moments les plus défavorables de la triste situation, nous n'avons pas perdu notre sang-froid et notre patriotisme et nous n'avons pas quitté le pays, mais nous ne pouvons plus garder le silence sur le déclin continu du Népal », a déclaré le communiqué de presse du souverain. « Au cours de ces années [depuis l'abolition de la monarchie-ndlr], la paix, la stabilité, le respect et la souveraineté ont commencé à s'effriter. Maintenant, pour sauver ce pays, il faut que les partis politiques montrent plus d’unité, indispensable à la démocratie, ramener une monarchie qui bénéficie d’un long héritage historique patriotique, basée sur la confiance mutuelle » a ajouté Gyanendra Shah qui a récemment participer au lancement d'une campagne visant à le restaurer. Dans son communiqué, il lance un appel identique aux partis représentés au Parlement. 

Le roi Gyanendra Shah

Une déclaration qui a déstabilisé les partis de l’opposition et de la coalition gouvernementale 

Un communiqué qui a irrité l’ancien Premier ministre KP Sharma Oli. Il s’est montré très sarcastique face à cette proposition. « Sur quelle base les partis politiques devraient-ils coopérer avec l'ancien roi ? L'ancien roi Gyanendra continue d'agir de la même manière qu'il le faisait lorsqu'il était au pouvoir. Il s'excite après avoir rencontré quelques personnes » a ironisé le leader du Parti communiste du Népal-marxiste-léniniste unifié (CPN-UML). Du côté du Congrès Népalais (CN), l’avis diffère. L’ancien soutien et tombeur de la monarchie n’a pas exclu d’y réfléchir. « La manière dont l'ancien roi a soulevé la question d’un retour à une bonne gouvernance, la mauvaise situation économique du pays et le laisser-aller diplomatique observé dans le pays, semble être pragmatique » a déclaré Govind Raj Pokharel, leader du CN. « En disant " nous ne pouvons plus rester silencieux ", voulait-il dire qu'il souhaiterait le retour de la monarchie ou souhaite-t-il aider à résoudre les problèmes auxquels le pays et le peuple sont confrontés ? » questionne toutefois l’ancien président de la Commission nationale de planification. Face à l’impasse dans laquelle est plongée le Népal, c’est le secrétaire personnel du roi Gyanendra qui est monté au créneau afin de clarifier la situation. « Les dirigeants de plusieurs partis politiques nous ont exprimé leur mécontentement lors de toutes leurs rencontres avec le roi Gyanendra et ont souhaité qu’ils se présentent devant eux »  a affirmé Phanindra Raj Pathak qui parle de « proposition concrète et non abstraite » du souverain. « Si les partis politiques veulent une personne de consensus à la tête de l'Etat, alors (Gyanendra shah) pourrait être un bon candidat. Pourquoi ne pouvons-nous pas créer un poste de chef de l’État au lieu de président et donner le poste à l'ancien roi ? » demande son secrétaire personnel. 

Jamais deux sans trois ?

Une proposition d’ores et déjà balayée par le parti marxiste du Premier ministre Pushpa Kamal Dahal interrogé par le Katmandu Post. « Il y a une montée du populisme dans le pays et l'ancien roi qui vivait des allocations de l'État essaie juste de pêcher en eaux troubles » pointe du doigt, Haribol Gajurel, conseiller de l’ancien rebelle marxiste. « Les déclarations de l'ancien roi critiquant les partis sont insignifiantes, car il n'a pas tenu ses promesses lorsqu'il était au pouvoir » rappelle Lok Raj Baral. « S'il veut entrer en politique, il est libre de le faire en lançant un parti politique. Sinon, je ne vois aucune raison pour que les partis politiques coopèrent avec lui » lâche très lapidairement cet analyste politique réputé. « Les forces politiques au Népal sont divisées et la proie de puissances étrangères C'est peut-être la raison pour laquelle on envisage désormais la possibilité d'un ancien monarque comme alternative » constate simplement, de son côté, Yubaraj Ghimire, un journaliste chevronné. Après avoir déjà occupé deux fois son trône, le roi Gyanendra pourrait illustrer l’adage bien connu et reprendre bientôt son « sceptre et sa couronne qu’il a confié aux Népalais » selon ses propres termes.

Copyright@Frederic de Natal

 

Date de dernière mise à jour : 22/02/2023

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