Gyanendra Shah dément toute implication dans le parricide royal

Alors que le Népal pourrait ramener la monarchie au pouvoir, les opposants à l'institution royale ont pointé du doigt la responsabilité du roi Gyanendra Shah dans le massacre de la famille royale. Le monarque déchu a fermement démenti son implication. Signe des tensions politiques qui règnent dans cette partie de l'Himalaya.

S’exprimant en marge d’une cérémonie organisée à Birgunj, le 27 janvier 2024, le roi Gyanendra Shah a exprimé ses inquiétudes et son agacement concernant les nombreuses théories entourant les raisons qui ont conduit au massacre de la famille royale en 2001, comme le rappporte le quotidien Khabarhub.  Selon le monarque déchu du Népal, les rumeurs qui continuent encore d’être propagées sur les réseaux sociaux ont conduit à générer de fausses idées sur lui et sa famille. Rappelant que sa propre famille comptait également des victimes, " cet incident qui a mené à cette catastrophe de juin 2001 nous a, non seulement affecté physiquement, mais a également créé un flot d'idées fausses et d'émotions négatives dans l'esprit du peuple népalais. Notre famille a également été victime de cette attaque mortelle ", a déclaré l’ancien roi. 

Le massacre de la famille royale népalaise : Une tragédie pour le Népal 

Le 1er juin 2001, une soirée qui aurait dû être dédiée à la célébration du 54e anniversaire du roi Birendra Bir Bikram Shah Dev, s'est transformée en une tragédie sans précédent au palais royal de Narayanhiti, situé à Katmandou, capitale du Népal. Cette nuit-là, un drame inimaginable s'est déroulé lors d'un dîner familial, marquant un tournant dramatique dans l'histoire du pays. Le prince héritier Dipendra, fils du roi Birendra, 29 ans, a ouvert le feu sur les membres de sa propre famille lors du dîner, tuant son père, sa mère, son frère, et six autres proches. Grièvement blessé après avoir retourné l'arme contre lui, le prince Dipendra est tombé dans le coma. Trois jours après le massacre, il a été proclamé roi, bien qu'il fût toujours inconscient, conformément à la Constitution. Finalement, le 4 juin 2001, Dipendra a été officiellement déclaré responsable du massacre avant de décéder trois jours plus tard. 

De nombreuses théories troublantes qui font débat

Ce parricide a donné lieu à diverses théories qui restent encore à sujet l’objet d’un débat au Népal. Certains ont émis l'hypothèse qu'un complot maoïste aurait été à l'origine du massacre, visant à renverser la monarchie népalaise. Des rumeurs construites sur un fond de dissensions internes au sein la famille royale. Il a été longtemps dit que la reine Aishwarya se serait opposée au choix de mariage de son fils aîné en raison de la trop grande proximité généalogique de sa fiancée, Devyani , avec la famille Rana. Une dynastie de Premier ministres héréditaires qui se sont arrogés de très grands pouvoirs durant un siècle avant d’être renversés en 1951 grâce à une intervention militaire de l'Inde voisine. Des spéculations ont également circulé, suggérant que le prince Dipendra aurait pu être sous l'influence de substances altérant son jugement et qui aurait été transmises par son cousin, le prince Paras. Ce dernier étant le compagnon d'orgies de Dipendra et le fils de Gyanendra. Certains ont avancé l'idée que le meurtre était prémédité et planifié, notamment en raison de l’armée utilisée par le prince Dipendra.  Bien que la version officielle indique que l’héritier au trône a utilisé un fusil d'assaut M16, des experts en armement ont remis en cause cette affirmation, expliquant qu’il était peu concevable que cette arme ait pu être efficacement utilisée dans un espace aussi confiné que la salle à manger du palais. 

Famille royale du Népal en 2001

Une enquête officielle remise en cause par les Népalais

La crédibilité de l'enquête officielle a été mise en doute en raison du manque d'une enquête indépendante approfondie. Certains ont fait remarqué que l'enquête n'avait pas suffisamment exploré toutes les possibilités et que des questions demeuraient sans réponse. Les témoignages des survivants et des proches de la famille royale ont contribué à brouiller les lignes et à entretenir le msytère. Certains membres de la famille ont confirmé l'existence de tensions internes, d'autres ont insisté sur le fait que la maison royale était très unie. Un proche de la famille royale, sous couvert d'anonymat, a déclaré : " C'était une soirée comme les autres, jusqu'à ce que tout bascule. Les tirs ont créé un chaos inimaginable. Les rumeurs circulaient déjà sur des désaccords, mais personne ne s'attendait à une telle tragédie."

Conséquences de ce massacre 

« Le palais était rempli de cris et de pleurs. Personne ne comprenait ce qui venait de se passer. C'était une nuit qui restera gravée dans notre mémoire à jamais "a déclaré un membre du personnel du palais. Le massacre a eu des conséquences profondes sur le Népal. La majorité des Népalais ont été profondément choqués et attristés par le massacre, considérant qu'il s'agissait d'une tragédie nationale. La famille royale était respectée et vénérée, et la perte soudaine de plusieurs de ses membres a laissé une cicatrice émotionnelle dans le pays. Certains critiques ont dirigé leurs soupçons vers le roi Gyanendra Shah, oncle du prince héritier Dipendra. Des allégations ont même circulé suggérant que le roi Gyanendra aurait pu être impliqué dans la planification du massacre afin d’accéder au trône. Elles reposent en partie sur le fait que Gyanendra est devenu trop rapidement le souverain du Népal après la mort de Dipendra et qu’il a tiré avantage de la situation pour reprendre un pouvoir (exercé entre 1950 et 1951), suscitant ainsi de fortes suspicions à son encontre, qui continuent encore de l’entourer aujourd’hui. Il est important de noter que ces accusations ne reposent pas sur des preuves concluantes. Gyanendra Shah a d’ailleurs toujours nié toute implication dans ce massacre. 

Le mystère qui entoure ce massacre a certainement contribué au renversement de la monarchie en 2008 et l’abandon de tout soutien à la monarchie par la classe politique locale qui reprochait également à Gyanendra Shah, une trop grosse concentration de pouvoirs entre ses mains. La déclaration du roi n’est donc pas anodine. Alors que plusieurs voix s’élèvent depuis de nombreuses années, dont celle de l'ancien Premier ministre KP OLi qui a évoqué "une conspiration horrible", pour que Gyanendra Shah soit jugé, elle intervient alors que le pays connaît un regain de tensions qui pourrait amener les Népalais à restaurer la monarchie.

Copyright@Frederic de Natal

Date de dernière mise à jour : 29/01/2024

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