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Corée du Sud : la monarchie peut-elle renaître de ses cendres ?

Un sondage récent révèle qu’une part significative de la population sud-coréenne continue de nourrir une certaine nostalgie pour la dynastie impériale, plus d’un siècle après sa chute. Entre mémoire historique et enjeux politiques, la question de la restauration monarchique refait surface.

La Corée du Sud traverse aujourd’hui une période de turbulences politiques et sociales. Sous la présidence de Yoon Suk-yeol, marqué par des tensions géopolitiques avec la Corée du Nord, une dépendance sécuritaire aux États-Unis et une rivalité commerciale avec la Chine, le pays s’interroge sur son identité et ses institutions.

Dans un système républicain souvent critiqué pour ses scandales de corruption et ses fractures générationnelles, certains observateurs voient ressurgir l’idée d’une alternative monarchique comme symbole de stabilité et de continuité.

Salle du trône du palais de Gyeongbokgung @wikicommons

L’écho des sondages

L’histoire monarchique coréenne remonte à la dynastie Joseon (1392-1897), qui fit entrer la péninsule dans la modernité tout en préservant un héritage confucéen puissant. En 1897, le roi Gojong proclama l’Empire de Corée, dans une tentative d’affirmer l’indépendance face aux empires voisins, notamment le Japon. Mais l’annexion japonaise de 1910 mit brutalement fin à cette expérience impériale, reléguant la famille royale au rang de symbole sans pouvoir. Après la libération en 1945 et la naissance de la République de Corée, la monarchie ne fut jamais restaurée, éclipsée par la guerre froide et l’instauration d’un régime présidentiel.

D’après une enquête menée par l’institut Realmeter, 40,4 % des Sud-Coréens se disent favorables à une restauration de la famille impériale, contre 23,4 % d’opposants. Si ce chiffre est en recul par rapport à 2006 (54,4 %), il reste significatif, notamment dans les régions de Daegu et du Gyeongsang du Nord (53,3 %). Fait notable, ce soutien est particulièrement marqué chez les jeunes dans la vingtaine (48,7 %), signe que la monarchie continue de résonner dans l’imaginaire d’une génération pourtant tournée vers l’avenir.

Les princes Yi Seok (gauche et Lee Won (droite) @wikicommons

Qui sont les héritiers de la ligne Yi

Aujourd’hui, la famille impériale coréenne est représentée par la famille Yi, descendante de la dynastie Joseon. Parmi les figures les plus connues, on retrouve le prince Yi Seok, professeur de musique, qui s’est plusieurs fois exprimé publiquement en faveur d’une restauration monarchique à caractère symbolique et constitutionnel. Bien que peu impliquée dans la vie politique, la maison Yi conserve une aura auprès de certaines associations culturelles et monarchistes, qui défendent son rôle dans la préservation de l’identité coréenne.

En Corée du Sud, il n’existe pas de véritable parti monarchiste structuré et influent. Les soutiens à la monarchie relèvent plutôt de cercles académiques, d’associations de mémoire et de mouvements civiques. Quelques groupuscules défendent ouvertement le retour d’une monarchie constitutionnelle, mais leur poids électoral est insignifiant. L’idée demeure surtout un sujet de débat culturel et identitaire, plus qu’une force politique organisée.

Officiellement, la République de Corée ne reconnaît aucun « chef de maison », mais le gouvernement a parfois soutenu la famille Yi dans ses activités commémoratives (funérailles, cérémonies au palais Deoksugung, etc.). Les différents prétendants au trône sont donc davantage des symboles culturels et historiques que de véritables acteurs politiques. Parmi lesquels

* Prince Yi Seok (né en 1941)

Fils du prince Yi Kang, frère cadet de l’empereur Sunjong (dernier empereur régnant).

Professeur de musique, il s’est présenté à plusieurs reprises comme l’héritier légitime.

Très médiatisé en Corée, il milite pour une restauration symbolique, sous forme de monarchie constitutionnelle.

Il est aujourd’hui considéré comme le principal prétendant officiel, même si son influence reste surtout culturelle.

* Yi Won (né en 1962)

Petit-cousin de Yi Seok, ingénieur de formation.

En 2005, après la mort du prince Yi Gu, une partie des monarchistes coréens l’ont désigné comme héritier « adoptif » (Yi Gu n’ayant pas eu de fils). Il est aujourd’hui chef de la « Fondation impériale de Corée », qui gère les cérémonies commémoratives de la dynastie, considéré comme le chef de maison par certains monarchistes plus institutionnels.

Palais de Gyeongbokgung @wikicommons

Entre nostalgie et réalisme politique : une perspective lointaine

La perception des Coréens vis-à-vis de leur passé monarchique est contrastée. Pour certains, la dynastie Joseon et l’Empire de Corée représentent un âge d’or perdu, un symbole d’indépendance et d’unité nationale. Pour d’autres, la monarchie reste associée à une ère féodale, incapable de protéger le pays des ingérences étrangères. Le recul du soutien populaire en comparaison avec 2006 traduit cette ambivalence : respect pour l’héritage historique, mais scepticisme sur la faisabilité d’une restauration effective.

Si le retour de la monarchie en Corée du Sud attire régulièrement l’attention médiatique (les activités des membres de la dynastie couverte, l'histoire des souverains déclinée en séries), il semble improbable dans l’immédiat. La République, malgré ses défauts, reste solidement ancrée dans les institutions et soutenue par la majorité des partis politiques. Toutefois, le fait que près d’un Sud-Coréen sur deux se déclare ouvert à cette possibilité illustre une recherche identitaire profonde, dans un pays qui oscille entre tradition et modernité, entre mémoire impériale et impératif démocratique.

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Date de dernière mise à jour : 29/08/2025