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L’opposition demande l’arrestation du roi Mswati III

Mswati III, hier lors d'une conférence de presseDepuis le décès suspect d’une étudiante en juin en dernier, les tensions ne cessent de s’accroître dans le royaume de l’Eswatini, ex-Swaziland, dernière monarchie absolue d’Afrique. Depuis lundi, les étudiants manifestent dans les rues de Manzini et réclament que l’institution royale se réforme drastiquement. Le gouvernement a déployé l’armée et la police, faisant craindre durant un temps à l’imminence d’un coup d’état. Hier, le roi Mswati III est sorti de sa réserve et a accusé les étudiants de n’être que des « voyous et des ivrognes qui utilisent des enfants comme boucliers ». Les accès à internet ont été coupés, l’opposition a demandé l’intervention de l’ONU afin qu’elle arrête le monarque et qu’elle le livre à la justice.

Cleopas Sipho Dlamini« J’ordonne la fermeture immédiate des écoles afin de protéger la vie de nos enfants, menacée par la montée de la violence dans le royaume ». Hier soir, le Premier ministre Cleopas Sipho Dlamini, considéré comme un ultra-royaliste par les médias, a décidé de fermer les établissements scolaires touchés par une vague de protestation. Depuis juin dernier, date à laquelle le corps d’une étudiante décédée dans des circonstances mystérieuses a été découvert, la monarchie swazie est l’objet d’une forte contestation par sa jeunesse qui réclame plus de libertés et de démocratie. Privée de constitution depuis des décennies, l’institution royale concentre la quasi-totalité de ses pouvoirs entre les mains du roi Mswati III, sur le trône depuis 1986. Une situation qui inquiète désormais l’Organisation des Nations Unies (ONU). Dans un communiqué publié le 14 octobre sur son site, elle a demandé aux différents parties incriminés de cesser leurs hostilités mutuelles et de se réunir autour d’une table afin de dialoguer et ramener la paix dans l’état. Un appel qui risque de ne pas être entendu tant les tensions sont montées d’un cran depuis hier avec l’appel à l’arrestation et au renversement du monarque par l’opposition exilée. 

Le Swaziland solidarity network demande l arrestation du roiLe Swaziland Solidarity Network a déclaré que le roi Mswati III devait être déchu de son trône, l’accusant d’avoir « commis des crimes contre l’humanité ». Selon divers rapports, l’armée et de la police auraient procédé à des dizaines d’arrestations (dont un enfant de 7 ans) dans la ville de Manzini, principal foyer de l’insurrection estudiantine et tué une trentaine de personnes sans que ce chiffre n’ait pu être vérifié. « Pour être honnête, nous avons clairement affaire à un homme mentalement instable ici. Le roi a commis un massacre au Swaziland parce qu'une fois que vous tuez plus de 20 personnes à la fois, c'est un massacre. Le roi a donc commis des crimes, et c'est le devoir des Nations Unies de l'arrêter immédiatement et à le conduire devant la Cour de la CPI », a déclaré Lucky Lukhule, porte-parole du Swaziland Solidarity Network. Le Parti communiste swazi, interdit, n’a pas hésité à se joindre à cette demande et réclamé l’abolition de la monarchie. Chose impensable, jusqu’ici, des étudiants ont été aperçus avec de tels slogans dans les manifestations. 

Mais pour le roi Mswati III qui est sorti de sa réserve, les manifestants ne sont juste que des « voyous et des ivrognes qui utilisent et manipulent des enfants comme boucliers ». « Nos enfants sont privés de leur chance d'être scolarisés par ces soi-disant partisans pro-démocratie, a déploré le monarque qui s'adressaient aux journalistes peu de temps après l'inauguration d'un hôpital construit à l'extérieur de Mbabane. Une capitale victime elle aussi des manifestants qui ont pillé des magazins. Un roi qui a lui-même décidé de neutraliser l’accès à internet afin de couper le sifflet à l’opposition, dont les principaux partis ont été contraints de s’exiler. Questionné sur les décès répertoriés, notamment sur la photo d’un corps enflammé, le roi Mswati III a refusé de répondre sur le sujet, affirmant que les opposants diffusaient des fausses informations. Au-delà des tensions politiques (deux députés ont été embastillés pour avoir fait front commun avec les étudiants), c’est aussi le style de vie dispendieux du souverain qui est remis en cause. 

Communiqué officiel de l'ONUPas moins de treize palais à entretenir, autant de voitures de luxes et d’épouses que d’enfants, « le pays a le douzième PIB par habitant d’Afrique, mais les ressources sont concentrées entre les mains de la famille royale (qui ponctionne 8% du budget de l’état) et d’une poignée d’entrepreneurs. D’après la Banque mondiale, 63 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Plombées par la sécheresse et la chute des revenus provenant de l’Union douanière d’Afrique australe, les caisses de l’Etat sont vides » comme nous le rappelle « Le Monde » dans une de ses éditions. La monarchie est en déficit, peine à payer ses fonctionnaires et aurait un arriéré de plus de 200 millions d’euros accumulés. Suivi par 17000 personnes, le groupe Facebook  « Swazi Royal Leeches Lifestyle » (« la vie des sangsues royales swazi ») recense une à une toutes les montres et autres bijoux des membres de la famille royale aux prix exorbitants. 

« La mentalité d'autruche de cette dictature est pour le moins honteuse », a déclaré Wonder Mkhonza, secrétaire général de l’Amalgamated Trade Union of Swaziland. « Les élites dirigeantes sont déterminées à abattre tout le pays avec elles et elles paieront pour leurs actions » a ajouté le syndicaliste. Entre la monarchie et ses sujets, un fossé qui se creuse de jours en jours et qui ne pourra que se terminer par la victoire de l’un ou de l’autre. Une révolution dont aura du mal à se remettre ce royaume africain, pure création britannique. 

Copyright@Frederic de Natal

Date de dernière mise à jour : 17/10/2021

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