Les Caraïbes exigent des excuses de Charles III pour le commerce triangulaire

La monarchie des Windsor va peut-être devoir rendre des comptes à l’Histoire. Diverses associations et mouvements exigent désormais que le roi Charles III fasse acte de contrition et présente des excuses officielles pour le commerce triangulaire dans laquelle ses ancêtres ont été fortement impliqués.

En 2023, lors d'une déclaration aux dirigeants du Commonwealth, le roi Charles III avait exprimé sa profonde tristesse face à la souffrance engendrée par l'esclavage, affirmant « reconnaître les torts qui ont façonné notre passé » tout en souhaitant « approfondir (sa) propre compréhension de l'impact durable de l'esclavage ». Dernièrement, le mouvement pour les réparations dans les Caraïbes a fait savoir qu’il estimait que « le moment était venu » pour le fils de la reine Elizabeth II de s'excuser officiellement pour l’implication directe de ses ancêtres dans le commerce triangulaire. Selon Eric Phillips, le monarque a désormais l’opportunité de faire acte de contrition et payer des dommages aux descendants des nations réduites en esclavage durant la colonisation, réécrire plus justement un chapitre sombre de l’Empire britannique.  « Je pense que le moment est venu, étant donné tout ce qui se passe dans le monde en termes de justice, avec le mouvement Black Lives Matter (BLM) et la lutte en faveur des droits de l'homme, ce serait une chose appropriée qu'il fasse. », a déclaré le vice-président de la commission chargée de rendre un rapport sur le sujet.

 

 

La monarchie britannique pointée du doigt pour son rôle dans le commerce triangulaire

Parallèlement, des recherches publiées par le quotidien The Guardian, archives nationales à l’appui, ont démontré que la monarchie avait largement bénéficié des rentes issues de l’esclavage. Le roi Charles II a ainsi contribué à la création de la Royal African Company, responsable de la vente de plus de 200 000 esclaves africains à travers l'Atlantique. D’autres document montrent comment le roi Guillaume III d'Orange a reçu mille livres d'actions célèbre marchand d'esclaves Edward Colston, dont la statue a été démolie et jeté dans un fleuve par des manifestants BLM en 2020.  La branche maternelle du roi Charles III est même touchée de près par ces controverses. Edward Porteous, un ancêtre de la reine-mère Elizabeth (Bowes-Lyon), sa grand-mère, a acheté à prix d'or des esclaves pour travailler dans sa plantation de Virginie.

Charles II et l'esclavage dans les Caraïbes

Des excuses aux conséquences inquiétantes pour les Windsor

Récemment, face à l’ampleur de la traite négrière, certaines familles aristocratiques britanniques ont franchi le pas et commencé à s'excuser. Les descendants de la famille Trevelyan, qui possédaient des esclaves à Grenade, ont présenté des excuses publiques en février 2023. Laura Trevelyan, journaliste basée aux États-Unis, a reconnu sur Sky News que « ses ancêtres ont participé à la traite des esclaves dès le début ». « Et parce qu'il est le roi d'Angleterre, l'une des monarchies les plus suivies au monde, tout ce qu'il fera, sera extrêmement significatif » a ajouté cette militante engagée. Eric Phillips affirme que l’impact de la domination coloniale et de l’esclavage se fait encore sentir dans les Caraïbes. Il a déclaré : « nous avons tellement d’exemples : regardez le manque de technologie, regardez le sous-développement, regardez la pauvreté. Le racisme a été la deuxième bombe nucléaire, mais l’esclavage a été la première »« Le roi a manifesté son empressement à s’attaquer à cette question. Il a déjà dit bien plus que la défunte reine. Mais il doit maintenant décider s’il veut agir pour les actes de ses ancêtres et répondre aux appels croissants à des excuses et à des réparations » insiste-t-il. Des demandes qui agacent pourtant Greg Hands, ministre du Commerce. Il a rappelé à ces détracteurs que le Royaume-Uni avait aboli la traite transatlantique des esclaves, il y a plus de deux siècles, et répété que la Royal Navy avait appliqué l'interdiction dans l’ensemble de l’Empire.

S’il est évident que Charles III ne peut pas s’excuser pour quelque chose qu’il n’a pas fait, pour les militants du BLM, il ne s’agit pas de culpabilité personnelle, mais de remédier de manière adéquate aux torts de l’Histoire. En avril 2023, questionné, le Premier ministre Rishi Sunak avait catégoriquement refusé de présenter des excuses au nom du Royaume-Uni. Rien n’indique à ce jour que le roi Charles III va suivre cette demande qui pêche par son manque de recontextualisation. En effet, un tel acte pourrait affaiblir l’autorité morale de la monarchie en dépit des nombreuses pressions exercées sur la couronne alors que diverses nations des Caraïbes (Belize, Jamaïque et Antigua et Barbuda), membres du Commonwealth, dont il est le souverain, ont fait savoir qu’elles entendaient rompre définitivement leurs liens avec l’institution royale et prendre leur indépendance dans les années qui viennent.

Copyright@Frederic de Natal

Date de dernière mise à jour : 11/03/2024

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