Les rois peuvent-ils revenir en Grèce ?

Constantin II et la famille royale de GrèceLe 23 octobre dernier, l’église métropolitaine d’Athènes a accueilli un mariage royal. Celui de Nina Flohr et Philippos de Grèce, dernier fils du roi Constantin II. Lorsque l’ancien monarque est arrivé, drapeau grec à la main, un frisson a parcouru les centaines de badauds agglutinés derrière les barrières de protection qui ont longuement applaudi le souverain désormais cloué dans un fauteuil roulant. Contraint à l’exil après l’échec de son contre-coup d’état contre les colonels en 1967, Constantin II est resté une alternative et fait l’objet de tractations lors de la crise financière qui a durement frappé la Grèce entre 2008 et 2015. Régulièrement abordée, tantôt avec mépris, tantôt avec passion la question royale dépend aujourd’hui du bon vouloir du Vouli (parlement). Un demi-siècle après l’abolition de l’institution royale, que reste-t-il aujourd’hui des perspectives de restauration de la monarchie et des partisans du roi dans le pays de Périclès, Socrate et Démosthène ? 

Le roi Constantin IIC’est la dernière monarchie européenne à être tombée au cours du XXème siècle. Le 29 juillet 1973, la junte militaire au pouvoir depuis 6 ans decide d’organiser un référendum sur la question de l’avenir de la monarchie en Grèce. Pour les colonels qui se sont progressivement emparés des clefs de l’état, il y a urgence. Exilé, Constantin II reste toujours l’incarnation de la démocratie. Ils ont initié une véritable campagne de dénigrement du souverain avec en fond de toile, des rumeurs de divorce entre le monarque et Anne-Marie du Danemark. Sur les pièces de monnaie, on a fait disparaitre le portrait du descendant du roi Georges Ier. Un souverain monté sur le trône de Grèce de 1863, fondateur de la maison royale. Le pouvoir militaire tente bien de se donner les apparences d’un régime libre mais en réalité le dirige d’une main de fer, où chaque officier tente de renverser l’autre. Les étudiants manifestent pour le retour du roi qui va s'exprimer au cours d’un message diffusé à ses compatriotes. « Je vous demande de voter contre ce monstrueux régime. Je n’essaye pas de protéger la monarchie mais je dénonce cette tentative pour introduire le totalitarisme en Grèce. Je n’essaye pas de défendre ma propre position de chef d’état mais je le fais seulement par la Grèce et par amour pour le peuple grec » affirme Constantin II.

La famille royale de Grèce en 199379% des grecs se prononceront malgré tout contre la monarchie. Le roi accuse la junte d’avoir manipulé les chiffres et reste d’ailleurs toujours le véritable dirigeant de la Grèce. Les étudiants se soulèvent en novembre suivant, les portraits du roi sortis, la répression est sanglante. Constantin II ne réagit pas, convaincu par son ancien Premier ministre Constantin Caramanlis que c’est une révolte communiste. Pourtant un énième putsch confirme que le souverain a manqué de saisir sa chance. La monarchie a été balayée, la liste civile des souverains supprimée. Le retour à la démocratie un an plus tard, en novembre 1974, fait renaître des espoirs de retour de la royauté. Caramanlis a remporté les élections, remis en vigueur la constitution royale de 1968 et va reposer la question de l’institution aux grecs. C’est de nouveau un échec pour les monarchistes qui recueillent à peine 31%, les votes en faveur du roi concentrés dans le Péloponnèse et la Thrace.

Un long exil commence pour le monarque qui sera brisé deux fois. En février 1981 avec le décès de la reine Frederika de Hanovre où il est autorisé à revenir quelques heures des manifestations pro -monarchistes éclatent obligeant Constantin II à calmer ses partisans) et de nouveau en août 1993. Une nouvelle fois le succès ne se dément pas. Prêté par le roi Hussein de Jordanie, l’avion du roi a débarqué dans le plus grand secret dans son pays et avec l’autorisation préalable du gouvernement. Deux semaines plus tard, il est quasiment expulsé de sa patrie. Les manifestations sont devenues trop importantes, certains officiers ont été vus près du monarque et les médias se déchaînent sur le citoyen Glücksbourg comme ils l’appellent avec mépris. Le gouvernement a pris peur de l'aura toujours présente du roi.

Constantin II interviewé par le timesBiens confisqués, citoyenneté retirée, la république attaque le roi qui réplique devant les tribunaux et la cour européenne des droits de l’homme. Le mariage de son fils aîné Paul avec Marie-Chantal Miller provoque une véritable crise diplomatique. Une dizaine de députés de la droite se sont déplacés à la cérémonie et les socialistes au pouvoir voient rouge. Il faut attendre 2000 pour que le gouvernement soit condamné par Bruxelles et obligé d’indemniser la famille royale à hauteur de 14 millions d’euros. Trois ans plus tard, il peut enfin revenir en Grèce et s’y établir progressivement comme le reste de sa famille. Il a 64 ans, les traits tirés. Consécration, le jour de noël 2004, il est reçu par le président de la République dans son ancien palais. Pour les monarchistes, Constantin II représente toujours cette alternative au conflit récurrent entre la droite et la gauche qui épuise la Grèce.

La crise financière qui déstabilise Grèce va projeter le souverain de l’ombre à la lumière. Il donne des interviews remarquées (en 2015, il attaque directement la chancelière allemande Merkel dans une interview au Times) qui suscite l’ire de l’opposition ou même du gouvernement. Le parti (marxiste) Syriza du Premier ministre Alexis Tsipras évoque « la volonté du président grec de faire revenir les rois dans leur palais » et affirme « qu’un plan secret pour le retour de la monarchie » est en cours comme l’évoque le quotidien Le Figaro (2016). Constantin II doit de nouveau appeler à l’apaisement et demande aux grecs de laisser « sa chance » à Syriza, surprenant ses partisans.

Le roi Constantin II lors du mariage royalIl est vrai que la famille royale est l’objet de toutes les attentions. Son nom a circulé en 2012 au parlement européen comme possible solution aux maux du pays. Son fils Paul n’hésite pas à commenter l’actualité sur son compte Twitter et se fend même d’éditoriaux dans le Pericospe Post. Quant au prince Nicholas, le second fils du roi, on parle de ses projets de monter un mouvement hétéroclite qui le ferait entrer au parlement (2017). En juin 2012, un mouvement monarchiste « Espoir National » a participé aux élections. Un échec avec moins de 1% des voix, le parti est sulfureux (il a participé à un rassemblement d’extrême-droite en 2021) et dans la famille royale, on préfère soutenir la Nouvelle Démocratie. Il n’en demeure pas moins que le mouvement sera interdit d’élections en janvier et septembre 2015, celles de mai et juillet 2019 pour des raisons nébuleuses. En 1977, un autre mouvement presque homonyme avait bien tenté lui aussi, mené par l’ancien Premier ministre Stéphanopulos, et avait reçu 7% des voix (5 sièges au parlement). Le mouvement sera finalement dissout en 1981. L'Union royale de Grèce (URG), qui existe depuis 1984, multiplie les commémorations et rassemblements monarchiste. 

Pin's porté par les partisans du roiSur les réseaux sociaux, les groupes de soutien à la famille royale, rassemblant des dizaines de milliers de personnes, se multiplient comme des petits pains. On ressort les vieilles photos d’époque, on trésaille à chaque apparition des membres de la famille royale où on s’affole à chaque rumeur de décès du roi (2019). Le roi Constantin II se dit disponible en dépit de sa maladie qui progresse et l’affaiblit. Tout en affirmant sur CNN (2012) qu’il ne reviendra que si ses compatriotes le souhaitent. Or un sondage réalisé sur cette question en avril 2007 affirme que seuls 12% des grecs restent en faveur de la république. Loin d’être un plébiscite, Constantin II apparaît comme clivant aux yeux de ses anciens sujets et sa personnalité divise les médias. « Le plus important n’est pas d’être roi actuellement mais d’être parmi les grecs, dans mon pays où j’ai grandi et avec ma famille » assure Constantin II. Pourtant selon Georges Papadopoulos, interviewé fin octobre de cette année, « il existe un courant si fort en faveur de Constantin II car il appartient à tous les Grecs. S'il y avait un référendum maintenant pour le retour de la monarchie, 80% voteraient oui » affirme le président de l’URG. Réalité ou pieux fantasme ? Il n'est pourtant pas favorable à la création d'un parti exclusivement royaliste. « Il doit être au-dessus des partis » rappelle Papadopoulos au quotidien Kafri.

Les « rois reviennent toujours » prophétisait, à qui voulait l'entendre, la reine Frederika. S'il est vrai que l'histoire a démontré ce fait par trois fois, que la famille royale jouit du soutien de l'église orthodoxe, reste à savoir quand les grecs souhaiteront rappeler leur famille royale . Et cette fois-ci définitivement ! La question à cette réponse est désormais entre les mains du diadoque Paul de Grèce.

Copyright@Frederic de Natal

 

Date de dernière mise à jour : 31/10/2021

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