Le prince Paul de Grèce

Constantin ii anne marie du danemark paul et alexia de grece«Σας καλωσορ?ζω με ιδια?τερη χαρ? στο St James Palace». (Je suis ravi de vous accueillir au palais de Saint-James) a déclaré le prince Charles de Galles au diadoque Paul de Grèce. Tout sourire, c’est à l’occasion d’une soirée de charité en faveur des grecs de l’étranger le 13 février, que les deux héritiers au trône se sont salués sans protocoles. De plus en plus présent dans les médias, le fils du roi Constantin II commence doucement à prendre les rênes d’une maison royale renversée par un putsch militaire.

 Il est né le 20 mai 1967 au palais d’été de Tatoï. Sur son berceau se sont penchés les anciens dieux grecs de l’Olympe. Sa naissance a été saluée comme il se doit. 101 coups de canons ont retenti à Athènes et toutes les cloches des églises orthodoxes ont résonné de toute leur puissance à travers le pays. Second enfant mais premier fils du roi Constantin II, on parle déjà de lui dans la presse comme le prince porphyrogénète, « né dans la pourpre » selon la tradition byzantine dont se réclame cette dynastie danoise montée sur le trône de Grèce en 1862.

L’heure n’est cependant pas à la fête. Les chars paradent dans la capitale, les militaires sont au pouvoir depuis quelques jours et menacent la stabilité de la monarchie. Dans ses langes, le diadoque qui porte le même nom que son grand-père n’a pas encore conscience qu’il vit les derniers mois de règne de son père. Constantin II tentera bien un contrecoup d’état en décembre de la même année mais c’est un échec qui force la famille royale à fuir la Grèce et se réfugier à Rome. Dans les bras de sa mère, Anne-Marie du Danemark, Paul ne dit pas un mot. Constantin II porte un uniforme froissé de maréchal et la fatigue se lit son visage. Les dernières heures de la monarchie grecque ont été éprouvantes. Il a les yeux rougis, abattu par son échec à pouvoir rendre à son royaume toutes ses vertus démocratiques, qui lui ont été pourtant fatales. Pour le couple royal, ses deux enfants, la reine-mère Frederika de Hanovre, c’est le début de toutes les incertitudes. « Le peuple de Grèce est monarchiste de sentiment, tous les rois sont revenus » lui souffle alors sa mère qui n’aura de cesse de l’affirmer publiquement par la suite. Il est vrai que l’histoire grecque regorge d’exemple. Par trois fois, la vox populi a ramené ses rois sur leur trône (1920, 1935 et 1946).

Pour le jeune prince, c’est le début d’un exil lourd de conséquences. Etrange situation que vit alors Constantin II. Juridiquement, il est toujours le roi des Hellènes, continue de percevoir les subsides de sa liste civile et tous les décrets promulgués par la junte portent son sceau royal. Il est un opposant aux colonels qui l’appellent toujours par son titre. Avant de finalement abolir illégalement le système monarchique en 1973. De cet épisode dramatique, le prince Paul en garde que peu de souvenirs, la plupart du temps puisés dans ceux de son père. Ostracisée par les colonels aux lunettes noires visées sur le nez (deux d’entre eux seront même ses parrains)  puis par le parti socialiste du Pasok qui lui voue une haine tenace, la maison royale s’installera finalement à Londres.  Deux référendums, probablement truqués, confirmeront la fin de la monarchie.

Paul de greceMême exilé, Paul reste un prince grec. Il est l’héritier au trône et son père entend lui donner une éducation identique à celle qu’il aurait pu recevoir  comme héritier du trône. Son premier contact avec son pays natal se fait avec la perte de sa grand-mère. Il est autorisé à y revenir une journée, le 12 février 1981, pour les funérailles de Frederika de Hanovre. Collège hellène de la capitale britannique, il fréquente les enfants de la diaspora. Un peu de Grèce au Royaume-Uni, il apprendra à danser le sirtaki sur des notes d’une musique empreinte de nostalgie. Envoyé au Armand Hammer United World College of the American West, il obtient son baccalauréat international en 1986. Entre temps, sa famille s’est agrandie et il a hérité de deux frères Nicolas en 1969 et Philippos en 1986, une sœur, Théodora en 1983.

Il poursuivra une carrière militaire à la prestigieuse académie militaire de Sanshurst avec grade de lieutenant avant de reprendre ses études à l’Université de Georgetown, aux Etats-Unis. Dans sa chambre, un autre nom tout aussi prestigieux va cohabiter avec lui et avec qui il fera les « 400 coups », l’actuel roi Felipe VI d’Espagne. Loin du vieux continent, l’Europe du Gotha rayonne sur un campus américain. Doté d’un master en relations internationales, droit et économie en 1995, c’est aussi l’année de son mariage. Et des réalités politiques qui le rattrapent.

Fini le temps de l’insouciance et de l’adolescence, le diadoque s’est mué en prince héritier qui assume son titre. En 1993, la famille royale a été enfin autorisée à rentrer en Grèce. Le succès est immédiat. Des milliers de grecs accourent pour saluer le roi et sa famille qui est acclamée et reçue par les autorités locales. Y compris par des officiers de l’armée. Pris de panique, le gouvernement ordonne au roi de quitter le pays. Ses noces sont fastueuses. Son épouse Marie Chantal Miller est la fille de millionnaires (descendants d’un des passagers du Mayflower) qui ont construit leur fortune dans le duty free. Et si les Etats-Unis ont vertement critiqué la romance de Jackie Kennedy, l’ancienne first Lady, avec l’amateur Aristote Onassis, ils vont rêver devant ce mariage royal célébré en juillet 1995 et qui va s’accompagner de polémiques. Parmi les 2500 invités, des députés de la Nouvelle–Démocratie, l’opposition de droite grecque. Le PASOK crie au complot et promet de punir les séditieux pris en photo aux côtés de ceux qu’il appelle avec mépris les « Glücksbourg ». Pire, plusieurs chaînes de télévision, dont certaines grecques, retransmettent la cérémonie du mariage en direct. C’est un scandale sans précédents, un véritable camouflet et les socialistes crient haro sur le souverain. Un parfum de monarchie souffle sur la Grèce et qui s’arrêtera en 2004, date à laquelle Constantin II revient officiellement s’installer en Grèce.

Famille du prince paul de greceLes temps ont changé. Entre Londres et Athènes, la maison royale a fait son grand retour et arbore fièrement le drapeau de la nation lors des jeux olympiques. Paul de Grèce (Πα?λος της Ελλ?δας) entend jouer le rôle qui sera le sien dans le futur. Monter sur le trône d’une Grèce célébrée par les muses de Lord Byron alors que la guerre d’indépendance contre les turques battait son plein au XIXème siècle. Une période où la France, la Russie et le Royaume-Uni tentaient d’imposer leur influence politique respective avec l’aide des phanariotes, les grandes familles commerçantes du pays. C’est un entrepreneur (il a fondé une compagnie maritime en 1997 et un groupe d’investissement) autant qu’un politique et un passionné des réseaux sociaux. Instagram et Twitter sont un royaume virtuel qui n’a plus de secrets pour lui. Il n’hésite pas à donner ses points de vue et ne cache pas son animosité envers le gouvernement de la gauche marxiste conduit par Alexis Tsipras. Ce père de 5 enfants, devenus depuis peu  la coqueluche des médias locaux comme internationaux depuis que tous inondent les réseaux sociaux de leurs photos en tout genre (dernièrement le prince héritier Constantin, 20 ans, a dû supprimer quelques-unes d’entre elles,  jugées un peu trop dénudées et peu respectueuses de son statut), s’est même pris le luxe d’écrire des éditoriaux vitriolés dans la revue Periscope (2012). Et si ses moindres gestes sont analysés en permanence par la presse people ou locale, qui évoque de temps en temps leurs partisans (environ 12 % des grecs souhaiteraient la restauration de la monarchie et l’idée aurait été soumise en 2012 par Bruxelles au début de la crise économique avant d’être abandonnée), Paul de Grèce est au chevet de son pays comme lors du grand incendie qui a ravagé son pays (juillet 2018) ou n’hésite pas à apporter son soutien aux manifestants dans le conflit patronymique qui oppose la Grèce et l’ancienne république yougoslave de Macédoine. Il est reçu comme un prince régnant par Elizabeth II dont le mari, le duc d’Edimbourg, Philipp, est un grec de naissance. « La Grèce a besoin d’unité » déclarait le duc de Sparte dans une interview, en août 2015. Vague allusion à sa volonté de voir la monarchie revenir en Grèce (tweet de janvier de la même année), menacée par la problématique migratoire venue d’Afrique  et du Proche et Moyen-Orient. Le prince avait alors accusé l’Europe « d’avoir poussé son pays dans ses retranchements ». Et si malgré tout, il souhaite que la Grèce de Démosthène, Platon et Périclès reste au sein de l’Union européenne, le futur « roi Paul II » reste également un nationaliste convaincu qui affiche dès qu’il le peut les symboles de la Grèce souveraine.  Un prince né pour être roi !

Copyright@Frederic de Natal.

Publié le 22/02/2019

Date de dernière mise à jour : 10/04/2020

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