La ND, le parti du roi ?

Constantin ii de gr 3fce jpgLe 1er juin 2017, les grecs s’étaient rassemblés à Athènes afin de rendre un dernier hommage à l’ancien premier ministre Constantin Mitsotákis. Parmi les invités de marque, le roi Constantin II qui avait salué la foule sous les acclamations et l’œil des caméras. L’élection dimanche dernier de son fils à la tête du gouvernement, Kyriákos Mitsotákis, agite depuis les réseaux monarchistes de Grèce. Le leader de la Nouvelle Démocratie va-t-il suivre la voie de son père qui ne cachait pas une certaine proximité avec le roi ?  La Nouvelle Démocratie est-elle favorable au retour de la monarchie ?

Retour vers le futur ! Les élections du 8 avril 1990 portent au pouvoir la Nouvelle démocratie (ND), mettant fin à plus d’une décennie d’hégémonie du parti Pasok (socialiste) sur la Grèce. « Officiellement », il n’existe à cette époque plus aucun mouvement monarchiste dans le pays et les soutiens du roi Constantin II, renversé en avril 1967 par un coup d’état, se retrouvent discrètement au sein de ce parti conservateur. Premier ministre, Constantin Mitsotákis  entame alors des négociations avec la famille royale qui réside à Londres. Il n’est pas spécialement monarchiste, du moins en public. Car en privé, il ne se prive pas de remettre en question le référendum de 1974 qui avait aboli la monarchie ; des critiques qui avaient déjà fuitées dans la presse en février 1988.  Si le Pasok manifeste publiquement son opposition à tout retour de « Glucksbourg » comme il est appelé avec mépris, hurlant à la tentative de restauration de la monarchie, Constantin II fera néanmoins son grand retour entre le 9 et le 23 août 1993. Et contre toute attente, c’est un véritable triomphe. On se précipite autour de lui, on sort les portraits cachés dans les greniers, ses partisans réclament qu’il reprenne sa couronne. Un trop grand succès qui dépasse la Nouvelle Démocratie elle-même et qui va rapidement l’effrayer. Le voyage royal menace de tourner à la crise politique au sein du Vouli, le parlement grec, contraignant le gouvernement à faire suivre  constamment le yacht du souverain par une vedette militaire. Constantin II devient l’objet d’un chantage politique qui le force finalement  à quitter le pays, deux mois avant de nouvelles élections que remportera le Pasok. Le début d’un énième bras de fer entre le roi et les socialistes qui les mèneront devant la cour européenne.

En 1995, le mariage tout en Gotha du diadoque Paul, le fils aîné du roi,  va de nouveau réveiller les tensions entre les deux partis traditionnels de Grèce. Lorsque le gouvernement socialiste apprend qu’une dizaine de députés de la Nouvelle démocratie sur les 40 invités parmi les princes, princesses, rois et reines présents, se sont rendus à ces noces, celui-ci entre dans une colère noire. La haine des socialistes envers l’ancien monarque n’ayant plus de limites, une loi avait privé la famille royale de sa nationalité et de ses propriétés en 1994, cette fois-ci le Pasok exigeait de la Nouvelle démocratie qu’elle démissionna ses députés « royalistes », pire que l’opposition se définisse comme un parti monarchiste ou non afin de clarifier la situation.

La Nouvelle- Démocratie,  monarchiste ? Il est de notoriété publique que la ND a toujours eue en son sein des partisans du souverain exilé mais tous ceux qui ont tenté d’infléchir la ligne politique sur ce sujet, s’y sont « cassés les dents ». On estime d’ailleurs à 10%, le nombre de ses élus qui seraient sympathisants ou favorables au retour de la monarchie.  Fondé en 1977, L’Alignement national dirigé par des monarchistes, dont l’ancien premier ministre Stefanos Stephanopoulos, était entré au parlement avec 5 élus. Une tentative de courte de durée qui s’était soldée par la fusion du mouvement avec la Nouvelle démocratie. C’est d’ailleurs sous cette étiquette qu’un autre de ses fondateurs, Sypros Theotokis, sera élu député. Mais parfois l’ambition personnelle prime aussi sur les intérêts de la nation et Constantin Caramanlis, fondateur de la Nouvelle démocratie,  n’avait pas été ce « général Monk » que Constantin II espérait qu’il soit. Et de retourner finalement sa veste, refusant même de reconnaître l’existence des mouvements monarchistes (par exemple, il ordonna au Parti national royaliste d’Alexandros Kountouras de changer de nom sous peine de poursuites judiciaires).

Le diadoque paul de grece et sa familleL’octogénaire roi Constantin II est revenu définitivement en Grèce après un long combat (2004) mais continue de faire l’objet d’âpres disputes entre partisans et opposants à la monarchie. S’il conserve des amitiés à la Nouvelle Démocratie, sa parole se fait désormais rare et le moindre toussotement  de sa part provoque les « unes » les plus fantaisistes. Encore dernièrement, la presse nationale avait quasiment annoncé son décès avant que la maison royale ne rectifie le tir afin de faire cesser les rumeurs. Le téléphone de la résidence du roi avait été soudainement assailli d’appels. Electoralement rien n’a changé. Un mouvement royaliste, l’Espoir national, avait bien tenté de se présenter aux élections de 2012 mais n’avait pas dépassé les 1% des voix et avait subi les critiques acerbes des partisans du Basileus. Un échec qui démontre à quel point le vote monarchiste est divisé, faute de leaders charismatiques, quand même bien on prête au prince cadet du roi, Nicolas, l’intention de former un mouvement politique (2016). Son frère, Paul, s’est d’ailleurs exprimé à plusieurs reprises sur divers sujets politiques. Sur les réseaux sociaux, la Ligue nationale monarchiste avait appelé, début de ce mois,  clairement à voter pour Mitsotákis. Mais loin d’être dupes, les partisans de la monarchie savent pertinemment que les sentiments ambigus du père à l’égard de Constantin II ne seront pas celui du fils, nouveau premier ministre de Grèce. Kyriákos Mitsotákis ne ramènera pas la monarchie en Grèce. Tout sauf Syriza (qui en mars dernier avait accusé l’actuel premier ministre, alors encore leader d’opposition,  de vouloir remettre en vigueur une constitution plus monarchique) avait  uniquement été le crédo des monarchistes durant la campagne électorale. Un mouvement dont l’activité se borne à quelques commémorations empreintes de nostalgie. 

La monarchie ? Une solution que n’exclut pourtant pas le conservateur Kyriákos Velópoulos, dont le parti « Solution grecque » a obtenu 3.70% des voix et 10 siège. Interviewé en 2008, il avait déclaré à la télévision que la constitution « idéale » pour le pays de Périclès, Socrate et de Démosthène « n’est autre que monarchique ».

« Mes prédécesseurs ont pris le chemin de l’exil à cause de révolutions, jamais à cause du peuple. Le peuple de Grèce est monarchiste de sentiment. Tous les rois sont revenus » avait déclaré lors d’une interview en  2017, le roi Constantin II qui se dit toujours à la disposition des grecs. Dans la réalité des faits, à peine 12% des grecs souhaitent aujourd’hui le retour de la maison royale sur son trône. Bien peu pour une restauration de la monarchie qui devra encore attendre la prochaine génération de diadoques à venir, déjà couronnée « reine des réseaux sociaux » !     

Copyright@Frederic de Natal

Publié le 09/07/2019

Date de dernière mise à jour : 10/04/2020

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