Pour Louis XVI, les Français se mobilisent autour de leurs prétendants

Chaque année, à la même période, la France revêt une atmosphère solennelle marquée par la célébration de messes commémoratives en l'honneur du roi Louis XVI. Malgré les divisions persistantes liées à des querelles de succession, les partisans de la royauté se sont massivement réunis de nouveau, entourant leurs prétendants respectifs afin de rendre hommage à un monarque étroitement lié à l'épopée de la Révolution française. Avec en guest-star pour ce 21 janvier, un cross-over dynastique inédit.

Il règne un froid glacial, avec une température ne dépassant pas les 3 °C, et un épais brouillard a enveloppé Paris. Au matin du 21 janvier 1793, une voiture verte et sombre est venue chercher le roi Louis XVI, détenu à la prison du Temple. C'est le début d'un voyage sans retour pour le dernier monarque de l'Ancien Régime, renversé brutalement de son trône quelques mois plus tôt par la Révolution. Louis XVI a fait ses adieux à sa famille, la reine Marie-Antoinette, son fils Louis-Charles et sa fille Marie-Thérèse, dont les destins respectifs restent encore à écrire. Malgré la peur qui l'envahit, c'est avec dignité que le souverain de France affrontera la mort. Il est 10h22 lorsque la lame de la guillotine s'abaisse, tranchant net le cou de Louis XVI. Sa tête est exhibée devant le peuple, le sang glissant de l'échafaud, où a été installée la guillotine, futur rasoir national.

 

 

Un 21 janvier qui symbolise la désacralisation de notre Histoire

Chaque année, les royalistes se réunissent pour commémorer ce jour tragique, marqué par une querelle dynastique qui perdure depuis la mort du comte de Chambord en 1883. Malgré leurs divisions, ils se rassemblent autour de leurs prétendants respectifs afin de perpétuer la flamme du souvenir. Le 20 janvier 2024, des centaines de partisans du comte de Paris, le prince Jean d’Orléans, descendant direct de Louis-Philippe Ier, dernier roi des Français, ont convergé vers l’église Saint-Germain l’Auxerrois, près du Louvre, inaugurant ainsi une série de messes organisées à travers la France. Cette cérémonie, orchestrée par l’association de l’Oillet Blanc, a été conduite selon le rite traditionnaliste, ponctuée de chants et de prières en latin, sous la direction de l’Abbé Olivier Scache. Soulignant que « le roi est le garant du principe de Dieu » et pointant du doigt « ces enragés [les révolutionnaires - ndlr] qui ont méprisé Dieu », l'Abbé, également Vice-Recteur de la Cathédrale Notre-Dame de Paris, a déclaré que « le 21 janvier 1793 symbolisait la désacralisation de notre Histoire et la désincarnation des chrétiens ». Absente en raison la naissance du prince Alphonse, son sixième enfant, la princesse Philiomena, comtesse de Paris, a tenu à se rendre à Carcassonne , en compagnie du prince Gaston ( 14 ans), Dauphin de France, afin de rendre également hommage à Louis XVI.

Le prince et la princesse Murat, le comte de Paris @ Kevin Guillot/ Frederic de Natal

Un cross-over dynastique qui a marqué les esprits

À la clôture de la cérémonie, le comte de Paris, chef de la Maison royale de France, s'est volontiers prêté au rituel habituel des selfies et des photos de circonstance. Parmi les nombreux participants, le prince Joachim Murat, descendant du maréchal du Premier Empire du même nom et arrière-petit-neveu de Napoléon Ier, était accompagné de son épouse, dont la présence a suscité à la fois étonnement et ravissement parmi les royalistes présents. Respectant le protocole, la princesse Yasmine a réalisé une révérence parfaite, largement commentée et partagée sur de nombreux réseaux sociaux. Une venue exceptionnelle à l'invitation du prétendant au trône de France, qui lui-même avait participé aux commémorations du bicentenaire de la mort de Napoléon Ier en 2021, officialisant ainsi une réconciliation entre deux dynasties qui ont été historiquement opposées et qui ont toutes deux connu les rigueurs de l'exil. Lors d’un récent entretien avec « Les Bâtisseurs », le prince Joachim Murat, qui bénéficie d’une certaine aura dans les milieux bonapartistes, royalistes et de la droite républicaine, avait déclaré : « On a été injuste avec Louis XVI, on n'aurait jamais dû le décapiter ! ». Dont acte !  Une autre présence remarquée, était celle d'Henri d’Anselme, le héros de l'attentat d'Annecy, un catholique convaincu de 25 ans, fraîchement revenu d'un tour des cathédrale qui a fait l’objet d’un documentaire. Il a eu un entretien approfondi avec le comte de Paris à la fin de la messe, ponctuée par les cris de « Vive le roi ! ».

 

 

Une foule nombreuse autour de l’ainé des Bourbons

Le 21 janvier, les partisans de Louis-Alphonse de Bourbon se sont rassemblés à la Chapelle Expiatoire, un lieu chargé de symbolisme. L'édifice a été érigé sur l'emplacement de l'ancien cimetière de la Madeleine, déterminé précisément à l'endroit où le corps du roi Louis XVI a été inhumé après son exécution sur la place de la Concorde. Une foule diverse, représentant toutes les générations, s'est réunie autour de ce descendant de Louis XIV venu rendre hommage à un monarque injustement caricaturé par une histoire officielle qui peine à reconnaître un bilan honorable. Le cousin du roi Felipe VI a déclaré : « Chaque année, nous nous retrouvons plus nombreux à cette même date pour honorer la mémoire du Roi Louis XVI et se souvenir de son sacrifice ». Sous la direction du Révérend Père Augustin Pic, en compagnie du prince Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme, de son épouse, de leur fille la princesse Zita de Bourbon-Parme, le prince Louis-Alphonse de Bourbon, aîné de la Maison Bourbon, s'est recueilli avec la ferveur qui lui est propre. Comme de coutume, la foule s'est pressée autour de lui à la fin de la cérémonie, certains allant jusqu'à lui demander quand il viendrait « sauver la France de ses malheurs ». Cet enthousiasme chaleureux, renforcé par la présence du duc d’Anjou qui a adressé un mot à chacun(e), contrastait avec le froid glacial qui enveloppait Paris. Peu de temps après l'hommage et un repas en compagnie de quelques Légitimistes, membres de l'Institut de la Maison de Bourbon (l’organisme le représentant en France), le prince Louis-Alphonse de Bourbon a brièvement participé à la marche pro-vie organisée ce même dimanche, attirant l'attention de quelques curieux. Tout comme le comte de Paris, le duc d'Anjou s'est positionné en tant que gardien des valeurs et des traditions familiales, rejetant toutes réformes dites progressistes sur ce sujet.

 

 

Une nostalgie qui rassembles des milliers de personnes sur les réseaux sociaux

Initialement interdite par la Préfecture de Paris, la marche aux Flambeaux dédiée à Louis XVI a finalement eu lieu. Elle a réuni  plusieurs centaines de royalistes, représentant diverses tendances, dans la soirée du 20 janvier. Les participants ont scandé des slogans hostiles à la République et en faveur du rétablissement de la monarchie. En 2015, le Président Emmanuel Macron, alors ministre, avait déclaré que  « (...) dans la politique française, cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n'a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif : le roi n'est plus là ! On a essayé ensuite de réinvestir ce vide, d'y placer d'autres figures : ce sont les moments napoléonien et gaulliste, notamment (..) ».  En dépit de la chute de la monarchie de Juillet et celle du Second Empire, dernières monarchies de France, la nostalgie des gloires passées persiste encore, se traduisant par des dizaines de milliers de personnes suivant les actions des différents princes des maisons ayant régné sur l'Hexagone à travers les réseaux sociaux. Un engouement qui ne se dément pas d'années en années et qui tend à s'accrroître. Selon un sondage daté de 2016, 17% des Français souhaitent même le retour de la monarchie. 

Une commémoration qui reflète la persistance d'un attachement à la monarchie au sein de diverses générations et le désir de préserver et de transmettre une vision spécifique de l'histoire de la France, mettant en avant le rôle et la légitimité de la monarchie défunte au détriment d'une Ve République que l'on dit en fin de vie. 

Copyright@Frederic de Natal

Date de dernière mise à jour : 23/01/2024

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