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Franco, les Habsbourg et le trône d’Espagne

2 princes pour une couronneAprès la fuite du roi Alphonse XIII, le 14 avril 1931, la seconde république qui lui succède sombre vite dans l’instabilité politique. Sa défiance à l’égard de l’Eglise catholique, pilier institutionnel de l’Espagne, et la menace du séparatisme catalan vont bientôt plonger le pays dans la guerre civile. Sorti des urnes en février 1936, le Frente Popular n’arrive pas à endiguer le malaise social et économique qui prévaut dans l’ancien royaume des Bourbons. Républicains et nationalistes vont bientôt s’affronter dans une guerre civile de trois ans dont sortiront vainqueurs le général Francisco Franco Bahamonde et ses alliés. Se pose alors la question des nouvelles institutions. Il faudra attendre « la Ley de Sucesión en la Jefatura del Estado » (1947) pour que le « Caudillo de España por la Gracia de Dios », Franco, ne décide d’adopter la monarchie comme système politique. La question du choix du prince va profondément diviser les monarchistes comme les franquistes. Quel prince pour occuper le trône d’Espagne ? Un Bourbon ou un… Habsbourg ?  Retour sur un « Game of Thrones » méconnu des temps modernes qui implique plusieurs princes de deux maisons historiquement rivales.

Philippe de france proclame roi d espagneC’est un mariage en 1496 entre Philippe le Beau (fils de Maximilien Ier d’Autriche) et Jeanne La folle (fille de Ferdinand II d’Aragon et Isabelle Ière de Castille) qui avait permis aux Habsbourg d’occuper ce trône sur lequel « le soleil ne se couchait jamais ». Durant deux siècles, cette dynastie impériale va diriger un empire qui s’étend jusqu’aux confins de l’Amérique du Sud, qu’elle colonise rapidement, mettant à genoux successivement et violemment deux civilisations, celles des Aztèques et des Incas. Des cinq souverains qui vont se succéder, chacun d’entre eux va marquer le pays de son empreinte. Charles Quint (1500-1558) demeure incontestablement celui qui va incarner toute la puissance du monarchisme européen de cette époque et de cette dynastie qui s’achèvera dans un désastreux mélange de consanguinité avec Charles II, mort sans enfants en 1700 après trente-cinq ans de règne. Une décennie plus tard, le candidat Habsbourg au trône espagnol devait finalement renoncer à ses droits devant un Bourbon, petit-fils de Louis XIV, déjà solidement ancré à Madrid. Il faudra attendre le mariage de l’arrière-petite-fille de l’empereur Léopold II, Marie-Christine d’Autriche (1858-1929) avec le roi Alphonse XII en 1879, pour qu’un Habsbourg remonte sur le trône… par défaut. A la mort de son époux, frappé de tuberculose, Marie-Christine est encore enceinte lorsqu’elle est proclamée régente d’un pays en proie à l’anarchie politique. Dotée d’un fort caractère, cette épouse trompée va devoir faire face avec courage au ressentiment de la population à l’égard de la monarchie, humiliée par la perte de sa colonie de Cuba. Des tensions, futures préludes à la chute inéluctable des Lys d’Espagne.

Don carlos vii ou charles xiLes guerres carlistes, qui secouèrent par trois fois le royaume, ont profondément marqué le visage du pays. S’estimant floué de ses droits au trône par la Pragmatique sanction de 1830 qui annulait la loi salique, le frère cadet de Ferdinand VII, Don Carlos, avait levé en vain le vent de la croisade en faveur de sa légitimité. Plus d’une fois proche de leur trône (qu’ils occupèrent brièvement lors de la Troisième guerre carliste avec Carlos VII, couronné roi d’une partie de l’Espagne (entre 1872 et 1876) et prétendant à la couronne de France sous le nom de Charles XI), sa lignée devait s’éteindre en 1936 avec le vieux prince Alphonse-Charles, décédé des suites d’un accident de voiture. Alors que l’Espagne plonge dans un conflit fratricide, ce sont des carlistes divisés qui se disputent sur le nom du candidat pour une hypothétique succession au trône hispanique. Une minorité d’entre eux refuse de reconnaître le prince désigné Xavier de Bourbon-Parme (1889-1977) comme régent, font sécession et s’empresse de prêter allégeance au jeune prince de 27 ans, Carlos-Pio (Charles-Pie) de Habsburgo-Lorena y Borbon. Installé à Barcelone depuis la chute de la monarchie austro-hongroise, dans une terre de tradition carliste et longtemps opposée au pouvoir des Bourbons, il est le petit-fils de Carlos VII par sa fille, Blanca (1868-1949). Ce n’est pas un inconnu pour les carlistes. Son nom avait déjà commencé à circuler dans les années 1930. Des prétentions pour le moins incongrues car si ce prince justifie sa candidature par son rejet de la pragmatique sanction, c’est donc par la voie féminine qu’elle s’opère ici. Pour obtenir un trône, certains ne sont plus à une contradiction près.

Juan de borbon y battenbergMais pour l’heure – et désormais sans opposition – le Caudillo doit trouver un prince pour ce trône en devenir. Et les candidats ne manquent pas. Il y a le prince Juan de Bourbon (1913-1993), comte de Barcelone, fils cadet héritier d’Alphonse XIII ou le carliste Xavier de Bourbon-Parme. Entre les deux, des antagonismes irréconciliables. Le premier incarne une monarchie libérale, le second une légitimité traditionaliste. Franco manipule l’un comme l’autre, les reçoit à de nombreuses reprises comme des souverains, écoute leurs doléances. Il entend cependant prendre son temps d’autant que certains caciques du régime ne sont pas favorables à un retour de ces Bourbons qui ont abandonné le pays sans se battre. L’hypothèse des Habsbourg est alors vaguement avancée. Carlos-Pio pense son heure venue. Mais parmi tous ces prétendants en attente, le général a, dit-on, un autre nom en tête. Celui de l’archiduc Otto de Habsbourg-Lorraine, un outsider que personne n’attendait.

Otto de habsbourgOtto de Habsbourg-Lorraine connaissait depuis longtemps le dictateur espagnol qu’il avait rencontré alors que celui-ci était encore le chef d’état-major du roi Alphonse XIII. Lorsque le dirigeant nazi Adolf Hitler avait envahi la France en juin 1940 et lancé un ordre d’arrestation contre l’archiduc, le prétendant impérial avait franchi la frontière espagnole et négocié directement avec le généralissime. Un passeport rapidement établi, pour lui et sa famille, avait permis à l’archiduc de partir immédiatement vers le Portugal voisin. Dans les milieux monarchistes, les rumeurs autour de la candidature de l’archiduc alarment les partisans des deux camps. Franco allait-il couronner un autrichien ? Monarchiste, Franco l’était assurément mais il ne cachait pas un certain dédain envers les Bourbons qui avaient abandonné leur trône en 1931. « (…) Les personnes qui représentaient l’institution monarchique n’avaient aucune capacité à se placer dans les pas de leurs glorieux prédécesseurs. Ma conception de la monarchie se tourne plus vers celles des vrais rois catholique, Charles Quint et Philippe II » déclare le caudillo; Des propos que retranscrira en 1986, l’écrivain et journaliste José Luis de Vilallonga y Cabeza de Vaca

Chez les carlistes, la possible montée sur le trône d’Alphonse-Charles en 1931 a provoqué des remous. En 1932, l’organe du parti carliste, El Cruzado Español, dirigé par Jésus Cora y Lira (1890-1969) fait parvenir au nouveau prétendant une lettre lui demandant de dénoncer l’ancienne branche régnante d’Alphonse XIII comme usurpatrice. Les carlistes ne peuvent se résoudre à l’idée d’une fusion entre les deux branches à la mort de ce prince qui revendique autant le trône espagnol que français mais qui reste sans enfants. C’est la scission et l’expulsion des carlistes schismatiques dont le vieux prétendant ne veut pas entendre parler. Désormais, les cruzadistes soutiendront le prince Carlos-Pio, rappelant que les règles de succession édictées sous le règne de Philippe V en 1713, reconnaissaient le droit aux femmes de monter sur le trône en l’absence d’héritier mâle. A l’instar des alphonso-carlistes, les cruzadistes se rangent du côté de Franco durant la guerre civile. En 1940, pourtant, Blanca de Bourbon décide de faire allégeance au nouveau régent, le prince Xavier de Bourbon-Parme. Loin de considérer cela comme une trahison, les carloctavistes ne rentrent pas dans le rang pour autant. La seconde guerre mondiale secoue l’Europe et, pour eux, Carlos-Pio, appelé Carlos VIII (d’où le nom de ses partisans), est le prince le plus proche du trône en cas de restauration de la monarchie, bien que la bataille soit loin d’être gagnée.

Xavier de bourbon parmeLe prince Don Juan avait bien courtisé le chancelier Hitler afin qu’il renverse Franco et le remette au pouvoir en instaurant une monarchie absolue. Mais en 1943, avec le recul du nazisme, le prétendant alphonsiste s’était mué en constitutionnaliste et avait adressé une lettre en ce sens au généralissime. Courrier royal dont Franco avait fait peu de cas comme du comte de Barcelone, tout en restant pas moins attentif à ses gesticulations. Don Juan a le soutien de 26 députés qui ont adressé également un courrier identique au Caudillo afin de lui réclamer le retour de la monarchie. Xavier de Bourbon–Parme leur emboîte le pas. Il drague furieusement le général en lui rappelant qu’un retour de la monarchie ne peut se faire que sous l’incarnation de la tradition qu’il représente. Franco est sous pression en septembre 1943 car ce sont plusieurs officiers de hauts-rangs qui plaident pour la restauration du roi. Carlos-Pio a un avantage indéniable sur ses concurrents. Il vit en Espagne. Bien que Franco ait officiellement invité le comte de Barcelone à s’installer dans son pays, ce dernier a préféré décliner l’offre. Il complote contre le Caudillo avec l’aide d’officiers alphonsistes. Quant au prince Xavier, il a été arrêté par la Gestapo allemande et interné à Dachau. La voie vers le trône semble donc toute tracée pour les Habsbourg.

Les partisans de Xavier de Bourbon-Parme entament alors une véritable campagne de dénigrement du prince Carlos-Pio. Selon eux, le prince ne peut être dynaste. Pour ces champions de la loi salique, Doña Blanca ne fait que reproduire la prise de pouvoir illégitime d’Isabelle II en 1833. Tout ce que combattent les carlistes depuis que le prince Don Carlos, frère de Ferdinand VII, avait été privé de ses droits légitimes. Enfin, Carlos-Pio n’est que le cinquième enfant de la princesse et son mariage morganatique en 1938 le rendrait inapte à la succession. Rien n’entame pourtant le moral des carloctavistes qui commencent à se diviser en deux groupes : la « Juntas de Ofensivas de Agitación Carloctavista » et le « Movimiento de Agitación Social Católico Monárquista ». C’est d’ailleurs toute la stratégie de Cora y Lira qui semble être remise en cause. Sa pleine adhésion au franquisme agace de plus en plus les carlistes schismatiques. Franco profite de ces dissensions pour rencontrer le prétendant au trône autrichien, accompagné de son frère, au palais du Prado le 24 mai 1950. Cette rencontre irrite prodigieusement les carlistes comme les alphonsistes qui se répandent en articles malveillants dans leurs organes officiels. D’autant qu’à la veille de son mariage en 1951, Franco décerne à l’archiduc la Grande croix de Charles III. Otto de Habsbourg se fait quant à lui l’avocat international de Franco. Le pays est isolé sur la scène internationale par un certain nombre de pays européens qui lui reprochent d’avoir établi une véritable dictature sous couvert d’un fac-similé de démocratie. A la grande surprise générale, certains journaux avancent le nom d’un Habsbourg pour la future monarchie, système politique adopté en 1947 dont le Caudillo est le régent à vie. Otto visite pendant ce temps les grands lieux de pèlerinages catholiques d’Espagne sous le crépitement des flashs et sous l’œil des médias excités.

Charles pie de habsbourg 1909 1953Pour les carloctavistes, ce rapprochement en faveur des Habsbourg n’est pas pour leur déplaire. Ils savent que l’archiduc ne prendra pas le risque d’accepter un trône pour lequel il a peu de droits. Carlos-Pio incarne les deux héritages et c’est à ce titre qu’il rencontre lui-même en 1952 le Caudillo. Celui-ci n’a toujours pas fait son choix et manipule tous les camps en présence. Mais le prince reste persuadé que le militaire soutient ses droits. Pour seule preuve, l’acceptation de Franco de patronner la création de l’Ordre de San Carlos Borromeo sous le patronage « d’El Rey Carlos VIII ».

Xavier de Bourbon-Parme ne cache plus ses intentions de monter sur le trône. Les partisans du comte de Barcelone avaient même songé à faire un coup d’état avec l’appui de certains officiers et membres de l’aristocratie comme le duc d’Albe Jacobo Fitz-James Stuart ou encore le duc Pédro Martinez de Irujo de Sotomayor. Le complot sera réel et fomenté depuis Estoril où vit le prétendant alphonsiste. La CEDA (Confédération espagnole des droites autonomes) va rejoindre cette coalition hétéroclite anti-franquiste qui a été infiltrée sans le savoir. Franco n’ignore rien du complot et s’amuse à en tirer les ficelles. Lors de sa rencontre avec Juan de Bourbon, à bord du yacht Azor le 25 août 1948, le Caudillo abat ses cartes. Le complot une fois éventé, le comte de Barcelone n’avait pas eu d’autres choix que d’envoyer son fils Juan-Carlos, du haut de ses 10 ans, étudier en Espagne dans l’éventualité d’être le prochain souverain d’une monarchie qui n’avait pas encore de nom. Le franquisme avait pris sans complexe en otage une partie de la maison Bourbon.

Alphonse de bourbonUne coterie en faveur d’un Habsbourg, un nom qui respire la grandeur du catholicisme espagnol, fait alors le siège de Franco. En 1952, le ministre des Affaires étrangères Martin Artajo, l’amiral Luis Carrero Blanco , le général Munoz Grandes et le marquis José Ignacio Escobar y Kirkpatrick de Valdeiglesias persuadent le généralissime d’étudier l’éventualité de sacrer roi d’Espagne l’archiduc : « Il est vrai qu’il est sans doute le prince le mieux préparé (…) » lui disent ses ministres. Franco se laisse convaincre mais Otto de Habsbourg acceptera-t-il une couronne alors qu’il est légitimement candidat à la double couronne austro-hongroise ? Il envoie Martin Artajo et le marquis sonder le prince qui, une fois passée la surprise de la proposition, leur oppose un refus net. Comme les deux hommes souhaitent finalement ne plus aborder le sujet, Otto de Habsbourg-Lorraine insiste pour continuer à en parler. Certes, les Habsbourg ont régné par le passé sur ce pays mais ils ont également renoncé à leur légitimité sur le trône espagnol. Il ne veut pas être un usurpateur. D’ailleurs, Otto de Habsbourg ne cache pas qu’il soutient le prince Juan-Carlos de Bourbon en lieu et place de son père, Juan. Ce choix ne fait pas l’unanimité des autres maisons royales d’Europe. Certaines n’apprécient pas vraiment que l’archiduc, pourtant champion de la légitimité catholique, se permette de jouer avec la succession héréditaire. Le prince ne s’arrête pas en si bon chemin et donne son avis sur l’éventuelle candidature du duc Alphonse de Cadix au trône espagnol soutenu et auc coeur des manœuvres du ministre Jose Solis Ruiz. C’est simplement un non-sens pour le prince autrichien qui a du mal à comprendre cet engouement autour de cet aîné non dynaste des Bourbon. Mais ce qui énerve particulièrement Otto de Habsbourg-Lorraine, c’est une autre candidature. Celle de son cousin Carlos–Pio à qui il a envoyé un courrier des plus secs lui ordonnant de mettre fin à ses tentatives de monter sur le trône.

Jesus de cora y lira et francoLa mort inattendue de Carlos VIII en 1953 est un coup dur pour les carloctavistes. Cora y Lira tente de maintenir la cohésion dans ses troupes. Il s’agit d’enrayer l’hémorragie qui frappe le mouvement de la   Comunión Católico-Monárquica dont certains adhérents sont partis rejoindre de nouveau les carlistes de Xavier de Bourbon-Parme, ou d’autres, les Juanistes. Cora y Lira avance donc son pion. Le frère aîné de Carlos-Pio, Don Antonio, aussitôt sacré sous le nom de Carlos IX. Le nouveau souverain est quasi inconnu de ses partisans. Pire, il est lui-même stupéfait d’apprendre la nouvelle alors qu’il n’a pas fait acte de prétentions. L’archiduc Otto de Habsbsourg-Lorraine s’irrite de cette situation chez ses cadets. Antonio, ancien soldat sous uniforme allemand et époux de la princesse Iléana de Roumanie (1909-1991), va d’ailleurs vite renoncer à ses droits au trône espagnol. Une colère d’Otto de Habsbourg-Lorraine a suffi pour qu’il signe un acte de renonciation. Les carloctavistes sont désespérés devant cette succession d’événements désastreux qui ridiculisent leur cause. Un conflit éclate rapidement. On avance le nom de la princesse Alexandra, fille aînée de Carlos VIII puis Cora y Lira tente de placer le cousin de celle-ci alors âgé de 17 ans, Domingo. Il est le fils cadet de Don Antonio qui désormais s’agace à son tour des agissements et complots de salon de Cora y Lira, expulsé finalement du mouvement en 1955. C’est un véritable psycho-drame qui se joue chez les carloctavistes. Finalement, Don Antonio revient sur son «abdication » et reprend son nom de règne, nomme un nouveau représentant. Entre temps, un autre de ses frères, Don Francisco José s’était lui-même proclamé souverain d’Espagne sous l’influence de Cora y Lira. Le schisme carliste tourne au vinaigre, et leurs chances de monter sur le trône s’éloignent, avant de devenir inexistantes dans le milieu des années 1960. Le décès de Cora y Lira en 1969 achève toutes perspectives de voir un carloctaviste monter sur le trône de leurs ancêtres. Les deux frères ne se réconcilieront pas mais réduiront de concert leurs activités.

Franco et juan carlosLes années passent mais les spéculations continuent à alimenter la presse espagnole comme étrangère sur la candidature de l’archiduc Otto qui se défend tant bien que mal. La presse autrichienne s’en émeut et, en 1961, se fait l’écho des multiples rencontres entre le prince et le généralissime. Dans son édition du 7 avril, « l’Express » ira même jusqu’à titrer « Les Espagnols choisissent Otto de Habsbourg comme successeur de Franco ». Selon le journal, ce choix serait appuyé par des militaires ne souhaitant pas un retour de la monarchie mais qui seraient tout disposés à couronner la dictature en attribuant au prince un titre de Président. Le lendemain, le journal refait un nouvel article sur le sujet. Aux Etats-Unis, les médias se sont également emparés du sujet et font la « chasse au prétendant » afin qu’il confirme cette rumeur. Otto de Habsbourg éludera toute question relative à l’Espagne pour se préoccuper des conférences qu’il organise localement. Il est vrai qu’en 1956, l’Espagne était intervenue à l’ONU afin que les Etats membres décident d’une déclaration protégeant la Hongrie alors en pleine tourmente contre le régime communiste qui lui avait ravi son trône en 1946. Mais Kathpress insiste et écrit que des « journalistes connus en Espagne n’auraient pas de scrupules à donner leurs voix à un candidat à la présidence qui s’appelle Otto de Habsbourg ». 

La proclamation de juan carlos comme futur roi d'EspagneEn 1969, Franco annonce subitamentsl’infant Juan-Carlos sera titré prince d’Espagne (Príncipe de España). Il a choisi son héritier, ce sera un Bourbon.  Tous ont été progressivement ecarté. Otto ne s'y intéressant pas, le prince Charles-Hugues ( fils de Xavier de Bourbon-Parme) qui a tenté de jouer sa carte, les princes carloctavistes... Après avoir rapidement juré fidélité au régime, le parlement entérina en juillet la nomination de Juan-Carlos comme prochain souverain d’Espagne au décès du Caudillo ; décès qui interviendra le 20 novembre 1975. Aucun des prétendants en présence n’avaient été avertis. Y compris le duc de Cadix, Alphonse de Bourbon, qui était certainement le dernier  et finalement plus sérieux des candidats au trône, surnommé le «prince bleu« par ses partisans et qui apprendra son éviction de la bouche même de Juan Carlos . A titre de compensation, il épousera en 1972, la petite fille du dictateur, Carmen. Un mariage fastueux auquel le fils aîné d’Alphonse XIII, dépossédé de son trône par la contrainte paternelle, y avait assisté, auréolé de la seule gloire d’être le père du futur marié à qui il avait envoyé une lettre d'allégeance en juillet 1963.  Pressé de se prononcer par les phalangistes, le prince Alphonse avait fni  par signer un acte reconnaissant la désignation de son cousin Juan Carlos. Exit les aînés, vive les cadets, le comte de Barcelone avait fini par se sacrifier au profit de son fils. Juan Carlos. 

Le prince otto de habsbourg lorraine 1912 2011 a consacre la derniere partie de sa longue vie a l unification europeenneA propos de Franco, dans une interview de février 1976 accordée au « Deutschland magazine », Otto de Habsbourg avait loué « sa lucidité pour n’avoir pas plongé son pays dans la seconde guerre mondiale alors que ses ministres y étaient favorables ». L’archiduc n’a jamais souhaité reparler de cette tentative de certains franquistes de le couronner roi d’Espagne. Sauf peut-être en 1997 où cette vieille histoire ressortira dans les colonnes de « Profil » qui n’hésite pas à affirmer qu’en « 1952, le dictateur fasciste Francsico Franco a voulu hisser sur le trône le Habsbourg conservateur afin d’en éloigner le Bourbon libéral, (…) l’œuvre du ministre des Affaires étrangères de Franco, Martin Artajo. Elle a échoué parce qu’Otto lui- même a émis des objections » peut-on lire dans le magazine. De nouveau interrogé en 2007, il balayera la question : « Nous avons renoncé à cette légitimité depuis longtemps » dit-il sèchement avant de rappeler son admiration pour Juan-Carlos à son interlocuteur. Engagé dans la construction européenne dont il fut un député inamovible de 1979 à 1999 avant de décéder en 2011 à l’âge de 98 ans. L’Autriche lui consacrera de véritables funérailles nationales. Le carlisme comme le carloctavisme ont survécu en Espagne. Le premier mouvement a sombré dans la division entre traditionalistes et autogestionnaires socialistes, ne représentant aujourd’hui plus qu’une minorité politique folklorique. Quant au second, tout aussi minoritaire, il a un nouveau prétendant. A la mort d’Antoine en 1987 et de Francisco-José en 1975 (respectivement âgés de 86 et 70 ans), Don Domingo a repris les prétentions au trône signant quelques proclamations pour satisfaire ses partisans qui en coulisse, s’activent toujours pour lui trouver un nouveau trône. Celui d’une Catalogne indépendante ne leur déplairait pas.  

Copyright@Frederic de Natal

Publié en 2018 sur le blog Voie royale, remis à jour le 12/08/2020

 

Date de dernière mise à jour : 13/08/2020

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