Franz de Bavière : « Ces gens me filent la chair de poule ! »

Interview du prince Franz de Baviere Photo BR24«Je pense qu'à la fin, la puissance créatrice du pays sera si grande que nous pourrons très bien faire face à toute opposition après cette crise ». Il est l’héritier d’une maison qui a régné sur le Saint-Empire Romain Germanique et les royaumes de Bohême, de Suède et de Bavière. A 87 ans, le prince Franz von Wittelsbach est une personnalité reconnue et respectée en Allemagne.  Représentant d’une famille qui a marqué l’histoire par ses souverains fantasques et qui fascine encore, celui qui aurait pu être roi si les affres de la première guerre mondiale n’en avaient pas décidé autrement ou même occuper le trône britannique, a accordé une interview à la  Bayerischer Rundfunk 24. Il revient sur les dernières manifestions organisées par l’extrême-droite et  la crise du covid-19 qui secoue la République fédérale allemande.

Prince rupprecht de baviereSon nom évoque les grandes heures romantiques de l’Allemagne en devenir du XIXème siècle. Le prince Franz von Wittelsbach est l'arrière-petit-fils du dernier roi de Bavière, Louis III, contraint d'abandonner sa couronne en novembre 1918. La monarchie impériale tombée, l'anarchie s'installe dans tout le pays qui assiste à la lente progression du parti national-socialiste (nazi) dirigé par un peintre raté mais orateur de talent. Pour les bavarois, la maison royale est le seul rempart aux chemises brunes d'Adolf Hitler qui tente de s'emparer du pouvoir en 1923, depuis Munich. Le gouvernement est alors dirigé par les monarchistes du Bayerische Volkspartei (BVP) et le Premier ministre Gustav Ritter von Kahr refuse de soutenir celui qui a servi comme caporal dans les armées royales de Bavière. Le putsch de la Brasserie sera un échec. Hitler, emprisonné, va nourrir une haine sans limites envers les Wittelsbach qu’il accuse de tous les noms. Lorsqu’il arrive finalement au pouvoir en janvier 1933, il s’empresse de faire dissoudre le gouvernement bavarois, interdire les milices monarchistes et lors de la nuit des Longs couteaux (1934)  de faire assassiner von Kahr, dernier rempart à son irrésistible ascension. Les exactions se multiplient contre les membres de la maison royale qui sont dépossédés de leurs résidences, assignés à résidence et soumis à diverses vexations par les nazis qui surveillent tous les déplacements du prince Rupprecht, prétendant au trône. Leur exil ne sera pas de tout repos. En octobre 1944, les enfants et la seconde femme de Rupprecht sont emmenés au camp de concentration de Dachau  avant d’être libérés 6 mois plus tard par les Alliés. Une épreuve qui va à jamais marquer la maison royale qui a toujours refusé de donner son soutien à un mouvement d’extrême-droite. « Ces gens me font peur, ils me filent vraiment la chair de poule » confesse volontiers l’octogénaire prince Franz au micro de la Bayerischer Rundfunk 24, venue l’interviewer sur les évènements en cours en Allemagne.

Les monarchistes allemands devant le bundestagFin août, divers mouvements d’extrême-droite, dont certains appartenant à la mouvance monarchiste arborant des drapeaux de l’empire défunt, ont tenté de s’emparer du Bundestag (parlement). Les images, tournant en boucle dans les médias nationaux et internationaux, ont rappelé aux allemands, les heures les plus sombres de leur histoire. «Notre démocratie doit être défendue» affirme le prince Franz qui lie la montée en puissance de ces mouvements à la crise d'identité que traverse l'Europe et l'Allemagne, à la paranoïa née de la crise de coronavirus qui secoue le vieux continent . «Je comprends l'inquiétude, je vois ce que cela entraîne comme conséquences. C'est complètement nouveau et inattendu d’autant nous en savons très peu sur ce virus » poursuit l’héritier au trône. Un Herzog allemand que certains de l’autre côté de la Manche, voit aussi comme le vrai souverain catholique de Grande-Bretagne. Une prétention pour lequel il n’a jamais fait acte de revendication. Interrogé alors sur la crise de covid-19 et sa gestion par les autorités fédérales, le prince répond très directement : « Le gouvernement, en particulier notre Premier ministre Markus Söder ainsi que la chancelière Angela Merkel, ont réagi très rapidement. Et, sur la base de l'état actuel des connaissances sur le virus, je pense qu'ils ont fait de leur mieux et je suis convaincu qu'ils l'ont fait. Je suis globalement satisfait de leur gestion de cette pandémie ». Il appelle ses concitoyens à «  faire preuve de patience et d’agir pour le bien de la nation allemande ».

Franz de baviere« Je pense qu'à la fin, la puissance créatrice du pays sera si grande que nous pourrons très bien faire face à toute opposition après cette crise » renchérit un Franz de Bavière, confiant. Lors des élections législatives de 2018, les bavarois ont envoyé 22 députés du parti Alternative pour l’Allemagne (AfD) au parlement local, faisant de l'extrême-droite, la quatrième force de la province derrière les verts et les socialistes. Un résultat qui avait satisfait le prétendant au trône. Franz de Bavière ne cachant pas son soutien à la droite bavaroise, l’Union chrétienne sociale (CSU). Ce même parti, qui dans les années 1950, avait songé à mettre à la tête de la Bavière son grand-père, Rupprecht. D’ailleurs, 14% des bavarois soutiennent encore le retour de la monarchie et des Wittelsbach  qui continuent de jouir d’un important prestige. Suffisamment pour que le prince Franz de Bavière reste une voix influente et tutélaire dans ce land de l’Allemagne du Sud.

Copyright@Frederic de Natal

Date de dernière mise à jour : 10/11/2020

Ajouter un commentaire