Er wäre heute deutscher Kaiser: Georg Friedrich Prinz von Preußen !

Monarchistes allemandsLe 18 mai 2018, la chaîne de télévision WDR Fernsehen a présenté un programme de 45 minutes  intitulé « Deutsche Dynastien – Die Hohenzollern » (« Une dynastie allemande -Les Hohenzollern »). Dès le début de l’émission, le ton est donné, impérial et solennel sur fond de musique baroque: « Keine andere Dynastie ist mit dem schicksal Deutschlands enger verknüpft als die Hohenzollern » (« Aucune autre dynastie n’est plus étroitement liée au sort de l’Allemagne que les Hohenzollern« ) dit le commentateur. Si le mariage du prince Henri de Galles et de la starlette américaine Meghan Markle a ré-ouvert le débat d’un éventuel retour de la monarchie en France, outre-Rhin les journaux allemands se sont aussi emparés de la question.

Affiche du dvp« Er wäre heute deutscher Kaiser: Georg Friedrich Prinz von Preußen lebt in Potsdam ! » (« Il serait empereur allemand aujourd’hui: Georg Friedrich Prince de Prusse vit à Potsdam »)  titrait encore il y a quelques heures le célèbre magazine Focus. Portrait de l’héritier de la double couronne de Prusse et impériale d’Allemagne s’étalant dans un long article, la presse germanophone s’interroge sur son destin monarchique, un siècle après la chute du Kaiser Guillaume II en novembre 1918. Le mouvement monarchiste n’a jamais véritablement disparu du paysage politique allemand.

Lorsque la république de Weimar est proclamée, le Parti du peuple allemand (DVP) et le Parti national allemand populaire (DNVP) sont créés par des anciens monarchistes. Ils participent à la vie parlementaire comme ils soutiennent tout militaire qui souhaite renverser le régime et rappeler l’empereur, réfugié aux Pays-Bas. Le putsch de Wolfgang Kapp va rester dans les annales de l’histoire allemande de l’Entre-deux-guerres. Six mille Corps francs (Freikorps) investissent Berlin en mars 1920 et occupent tous les quartiers gouvernementaux de la capitale. On hisse le drapeau impérial, on crie « Vive l’empereur ». Le gouvernement, en fuite, envoie la Reichswehr mais celle-ci refuse de tirer sur ses camarades. Acculée, réfugiée à Dresde, la République finit par mandater les milices communistes et socialistes pour mater cette rébellion. Faute de soutiens de la bourgeoisie, trop attentiste, la tentative de restauration échoue après cinq jours de batailles rangées dans les rues de la capitale. C’est pourtant loin d’être un échec, les monarchistes vont s’imposer aux élections de 1924. Sur 472 sièges, le DVP envoie 45 élus et le DNVP 95 députés. C’est un raz-de-marée. Les monarchistes représentent (si on associe les monarchistes bavarois du BVP et leurs 16 élus) la première force d’opposition (avec le Zentrum) aux sociaux-démocrates. Assez pour que l’on envisage la restauration du système impérial tout en se déchirant en interne. Dans l’ombre, le parti national-socialiste d’un certain Adolf Hitler ne va cesser de monter au détriment de l’idée monarchiste qui va progressivement perdre sa majorité parlementaire.

Les nazis avec le prince wihelm de hohenzollern fils du kaiser en 1933La famille impériale va finalement céder aux sirènes du nazisme pour la grande majorité de ses membres motivés par l’esprit de revanche. Le Kronprinz Guillaume (1882-1952) pense manipuler le futur Führer en le ralliant, espérant qu’il restaurera la monarchie une fois au pouvoir quand son fils Louis-Ferdinand (1907-1994) entrevoie déjà l’horreur du régime à venir. Dans les années 1930 afin d’endiguer la puissance du parti nazi, un consensus des partis politiques se fera autour de l’idée de restauration de la monarchie et de la personne assez controversée du fils du Kaiser. Même le chancelier Heinrich Brüning conçoit alors que c’est  le meilleur moyen de stopper Hitler. Mais Guillaume II ne supporte pas que ce soit son fils qui soit couronné en lieu et place du chef de famille qu’il demeure. Il fera le mauvais choix. En janvier 1933, le président-maréchal Hindenbourg n’a pas d’autres solutions que de nommer Hitler à la chancellerie. Les bruits de bottes vont bientôt raisonner dans toute l’Europe.

Prince louis ferdinand de prusseDissous et incorporé aux diverses unités militaires sous le IIIe Reich, interdit à la Libération, le mouvement monarchiste se reconstitue véritablement à la réunification des deux Allemagnes en 1989. Hitler avait écarté dès 1943 tous les membres des familles royales, grand-ducales et autres princes qui occupaient des postes importants au sein du parti nazi, craignant que ceux-ci agissent contre lui. Les monarchistes vont alors tenter de se débarrasser du chancelier en juillet 1944. Discrètement, le prince Louis-Ferdinand de Prusse a participé à l’opération Walkyrie mais, compromis, les conjurés lui avaient demandé le jour de l’attentat de rester au château. L’aristocratie était largement surreprésentée au cours du complot et il est probable qu’à court terme, le prince aurait été appelé à jouer un rôle avant que les blindés russes ne le forcent à fuir de son château (1945). Objet de toutes les courtisaneries dans les années 1980, les Hohenzollern retrouvent peu à peu leur gloire passée au sein d’une Allemagne coupée en deux par l’antagonisme naissant Est/Ouest. On avait même évoqué un référendum sur la question de la monarchie au début de la guerre froide. Un projet avorté lorsque le magazine Die Spiegel révèle l’affaire et les négociations entre un mouvement monarchiste et la chancellerie (mars 1954). Le prince Louis-Ferdinand de Prusse est populaire. En 1968, son nom est cité pour occuper la place de Président de la République. Plus de 40 % des allemands y sont largement favorables selon les sondages de l’époque et que publie une nouvelle fois Die Spiegel dans son édition du 18 novembre 1968. Des associations comme Tradition und Leben (toujours active, créée en 1956) ou le Bund Aufrechter Monarchisten (dissoute en 2014) voient le jour, se fédèrent afin de réintroduire l’idée impériale dans la République fédérale. Des commémorations sont organisées à Doorn où repose Guillaume II (décédé en 1941 à 82 ans) ou on rapatrie en grandes pompes le corps de Frédéric II le Grand au château de Postdam (1991). Le succès est au rendez-vous. Peut-être trop. Les monarchistes se mêlent aux mouvements nationalistes naissants dont les plus extrêmes reprennent à leur avantage la symbolique impériale. Au grand dam de l’héritier de la couronne .

Prince philippe de hohenzollernEn mars 2012, l’arrière-petit-fils du Kaiser, le prince Philippe de Hohenzollern met les pieds dans le plat. Dans une longue interview reprise par les différents médias du pays, le prince réclame la restauration de la monarchie en Allemagne, « synonyme de sauvegarde des traditions et de l’unité du pays » déclare t-il. Volontiers conservateur et pasteur de profession, Philippe de Hohenzollern va jusqu’à critiquer le modèle allemand prôné et défendu par la chancelière Angela Merkel. Le prince Georges-Frédéric de Prusse, qui est le légitime prétendant au trône, est un officier de réserve de la Bundeswehr. Il ne réagit pas aux paroles du prince. Son « avènement » avait été contesté par une partie de sa famille avant qu’un tribunal ne finisse enfin par statuer en sa faveur en 2005 au prix d’un long procès.

Georg friedrich prinz von preu en et son epouse pinterestSon mariage a été largement médiatisé en 2011. Plus de 18 % des citoyens allemands sont rivés devant leur écran pour suivre ce mariage inédit dans le pays et qui va accoucher de quatre enfants. Le Gotha européen s’est déplacé, des membres du gouvernement également. Avec un prince qui a récupéré la majeure de ses propriétés confisquées par les soviétiques, la machine médiatique n’a pas tardé à s’emballer. Un mouvement de jeunesse monarchiste tente même de se constituer avec peu de succès cependant. Un blog sera chargé d’expliquer aux Allemands les bienfaits de la monarchie (2009). Mais alors l’idée fait-elle recette quand on sait que le prince héritier déclarait récemment (juillet 2017) ne pas être intéressé par le trône mais vouloir uniquement rester un simple gardien de la mémoire historique de l’Allemagne. Un allemand sur cinq (soit 17 % en 2015 contre 13 % en 2010 pour un sondage identique) est actuellement favorable au retour de la monarchie, notamment parmi les 18-24 ans qui sont plus de 33 % à plébisciter l’idée de restauration impériale (2013). Pour Erich Postleb, 23 ans, interrogé par le blog La sentinelle légitimiste, « la monarchie est le rempart, seule solution viable » face à « l’omniprésence de Bruxelles dans les affaires de l’Etat allemand » dit le jeune homme qui a adhéré à l’AfD (Alternative für Deutschland). L’idée monarchique serait donc en recrudescence en dépit du manque de soutien politique. Et de rappeler que l’on dépasse désormais les 20 % (sondage Forsa en 2018) d’adhésion au retour des Hohenzollern aujourd’hui.

Et si on retrouve quelques monarchistes et grands noms de l’aristocratie au sein de l’AfD (3e parti d’opposition au Bundestag), aucun de ses cadres dirigeants ne s’est réellement prononcé en sa faveur comme le faisait remarquer le Frankfurter Allgemeine Zeitung dans son édition datée du 19 mai. Un vote monarchiste toujours acquis à la droite conservatrice de la CDU-CSU (mais qui se veut assez eurosceptique) avec laquelle, le prince Georges-Frédéric de Prusse n’a pas hésité à apporter son soutien, en s’affichant avec la chancelière Merkel. Les extrêmes ? Il ne veut pas en entendre parler et les condamne publiquement mais laisse ses partisans voter en leur âme et conscience (il avait demandé en vain à l’AfD de retirer la photo du château familial sur leurs affiches électorales).

Sous la porte de Brandebourg à Berlin, dans les manifestations contre l’Europe, on a ressorti les drapeaux de l’empire défunt aux bandes horizontales noires blanches rouges. Le retour de la monarchie demain en Allemagne ? Non répond le Die Stuttgarter qui mentionnait encore que 72 % des Allemands se prononçaient toujours contre tout retour d’un Kaiser dans le pays de Goethe.

Copyright@Frederic de Natal

Publié en 2018 sur le Blog Voie Royale.

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