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Soulivong Savang, le prince de tous les espoirs laotiens

Prétendant au trône d’un petit pays d’Asie du Sud-Est, le prince Soulivong Savang vit entre le Canada et Paris, entouré d’une poignée de fidèles qui le soutiennent. Partie intégrante de l’ancienne Indochine française, le Laos est sous la domination d’un régime communiste depuis 1975. Rare sont les apparitions de Soulivong Savang dont la fuite d’un camp de concentration est digne d’un roman d’aventures. 

Le prince est discret, accorde peu d’interviews et a même délaissé les réseaux sociaux depuis des années. Il est né en pleine guerre froide. Le prince Soulivong Savang a aujourd’hui 60 ans et incarne pour beaucoup de Laotiens tous les espoirs d’un retour à la monarchie renversée en 1975 par les communistes du Pathet Lao.

Une évasion rocambolesque 

Son évasion (en 1981) d’un camp de concentration où était internée une partie de la famille royale va largement alimenter les titres des médias internationaux. Il n’a plus revu les membres de sa famille. En 1978, les communistes annoncent subitement que le roi Vatthana, son épouse et un de ses fils sont décédés des suites d’une malaria foudroyante dans le « camp numéro 1 ». Une mort entourée de mystères car des rapports affirment de manière contradictoire que la famille royale aurait survécue jusqu’en 1980 ou 1984 et serait morte de famine à cause des conditions de travails imposées par les communistes. Soulivong Savang est un réfugié politique qui va s’établir à Paris et laisser une régence diriger une opposition hétéroclite qui a bien du mal à s’entendre.

La monarchie laotienne, une chute brutale

L’Association Fao Ngum représente depuis 1986 les intérêts du prétendant au trône en France. Elle entretient la mémoire d’une monarchie reléguée dans les pages jaunies de l’histoire et sur laquelle la France s’était appuyée afin de diriger sa colonie d’Indochine, formée du Laos, du Vietnam, du Cambodge et de la Cochinchine. La Seconde guerre mondiale et les accords de Genève (1954) vont précipiter le destin de ces royaumes. Le Laos sombre dans l’anarchie politique et voit l’affrontement entre deux princes bleus (Boun Oum Na Champassak et Souvanna Phouma) et un prince rouge (Souphanouvong), le tout sous l’œil des américains qui ont eu tôt fait de remplacer les français. La monarchie laotienne ne résistera et en dépit d’un accord de réconciliation nationale, elle ne tarde pas à être emportée par la tempête révolutionnaire en 1975. Depuis, c’est un gouvernement marxiste qui dirige le pays et qui ne laisse que peu de place à la démocratie comme le stipule l’article 3  de sa constitution : « le droit du peuple d'être maître de la Patrie pluriethnique est exercé et garanti par le fonctionnement du système politique dont le Parti populaire révolutionnaire Lao constitue le noyau dirigeant ». Les royalistes vont s’organiser sous la houlette du général Hmong Vang Pao (décédé en 2011)  qui regroupe ses forces dans la jungle, largement armés par les américains qui ferment les yeux sur le trafic d’opium mis en place et qui le conseillent avec la présence d’agents de la  CIA et de bérets verts.

Soutenu par une rébellion, il porte les espoirs des exilés laotiens 

En septembre 2019, l'héritier de la couronne a été invité à ouvrir le 3ème congrès de Conseil Lao uni pour la paix, la liberté et la reconstruction en septembre dernier, le prince demeure prudent. Les « soldats du roi » sont toujours actifs et le gouvernement de Ventiane, la capitale du Laos, exerce une répression féroce sur les Hmongs obligés de se réfugier en Birmanie, en plein Triangle d’or, la zone de production d’opium où règnent des seigneurs de la guerre et autres barons de la drogue. Les partis de l’opposition laotienne sont toujours aussi divisés. « Nous n’avons pas su nous unir. Nous ne nous entendions pas il y a déjà plus de quarante ans au Laos, c’est pour cela que nous avons perdu. Et nous n’en sommes toujours pas capables » déclarait en 2015 au journal « Le Monde », le prince Mangkra Souvanna Phouma , ancien membre du conseil de Régence et fils d’un des deux princes bleus. Soulivong Savang fait malheureusement le même constat et déplore l’inaction de la communauté internationale qui préfère ignorer les nombreux cas de violations de droits humains perpétrés par le régime communiste au nom d’accords commerciaux qu’elles ne cessent de signer avec le Laos. Pourtant le prince croit toujours en ses chances de remonter sur le trône comme cela a été le cas pour le roi Sihanouk au Cambodge en 1993. Les derniers faits d’armes des « soldats du roi » remontent à la première décennie des années 2000. Une prise d’un poste avancé, le drapeau royal hissé, des combats avec l’armée régulière et un repli forcé. Rien qui n’avait pu faire trembler un régime mis sous perfusion par son voisin vietnamien. En 2007, les Etats–Unis, qui ont finalement abandonné les Hmongs à leur sort, ont démantelé un complot orchestré depuis la Californie. Le dernier baroud d’honneur de Vang Pao.

Pour le prétendant au trône, le choix d'un retour de la monarchie appartient aux Laotiens

« Nous nous battons depuis plus de 40 ans et nous n'avons pas encore atteint notre objectif. Ce fut un combat très long mais nous n’avons toujours pas abandonné » a déclaré le prince Soulivong Savang qui a exhorté les partis d’oppositions à s’unir et se rassembler sous un parapluie qui lui permettrait d’émerger et contraindre les communistes à organiser des élections démocratiques. « Je voudrais parler de notre combat, dans lequel notre objectif principal est de restaurer la liberté et la démocratie dans notre pays» a ajouté le prince royal.  Il compte sur l’Organisation des nations unies (ONU) afin de l’aider dans sa tâche et faire plier Ventiane comme elle a réussi avec la Birmanie dernièrement. Pourtant et curieusement, le monarque en exil n’a pas noué de lien avec les Hmongs pour autant. « Nous n’avons pas de relations avec la famille royale en exil » regrette Gymbay Moua, secrétaire général du Congrès mondial du peuple Hmong. L’opposition déplore l’utilisation de symboles monarchistes par les communistes à des fins natuionalistes mais leurs protestations se perdent dans les abysses du silence et ne trouvent aucun écho.

Interrogé sur son futur rôle en cas de retour de la démocratie, le prince Soulivong Savang a répondu au « New York Times » : « Je ne suis pas tellement obsédé par le retour de la monarchie au Laos même si je l'espère. Mon principal objectif est avant tout  et d'abord   de restaurer la démocratie. La  question de restauration de la monarchie viendra plus tard et ce sera au peuple  laotien de décider ».

Copyright@Frederic de Natal

Date de dernière mise à jour : 29/01/2024

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