La famille royale du Laos

Savang vatthanaLe Laos souhaite-t-il vraiment le retour de sa famille royale exilée ? Renversée de son trône après que le parti révolutionnaire Pathet Lao s'est emparé de Vientiane en 1975, la famille royale Lao en exil a longtemps tenté de rassembler une diaspora divisée. Mais aujourd’hui cette ancienne institution royale a-t-elle les moyens de revenir au pouvoir ?

La fuite du petit-fils du dernier roi du Laos, de sa prison, a tout des ingrédients d’un bon roman d’aventure. A l’âge de 18 ans, c’est à bord d’un bateau fabriqué en bambou, accompagné de son frère et de sa nourrice, que le prince Soulivong Savang rejoint le port de Nong Khai d’où ils s’embarqueront tous pour la France (1982). Mis en résidence surveillée au camp numéro 1 de rééducation par les communistes, le nouveau gouvernement l’avait autorisé toutefois à poursuivre ses études. Mais avec la disparition inexpliquée de ses amis et de son grand-père, le roi Savang Vatthana, mort mystérieusement en 1978 (ou 1980), le prince avait rapidement craint pour sa vie.

En exil, il s’était immédiatement positionné comme la seule personnalité capable d’unir les laotiens exilés dans le monde, en dépit de divisions ethniques visibles et persistantes. Il y a 20 ans, lors d’une conférence de presse à New York, il avait fièrement déclaré : « Si j'ai la chance de retourner au Laos, la première chose que j'apporterais, sera la liberté ».

Deux décennies plus tard, ses actions politiques n’ont eu que peu d’effets sur le régime communiste toujours en place. C’est désormais un sentiment de frustration qui règne au sein des membres de la famille royale exilée. Après le décès de son oncle, le prince régent Sauryavong Savang (1937-2018), en janvier dernier, le prince Soulivong Savang a pris le leadership du Conseil royal formé par d’anciens aristocrates qui avaient réussi à s’échapper du Laos avant sous la protection de la France, l’ancienne puissance coloniale de l’Indochine.

Parade royale au laosL’éléphant blanc, symbole du royaume, a depuis perdu de son éclat. Et si une tentative de coup d’état royaliste a été organisée en juillet 2000 avec l’aide de mercenaires, son échec cuisant (les combats feront 6 mors à la frontière) a considérablement réduit ce qui restait de l’aura de la famille royale.

Un constat malheureux que fait Ian Baird, professeur à l’Université du Wisconsin-Madison et spécialiste des diasporas qui avait déclaré au quotidien Southeast Asia Globe , que « si le rôle de la famille royale avait été important dans la lutte pour le rétablissement de la démocratie au Laos, les chances de voir la monarchie de Luand Prabang être restaurée et fédératrice se sont amenuisées depuis le début des années 2000 ». « Cela fait longtemps qu’elle n’a plus joué un rôle important. La diaspora laotienne est si partagée aujourd’hui qu’elle n’ose pas se lier à un groupe politique de crainte d’irriter tous les autres. De plus, les laotiens exilés, 800 000 personnes environ répartis sur tous les continents, sont encore enfermés dans l’idée que le système royal prévaut à toute autre formation politique qu’ils n’osent pas plus s’engager directement» ajoute t-il.

Joe Rattanakhom, directeur exécutif du groupe pro-démocratie de la campagne pour le Laos libre, confirme cette triste réalité. Le prince héritier est moins impliqué dans la vie publique que certains mouvements d’opposition qui le soutiennent. D’ailleurs, c’est son oncle qui a été le réel moteur d’un monarchisme laotien jusqu'ici mais qui se mure peu à peu dans le silence. « Il est d’ailleurs et désormais difficile de savoir qu’elle est le prestige de la famille royale et encore plus quel type de gouvernement souhaiterait les laotiens, une fois la démocratie restaurée » déclare encore ce partisan de la royauté défunte.

Mais pour Khamphoui Sisavatdy, Premier ministre du gouvernement royal lao en exil, un gouvernement démocratique intérimaire autoproclamé et créé en 2003 dans le but d’instaurer une «monarchie démocratique constitutionnelle» au Laos, ce dernier est moins pessimiste sur la situation actuelle. En 2014, au journal « Diplomate », il avait assuré que les « laotiens du XXIème siècle aspiraient et souhaitaient la restauration de la monarchie légitime mais constitutionnelle ». « Pour unir tous les Laos et les regrouper sous un même toit, nous devons avoir un père de la nation, un roi, comme cela a toujours été le cas par le passé » affirme cet homme qui est controversé. «Réaliser le rêve du peuple lao est le seul objectif de ma vie (…), ma propre identité et ma dignité sont liées à cette quête. Un jour bientôt nous aurons notre monarchie » surenchérit-il.

Soulivong savangUn fantasme pour Joe Rattanakhom. Après 40 ans de communisme, une famille royale présentée comme le laquais des américains, il sera très difficile de faire changer les mentalités de la jeunesse laotienne à qui « ont fait subir un véritable lavage de cerveau anti-monarchique», rappelant ironiquement que ses compatriotes ont aussi oublié que «la plupart des pères fondateurs du Parti communiste lao étaient vietnamiens, d'origine vietnamiennes ou mariés à une vietnamiene».

Et si un sentiment royaliste demeure encore dans le pays, « ce serait avec les personnes âgées » dit Rattanakhom qui espère toutefois qu’internet permettra à la nouvellegénération de se réapproprier son histoire monarchique. Ian Baird a encore un autre point de vue. S’il existe un «désir de démocratie très fort parmi les jeunes laotiens, ce n’est certainement pas sous le sceau de la famille royale qui est très peu connue » conclut-il dans une de ses études.

Faute de princes actifs, la maison royale du Laos pourrait ne plus jamais connaître les fastes de sa royauté autrement que dans les pages des livres d’histoire qui lui ont été consacrés.

Copyright@Frederic de Natal

Publié le 09/09/2018

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