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La Nippon Kaigi, des ultra-monarchistes au Japon

Le drapeau du soleil levant rehabiliteOn la soupçonne d’être la main qui dirige en réalité le gouvernement du premier ministre Shinzo Abe. Forte de 28 000 membres, l’organisation d'extrême-droite « Nippon Kaigi, » n’a jamais accepté la défaite de 1945 et les humiliations imposées au Japon comme à la monarchie. Aujourd’hui, elle tente d’influer sur les nationalistes au pouvoir afin qu'ils réarment l’empire du Soleil Levant et qu'ils rendent à l’empereur ses pouvoirs divins, sous couvert de révisionnisme historique. Qui sont donc ces ultra-monarchistes japonais ?

Shinzo abe et l histoirePeu commentée par les journaux européens lors des tensions américano-nord-coréennes en 2017, le Japon avait pris la décision de déployer son plus grand navire de guerre, le porte-hélicoptère Izumo, afin que celui-ci escorte et ravitaille le groupe aéronaval américain. Un événement inédit pour l’Empire du soleil Levant, qui depuis les bombardements de Nagasaki et d’Hiroshima en août 1945, a fait inscrire dans sa Constitution que « le peuple japonais renonçait à jamais à la guerre en tant que droit souverain de la nation, ou à la menace, ou à l’usage de la force comme moyen de règlement des conflits internationaux ». L’article 9 de la Constitution, qui démilitarisait le Japon impérial après la défaite de 1945 contre les Américains, stipule même que celui-ci ne devait maintenir «aucune force terrestre, navale, aérienne, ou toute autre force destinée à la guerre ». Ce n’est qu’en 1954, au plus fort la guerre de Corée, que le Japon peut enfin de nouveau se doter d’une force armée, qualifiée de défensive, et baptisée « Forces d’autodéfense » (FAD). Composée de plus de 100 000 soldats mais sans réels pouvoirs, elle dépendait toutefois à cette époque du bon vouloir des Américains, dont la base était établie sur l’île d’Okinawa. Lorsque le leader du parti Libéral-démocrate Shinzo Abe redevient Premier ministre en 2012 (pour la seconde fois), il lance alors un vaste programme de remilitarisation du pays. Petit-fils à la fois d’un ancien Premier ministre et haut fonctionnaire du Mandchoukouo, cet Etat-fantoche qui fut attribué au dernier Empereur de Chine Pu Yi, la résurgence de ce nationalisme initiée par ce sexagénaire a vivement et rapidement inquiété ses voisins, marqués par la dure occupation de l’Asie par les Japonais (1932-1945), et qui ne cessent de dénoncer le révisionnisme ambiant qui règne au sein de l’actuel gouvernement nippon.

L empereur hiro hitoDans le sillage de Shinzo Abe, son frère Nobuo Kishi qui est un des dirigeants de la Nippon Kaigi (la « Conférence du Japon »). Créée en 1997, cette organisation est « issue de la fusion de deux associations [la Conférence Nationale pour Défendre le Japon et la Société pour la préservation du Japon, NDLR] regroupant d’un côté des partisans d’un Japon militariste, et de l’autre des groupes shintoïstes traditionalistes à dimension politique » nous explique le webzine Slate. Si le nationalisme d’après-guerre fut largement condamné par les japonais (traumatisés par le spectacle des deux bombes nucléaires et qui imputèrent à l’establishment militaire, cette défaite honteuse poussant l’empereur Hiro-Hito à renoncer à sa divinité en janvier 1946), la dé-diabolisation de ses idées dans les années 1990 a permis à de nombreux groupes de pression de refaire surface sans être inquiétés. Implantée dans la totalité des quarante-sept «préfectures» japonaises, la Nippon Kaigi est loin d’être une société secrète. Revendiquant 38 000 membres, elle a infiltré au grand jour aussi bien le gouvernement actuel que le Parlement . Comme avec l’ancien ministre de l’Education, Hakubun Shimomura, qui fut le secrétaire général du groupe parlementaire des Libéraux-démocrates,  tous membres du Nippon Kaigi, et qui rassemble pas moins de 289 des 480 membres de la Diète et 15 des 19 membres du Gouvernement. Une liste des politiciens ou intellectuels, qui sont adhérents de ce groupe ultraroyaliste,  a même été édité sur l’encyclopédie en ligne, Wikipedia.  Son but avéré : restaurer la gloire impériale défunte et notamment la monarchie absolue et divine.

Le premier ministre abe devant l armee japonaise??Le sanctuaire controversé Yasukini, où sont inscrits (entre autres) depuis 1978 le nom de 14 anciens héros de guerre japonais (condamnés pour crimes de guerre), est devenu le lieu de pèlerinage annuel et obligatoire des nationalistes japonais. La Nippon Kaigi encourage d’ailleurs vivement ses membres à se recueillir chaque année au sanctuaire. Il est vrai que quatre conseillers internes à l’organisation sont tous des grands prêtres dirigeant des sanctuaires shintos, religion officielle des japonais. Promouvant le mythe de la race pure (elle condamne tout mariage avec des gaijin, les étrangers),  l’organisation remet en question l’histoire officielle japonaise, provoquant de vives polémiques avec d’autres pays. Ainsi, elle n’hésite pas à nier l’existence des  « femmes de réconfort » (arguant qu’il s’agissait de « femmes professionnelles ») ou  le viol de Nankin (140 000 Chinois avaient été massacrés par les Japonais en 1937).  L’ancien ministre des Affaires étrangères, Hirofumi Nakason , fils d’un ancien Premier ministre de Hiro-Hito, avait même été jusqu’à constituer une commission pour envisager « des mesures concrètes pour restaurer l’honneur du Japon au sujet des femmes de réconfort. Certains voient en cette organisation, la main financière qui soutiendrait le Gouvernement temporaire du Mandchoukouo, un groupe monarchiste sécessionniste et nébuleux  établi à Hong-Kong avec des ramifications taïwanaises, qui cherche à rétablir l’ancien régime impérial Mandchou. En réponse à ces suspicions, Pékin avait fait élever en 2014 à Harbin, la capitale de l’actuelle Mandchourie, un monument célébrant la mémoire d’ An Jung-Geun, ce jeune nationaliste coréen qui avait assassiné le Premier ministre japonais Ito Hirobumi, à la veille du renversement de la monarchie coréenne et son annexion violente par les japonais en 1910. 

Nostlagiques de la seconde guerre mondialeLe Premier ministre affiche aujourd’hui un nationalisme décomplexé dans un pays où les nouveaux manuels d’histoire expliquent encore mal les grands événements de la Seconde Guerre mondiale. Aucun devoir de mémoire à l’instar de l’Allemagne n’a été réellement réalisé au Japon. Le 15 août 2013, Shinzo Abe avait, lors d’un discours officiel, « rendu hommage aux victimes du conflit », refusant d’exprimer le moindre regret pour les actes commis par le Japon durant une décennie, entre 1930 et 1940. Un discours qui avait fortement irrité la Chine communiste et généré d’importantes tensions militaires, notamment au tour des îles disputées de Senkaku. Devant le tollé international, l’Empereur Akihito s’était cru obligé de présenter lui-même des excuses au nom du peuple japonais. Depuis lors, le premier ministre ne s’est plus montré au sanctuaire mais continue de faire envoyer des gerbes de fleurs qu’il fait déposer sur les tombes des héros de la Seconde guerre mondiale comme encore dernièrement pour le 75ème anniversaire de la reddition du Japon.

Les japonais acclament la famille imperialeLe « retour du Japon est clairement perçu comme un contrepoids à la montée en puissance de la Chine mais aussi de celle de la Corée du Sud » nous indique Edouard Pflimlin, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques. « Une alliance avec Washington reste fondamentale dans cet environnement peu stable » ajoute-t-il. Des Américains dont les nouvelles institutions sont peu regardantes devant le renouveau de cette exaltation du passé impérial, qui avait mené le pays du soleil Levant à la conquête de l’Asie (Sphère de coprospérité de la Grande Asie orientale, créant de nombreuses monarchies et républiques entièrement sous son contrôle). Il est vrai que les Américains tentent actuellement de contrer l’influence grandissante de la Russie dans l’archipel nippon (le gouvernement japonais s’était prononcé en 2013 en faveur de la proposition russe de placer sous contrôle international les armes chimiques de Syrie) sans pour autant tempérer  les velléités militaristes du Premier ministre. « Nous sommes favorables au changement des lois de défense pour que le Japon devienne un Etat normal capable de se défendre et de jouer un plus grand rôle sur la scène politique internationale » déclarait sans ambages le parlementaire Masato Muranushi.

Yuriko koikeLe Gouvernement japonais a fait passer en juin 2015, une loi qui a permis la restructuration du ministère de la défense, brisant ainsi un tabou, « afin que les soldats aient le même pouvoir au sein du ministère que les bureaucrates ». L’Izumo, fleuron de la flotte navale japonaise cité précédemment, est un symbole important de cette résurgence du nationalisme japonais puisqu’il porte le nom d’un croiseur ayant participé à la guerre…contre la Chine dans les années 1930. La nomination de Tomomi Inada au poste de ministre de la défense (2016-2017) a été un autre signe certain de la volonté du gouvernement japonais de s’affirmer sur la scène internationale et militaire. Deuxième femme à occuper ce poste recréé en 2007, elle est également connue pour ses positions nationalistes. Ainsi, elle n’a pas hésité à « défendre l'idée que l'âme, la souveraineté, l'intégrité nationale et l'identité du Japon sont sans cesse menacées par des influences extérieures, particulièrement depuis la défaite ». C’est loin d’être un cas isolé. Ancienne ministre, actuelle gouverneur de Tokyo et  membre conseil d’administration de Renault, Yuriko Koike est une membre de la Nipon Kaigi.  Elle « soutient la « Société pour la révision des manuels d’histoire », auteure d’ouvrages niant la responsabilité du Japon pendant la seconde guerre mondiale » nous indique « Le Monde ». Sa gestion de la pandémie de coronavirus a été d’ailleurs largement saluée par les habitants de la capitale japonaise. Un succès qui a rejailli sur l’organisation nationaliste qui débute chacun de ses congrès par un vibrant banzaï à l’empereur.

Nahurito l empereur du soleil levantHymne national impérial chanté dès le plus jeune âge dans les cours d’écoles, glorification de la patrie, on apprend aux étudiants japonais la fidélité à l’empire. Sur la demande du gouvernement, les livres d’histoire minimisent aujourd'hui les exactions de l’armée impériale durant la seconde guerre mondiale. Ou occultent volontairement certains faits historiques comme les exactions de l'unité 731 dont l'horreur n'avait rien à envier à celle des nazis. Ultra-monarchiste lui-même, Shinzo Abe a manifesté à diverses reprises son mécontentement lorsque l’Empereur Akihito, monté sur le trône 30 ans auparavant, a annoncé aux japonais son intention d’abdiquer en 2019. Même son de cloche parmi les membres de la Nippon Kaigi qui rendent indissociable l’autel et le trône et qui crispent des dents à chaque regret exprimé par les Tennos. Sur l’insistance de la Nippon Kaigi, le premier ministre a fait bloquer toute réforme de la loi de succession qui aurait permis aux femmes d’accéder au trône du chrysanthème en cas d’absences de succession mâle. Un sentiment nationaliste permanent que l’on retrouvait déjà au sein des arcanes du palais de Tokyo, sous l’ère Showa (1926-1989). Et peu importe que l’empereur Naruhito n’adhère pas à cette vision d’une telle monarchie absolue  régentée par le shinto,  «regarder vers l’avenir plutôt que se repentir pour le passé : telle est l’obsession de ce faucon opiniâtre [Shinzo Abe, NDLR] pour qui le Japon doit cesser de se penser comme le pays qui a perdu la guerre » rapportait Le Parisien, qui a dressé  un portrait de cet inamovible premier ministre. Un homme qui entend bien rendre ses symboles traditionnels et impériaux à un Japon millénaire dont le devoir est de « régner sur l’Asie ». Que cela plaise ou non au descendant de la déesse Amaterasu.

Copyright@Frederic de Natal

Date de dernière mise à jour : 08/07/2022

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