Les ducs de Tultengo, héritiers de l'empire aztèque

Agé de 65 ans, résident en Espagne, Juan José Marcilla de Teruel-Moctezuma y Valcárcel, duc de Tultengo, est l’actuel prétendant d’un trône qui continue d’enflammer l’imagination des européens.

«Succombant à un piège tendu par son frère et bien que loué pour sa sagesse légendaire, le dieu Quetzalcóatl fut contraint à l’exil. Obligé de prendre la mer, monté sur un radeau, il promit à son peuple qu’un jour, qu'il reviendrait comme il s’en était allé ». Transmise de génération en génération, l’empereur Moctezuma II Xocoyotzin vit dans la crainte de cette prophétie fataliste. Il règne sur un empire de 500 000 kilomètres carrés en pleine apogée  dont il a bouleversé l’ordre établi en mettant fin au principe de méritocratie qui faisait la réputation d’une monarchie conquérante vieille de deux siècles. Dans son immense palais, il accomplit fidèlement les rites religieux entouré par une noblesse (« pipiltin ») aux pouvoirs renforcés et au détriment des classes populaires (« macehualtin »). Une décision lourde de conséquences que l’empereur va bientôt payer. Selon le calendrier aztèque, le dieu tant redouté doit faire son grand retour en 1519 de l’ère chrétienne et plusieurs signes annonciateurs font craindre le pire.

La chute d'un empire inscrit dans une prophétie

En avril de cette même année, c’est un millier d’espagnols conduits par Hernán Cortés qui débarquent sur les plages du Mexique. Sur son cheval, le conquistador est vêtu de son armure qui luit au soleil. Tapis dans la jungle environnante, les indiens observent et s’empressent d’envoyer des caciques au palais impérial. Moctezuma II est tétanisé par la nouvelle et tout à ses croyances mystiques pense que le « serpent à plumes » vient assouvir sa vengeance sur son peuple.Les débuts de la conquête du Mexique ne sont pas de tout repos pour Hernán Cortés qui doit détruire ses navires afin de contraindre sa troupe de le suivre plus en profondeur des terres. Il rallie des tribus entières derrière lui, mécontentes du joug de Moctezuma II. Ce dernier tente de faire massacrer les espagnols dans la ville sainte de Choula mais sans compter  une indienne quia été offerte par les mayas  à Cortés et dont il a fait sa maîtresse, séduit par sa beauté, ses formes et la finesse de son visage. Baptisée Doña Marina, elle va devenir « la Malinche », le synonyme de trahison pour les aztèques et le symbole de la nouvelle société à venir lorsqu’elle donne naissance à Martín Cortés el Mestizo (1524-1595) au destin tout aussi haut en couleurs que celui de son père. C’est par une indiscrétion qu’elle sauve le conquistador d’un effroyable assassinat et permet à ce dernier de s’avancer aux abords de la capitale Tenochtitlan. Un spectacle saisissant pour les espagnols. 8 mois après son débarquement, Cortés rencontre enfin Moctezuma II. L’avidité des espagnols et la passivité de son souverain, qui passe son temps entre des cérémonies religieuses et son harem masculin, génère une indescriptible colère parmi les nobles. Un affrontement entre espagnols et aztèques au Templo mayor signe le début de la fin pour le Huey tlatoani du Mexique qui avait  invité ses ennemis à rester sur ses terres. Revenu d’une campagne, Cortés force Moctezuma II à apparaître sur le balcon de de son palais afin de calmer ses sujets, le 1er juillet 1520. Conspué, l’empereur est la victime d’un jet de pierres qui l’atteignent au front. Il va bientôt mourir de ses blessures bien qu’une autre version affirme qu’il a été passé au fil de l’épée par les espagnols effrayés par la tournure des événements que l’histoire va retenir sous le nom de « Noche triste » (nuit triste). La mort du monarque est le signal de la révolte. Les aztèques chassent les espagnols de la capitale et il faudra un an à Cortés pour la reprendre et quatre ans de plus pour mettre fin au pouvoir de la lignée impériale dont les différentes branches subsistent encore de nous jours, toutes issues des 8 filles et 11 fils de Moctezuma II.

 

 

Une dynastie envoyée en Espagne et qui fait souche

Son successeur n’est autre que son frère, Cuitláhuac. Intronisé le 7 septembre suivant, il meurt tout aussi rapidement des suites de la variole, maladie inconnue des aztèques et importée d’Europe dans les bagages des « faux-dieux ». Son neveu Cuauhtémoc (1497-1525) va vite incarner la résistance aux conquistadors mais doit fuir de la capitale après un siège de 3 mois, le 13 août 1521. Capturé, le dernier empereur aztèque ne révéla jamais le lieu où il avait caché son trésor en dépit des tortures qu’il subit et dont il gardera une infirmité. La découverte d’un complot, force le « capitan Cortés » à se débarrasser finalement de lui. Pendu en 1525, il laisse derrière lui un jeune enfant, Diego Mendoza de Austria Moctezuma né de ses amours avec Doña Isabel Moctezuma (1509-1551, la fille de Moctezuma II qui avait été mariée aussi à son oncle). Convertie au christianisme, la princesse fut aussi connue pour sa piété et sa générosité qu’elle fut brièvement la maîtresse du conquistador (à qui elle donnera un enfant avant d'être mariée à un offiicer espagnol. Ses descendants portent aujourd’hui le titre de comtes de Miravalle ( actuellement détenu par María del Carmen Enríquez de Luna y del Mazo). De cette lignée sont également issues les deux branches (Andrade-Montezuma et Cano-Montezuma) qui représentent la maison impériale aztèque. C’est seulement au XVIIème siècle, que la couronne espagnole daignera accorder des titres de noblesse à Don Pedro (de) Moctezuma Tlacahuepan Ihualicahuaca (1627).

Une histoire intraséquement liée au mexique et à l'Espagne

Titrés comtes, les princes de la maison impériale accèdent à la Grandesse d’Espagne en mai 1766. C’est au nom de la maison de Bourbon que le prince Jerónimo Morejón Girón-Moctezuma (1741-1819) conduira en 1793 les armées du roi d’Espagne à la conquête du Roussillon qu’il tiendra juqu’en 1794 avant de devoir reculer face aux armées révolutionnaires françaises. Plus tard, la reine Isabelle II songera même à porter la candidature du prince Antonio Maria Marcilla de Teruel-Moctezuma y Navarro à la couronne de cet empire mexicain voulu par Napoléon III avant d’y renoncer et de lui accorder en guise de compensation un duché, le 11 octobre 1865.  Une précédente tentative d'imposer un  duc « Moctezuma III » sur le trône mexicain avait même été tenté à la chute de l'empereur Iturbide en 1822 mais ce complot monté de toutes pièces avait été une catastrophe. En 1934, le gouvernement mexicain ordonne subitement la suppression de la pension mensuelle qui avait été allouée par la vice-royauté et qui n’avait  jamais été abrogée jusqu’ici. Une maison également frappée par la tragédie. Lors de la guerre civile d’Espagne, le prince Luis Moctezuma-Marcilla de Teruel y Gómez de Arteche est la victime des communistes qui le font promptement assassiner 6 septembre 1936, pillent et brulent son hacienda.

Un prétendant qui refuse toutes excuses au nom de son héritage

Il existe actuellement plus de 2000 descendants vivants principalement en Espagne, issus du rameau de Moctezuma II. Au cours des siècles, ils se sont mariés à des princesses et princes des grandes maisons d’Europe comme les Bourbon-Sicile ou les Habsbourg. Ce cousinage leur a permis d’obtenir une reconnaissance par la maison royale d’Espagne. Le 11 janvier 1992, le roi Juan-Carlos Ier a autorisé le père de l’actuel prétendant à la couronne aztèque, José Juan Marcilla de Teruel-Moctezuma VI (ou XX) y Valcárcel, à porter le titre de duc de Moctezuma de Tlutengo. Une reconnaissance symbolique alors que l’Espagne fêtait au même moment et dans la polémique l’anniversaire de la découverte des Amériques par l’explorateur Christophe Colomb. Intime du duc d’Anjou, le prince Louis de Bourbon qu’il a rencontré en 2016, José Juan Marcilla de Teruel-Moctezuma a fait récemment les principaux titres des médias lorsque le président López Obrador a exigé de l’Espagne que celle-ci s’excuse pour les crimes commis durant la conquête de l’empire aztèque alors que le Mexique commémorait le 500ème anniversaire de sa chute. « Cela m'a vraiment mis mal à l'aise de constater que la figure de mon ancêtre ([l'empereur aztèque Moctezuma II-ndlr] soit utilisée à des fins politiques. Cela n’a aucun sens de demander au roi [d'Espagne-ndlr] de demander pardon pour quelque chose qui s’est passé il y a cinq siècles (...). Au Mexique, ils ont malheureusement pris l’habitude de s’occuper davantage des Indiens morts que des vivants. C’est le problème » avait alors déclaré le prétendant au trône au journal « ABC » qui l’interviewait. La famille impériale n’est d’ailleurs pas absente de son pays d’origine.

Chaque année, elle organise des conférences et rencontres entre les différentes branches de la maison impériale précise la version hispanophone de la BBC qui a récemment couvert la rencontre inédite entre les descendants de Moctezuma II et ceux Hernán Cortés en 2019, dernier chapitre d’un roman historique qui n’a pas encore livré tous ses secrets.

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Date de dernière mise à jour : 01/04/2024

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