Le prince Quentin Kawananakoa, prétendant au trône d'Hawaï

Salle du trône du palais de Iolani«Si les Américains voulaient faire quelque chose pour restaurer la monarchie, ce serait bien. Mais aucun Hawaïen ne ferait quoi que ce soit pour blesser l'Amérique. Nous aimons trop l'Amérique». Situé en pleine Océanie, l’état d’Aloha est bordé par des eaux cristallines qui ont fait sa réputation. Paradis du surf, popularisée par diverses séries à succès, l’île d’Hawaï a été annexée au cours d’un coup d’état orchestré par les planteurs américains qui se sont empressés d’abolir sa monarchie, à peine âgée d’un siècle. Ultime vestige d’un passé révolu, le palais de Iolani accueille toujours des réceptions grandioses qui rappellent les grandes heures de la maison des Kamehameha. Ancien député, le prince Quentin K?hi? Kaw?nanakoa est un des multiples prétendants au trône.

Les Etats-Unis abritent une variété de tribus traditionnelles mais peu ont réussi à accéder à un statut de royaume indépendant et reconnu internationalement. C’est à la fin du XVIIIème siècle que Kamehameha réussit à unifier toutes les tribus de l’archipel sous son seul sceptre. La monarchie d’Hawaï est née et va vite se retrouver au centre d’une lutte d’influence politico-religieuse entre français et britanniques qui se la disputent. La maison royale adopte rapidement les us et coutumes occidentaux tout en sacrifiant à Kanaloa, le dieu mythique de l’île. L’île prend son essor avec l’industrie sucrière qui va devenir peu à peu un enjeu de taille pour les nombreux planteurs américains qui s’installent à Hawaï et la source d’un conflit permanent avec la monarchie qui impose ses prix afin de garder sa pleine souveraineté. Une monarchie mise sous pression par Washington qui entend installer une base navale sur Pearl Harbor, dont le nom restera tristement attaché à une des tragédies de la Seconde guerre mondiale.

La reine Lili?uokalaniEn 1887, le roi David Kal?kaua est  contraint, sous la menace d’un éventuel assassinat, de signer la «constitution des baïonnettes» qui affaiblit considérablement son pouvoir. Premier coup de serres de l’aigle américain qui impose (entre autres) aux hawaiens le droit de vote aux planteurs sans que ceux-ci soitent obligés de renoncer à leur citoyenneté américaine. Excédés par cette omniprésente ingérence, une tentative de coup d’état contre le roi, pour le remplacer par sa sœur, est organisés  en vain par les royalistes . Lorsque la reine Lili?uokalani monte sur le trône en 1891, la situation a atteint un point de non-retour. Au palais, deux tendances s’opposent. Celle qui souhaite le rétablissement des pouvoirs du souverain et celle qui mine la monarchie. Lorsqu’elle met en place une loterie nationale et décide de contrôler le marché de l’opium, la reine Lili?uokalani signe sans le savoir la fin de la monarchie. Le 17 janvier 1893, les planteurs s’emparent du palais et proclament la république avant qu'elle ne soit purement annexée par les Etats-Unis, cinq ans plus tard. Un épisode qui a été mis sur grand écran en 2011 avec la sortie du biopic, à succès, sur la vie de la princesse Victoria Kaw?kiu Ka?iulani Cleghorn (1875-1899), héritière au trône.

Dans les veines du prince Quentin K?hi? Kaw?nanakoa coule le sang de cette histoire tumultueuse. Un des nombreux prétendants au trône, il a 58 ans. L’homme est loin d’être un inconnu des hawaïens. Il descend du prince David Kaw?nanakoa (1868-1908), désigné héritier par le roi David Kal?kaua dans son testament, premier champion de surf en californie. Nationaliste, le prince David Kaw?nanakoa fut un des acteurs majeurs de la résistance royaliste qui tente de reprendre le trône au cours de la « contre-révolution de 1895».  Après l’échec des royalistes, il est arrêté pour haute trahison mais faute de preuves, il est finalement relâché. La politique est une affaire de famille. Dans la foulée, le prince Kaw?nanakoa fonde le Parti démocrate sur l’île et réussit à le faire affilier aux démocrates américains. C’est un succès, un prince est élu à la tête d’un mouvement qui va lui aussi marquer l’histoire américaine, notamment dans les années 1950 où il organisera une seconde révolution non violente. Son mariage avec Abigail Wahi?ika?ahu?ula Campbell Kaw?nanakoa (182-1945) lui apporte une fortune considérable et quelques prises de bec avec elle sur le devenir politique de Hawaï qui se dessine  désormais en rouge blanc bleu étoilé.

Quentin K?hi? Kaw?nanakoaLe prince Quentin K?hi? Kaw?nanakoa a hérité de son arrière-grand-mère le même goût pour la politique. Prétendant officiel au trône d’Aloha, il s’est engagé au sein du Parti Républicain. C’est un pur produit des deux cultures qui  a grandi à Honolulu. Il n’est pas le seul prince à avoir adhéré au parti qui a porté récemment le président Donal Trump au pouvoir. Son arrière grand-oncle, le prince Jonah K?hi? Kalaniana?ole (1871-1922) fut aussi membre des Républicains (PR), localement appelé un temps « Home Rule Party ». Tout en continuant de se battre pour l’indépendance et la restauration de la monarchie, a participation dans la tentative de coup d’état en 1895 vaudra au prince Jonah une année de prison. Il sera un des élus du PR au Congrès américain, remportant pas moins de 10 élections locales. Quoi de plus naturel pour Quentin K?hi? Kaw?nanakoa que de se présenter aux élections de janvier 1995 et se fait élire comme député d’Hawaï. Il occupera ce poste durant 4 ans. Ses discours en faveur de ses compatriotes se font remarquer. A Hawaï, on continue d’honorer les rois de la dynastie Kamehameha avec une certaine ferveur comme on entretient leur mémoire avec comme symbole principal, le palais royal d’Iolani qui organise régulièrement des réceptions dignes des grandes heures de la monarchie défunte.


Défilé de la garde royale au Palais de IolaniLorsqu’il entame la campagne pour sa réélection en 1998, les sondages lui prédisant une victoire certaine, il annonce subitement qu’il doit se retirer de la politique. Les suites d’une hospitalisation pour hypertension ne lui permettent plus d’assurer ses meetings. D’ailleurs a-t-il songé à revendiquer son trône officiellement ? Non. Il est conscient de son héritage mais aussi réaliste. Certes, le paysage local compte un certain nombre de mouvements monarchistes divers et de nostalgiques mais l’idée d'un retour à la monarchie est assez minoritaire et le prince le sait. «Si les Américains voulaient faire quelque chose pour restaurer la monarchie, ce serait bien. Mais aucun Hawaïen ne ferait quoi que ce soit pour blesser l'Amérique. Nous aimons trop l'Amérique» avait déclaré un jour la princesse Abigael, fille du prince David Kaw?nanakoa et qui résume encore toute la pensée de du prince Quentin. Lui-même avoue que ses titres ne sont  «que purement qu’honorifiques». «Je ne me fais aucune allusion concernant ce sujet, mais je suis certainement fier du travail accompli mes ancêtres qui étaient membres la famille royale» avait-il déclaré  lors d’une interview,en 2006. «Mais aujourd'hui, nous ne faisons que maintenir une flamme culturelle à travers une certaine nostalgie  et qui fait que pour de nombreux Hawaïens, je pense, je suis le prétendant »

Les princes Quentin et Riley Kaw?nanakoa«Je le reconnais, la politique est ma grande passion et je le fais pour servir nos îles ». La même année que cette interview, il tente de nouveau de se présenter à une élection au Sénat, cette fois. C’est échec, le siège lui échappe de quelques voix. Avec 45% des voix qui se sont portés sur sa liste, à peine 200 votes le séparent de son concurrent victorieux. Un épisode qui se répète à un millier de voix près  lorsqu’il essaye de retrouver son poste au Congrès, en 2008.  

Son mariage avec Elizabeth Broun, une barbadienne, en 1995, lui a donné deux fils Kincaid (23 ans) et Riley (21 ans) Kaw?nanakoa, actuels héritiers de la couronne. Un trône qui lui est contesté toutefois par différentes branches de la maison royale d’Hawaï, notamment par la princesse Abigail Kinoiki Kekaulike Kaw?nanakoa (94 ans), arrière petite-nièce  de la reine Lili?uokalani, qui a fait récemment les titres de la princesse locale pour son mariage avec sa compagne, Veronica Gail Worth, accusée par différents membres des Kaméhaméha de vouloir faire main basse sur la fortune familiale. Le prince Quentin K?hi? Kaw?nanakoa demeure toujours une voix politique sur l’île qui le traite avec déférence lorsqu’il est invité à présider des cérémonies locales et «qui reste dans le radar des hautes sphères de son parti» de l’aveu même d’un de ses collègues du Congrès.

Copyright@Frederic de Natal

Date de dernière mise à jour : 17/05/2020

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