La « Belle province » souhaite l’abolition de la monarchie !

Les indépendantistes québécoisLe jour est symbolique. Le 21 janvier dernier, après des mois de tensions, la Gouverneur-générale Julie Payette a remis sa démission à la reine Elizabeth II. Accusée de harcèlement et de comportement dictatorial, d’avoir généré « un climat de travail toxique » à Rideau Hall, cette ancienne astronaute avait été nommée à ce prestigieux poste en juillet 2017 dans des conditions controversées. Une affaire qui embarrasse la couronne britannique et qui a des répercussions inattendues au Québec. Soutenus par une majorité de canadiens francophones qui souhaiterait l’abolition de la monarchie selon un récent sondage, les indépendantistes du Parti Québécois (PQ) ont appelé les élus à se positionner sur l'avenir  de cette institution dans la « Belle province ».  

Julie payetteL’enquête a été dévastatrice pour Julie Payette nommée au poste de Gouverneur-général du Canada et sur la proposition du Premier ministre Justin Trudeau, il y a 3 ans. Le golden boy ne tarissait alors pas d’éloges sur cette scientifique et astronaute renommée qui a dirigé le Centre des sciences de Montréal. Accusée de « rabaisser, réprimander et d’humilier publiquement le personnel » de Rideau Hall, la résidence officielle des représentants de la reine Elizabeth II dans cette partie de l'Amérique du Nord, les démissions s’enchaînant, le Premier ministre canadien a dû finalement se résoudre à approuver la mise en place d’une commission chargée de vérifier la véracité des critiques dont faisait l’objet Julie Payette. Pour beaucoup de canadiens, la nomination (sans passer par le processus habituel) de ce «  génie en perdition » avait été un mauvais casting  dès le départ et la monarchie en paye durement le prix.

Très rapidement les indépendantistes francophones du Parti Québécois (PQ) se sont engouffrés dans la brèche. Dans une entrevue avec « Métro », Paul St-Pierre Plamondon a déclaré que le poste de Gouverneur–général « était parfaitement inutile ». Créé en 1867, il faudra attendre un siècle avant qu’un canadien n’occupe ce poste honorifique « selon le bon vouloir de Sa Majesté ».  « Malheureusement, ça nous rappelle que le Québec est coincé dans un régime colonial complètement désuet et archaïque depuis plusieurs siècles. Le constat, c’est que [la monarchie] ne sert à rien et que ça coûte cher » a affirmé le leader du PQ.  Troisième parti d’opposition au parlement provincial, la dizaine d’élus péquistes va déposer une motion réclamant « à Ottawa le remboursement des coûts pour la monarchie défrayés par le Québec et l'abolition des différents symboles de la monarchie dans la province, dont le poste de Lieutenant-gouverneur ».  L’idée pourrait paraître saugrenue aux monarchistes canadiens qui ne jurent que par la famille royale et son roc, « Queen Elizabeth II », mais elle est prise très aux sérieux par les québécois qui entendent toujours prendre une revanche sur l’Histoire. « Il y a beaucoup d’embûches sur le plan constitutionnel mais l’Assemblée nationale ne doit pas s’empêcher de faire des lois qui reflètent la volonté des Québécois »  explique Paul St-Pierre Plamondon au journal « Métro ». «Si un parti est contre l’abolition de la monarchie au Québec, je suis bien curieux de savoir quels arguments il pourrait mettre de l’avant » demande le leader du PQ . « Il y a une évolution de la pensée des Québécois qui, je pense, sont pour la vaste majorité en faveur de l’abolition de la monarchie » renchérit cet ancien animateur de Radio.

Elizabeth ii au canadaPaul St-Pierre Plamondon ne croit pas si bien dire. Selon un sondage commandé par le « Journal de Montréal », les trois quarts des habitants de la « Belle province » (75%) souhaiteraient l’abolition « pure et simple » de la monarchie. A peine 6% des québécois et 14% des non francophones affirment être attachés à l’institution royale dans cette partie du Canada. Il est vrai qu’un autre précédent n’a pas aidé à redorer le blason de la fonction royale au Canada Les dépenses incroyables de la Lieutenant-générale Lise Thibault ( de 1997 à 2007) avaient défrayé la chronique et fait les titres des principales manchettes quotidiennes en son temps. « Non seulement la structure est perçue comme étant désuète, mais ses représentants ont perdu de la crédibilité. Je n’ai jamais vu de chiffres aussi pires pour la monarchie [au Québec] depuis que je fais des sondages » a déclaré Jacques Léger, le président de l’institut de sondage qui porte son nom. « La simple idée d’un pouvoir transmis héréditairement n’a évidemment aucun sens de nos jours. À mon sens, il faudrait remplacer le gouverneur général par un président d’ici, un personnage officiel sans réel pouvoir décisionnel, mais qui incarne l’État et assure la passation des pouvoirs de manière ordonnée » peut–on lire dans les colonnes de « Québec Hebdo ». « A la condition, bien sûr, d’obtenir une modification constitutionnelle qui présuppose l’unanimité des provinces «  précise toutefois le quotidien qui se heurte aux réalités de la démocratie.  « L’heure a définitivement sonné pour la monarchie au Québec. Un moment donné, il faut se regarder dans le miroir et faire des choix cohérents avec la volonté du peuple québécois » affirme Paul St-Pierre Plamondon qui entend faire sa révolution constitutionnelle et pourquoi pas provoquer la mise en place un second référendum sur l’indépendance du Québec.

Paul St-Pierre PlamondonEn octobre 1995, les québécois avaient été appelés à se prononcer sur cette question et le « non » l’avait emporté d’une courte tête avec 51% contre 49%. Un enthousiasme qui pourrait être douché. Car même si l’idée n’a pas disparue du subconscient des cousins nord-américains de la France, un pays qui a été étroitement lié à son histoire et dont les Lys sont toujours l’emblème du Québec, elle n’attire à peine que 31% des jeunes québécois de  18-34 ans. 43% des québécois interrogés  en octobre dernier pensent d’ailleurs que le combat pour le souverainisme « est totatlement dépassé » contre tout juste un tiers qui souhaite la poursuite de ce combat symbolique. Il est vrai que seuls 20 députés sur 125 élus au parlement québécois défendent encore l’idée d’indépendance. « Les québecois devraient tirer les conclusions qui s’imposent. Ils sont comme ce gars qui n’aime pas les hamburgers, les cheeseburgers, les frites ni le coke [coca-cola-ndlr] mais qui veut aller manger à Mac Donald » ironise le journaliste-chroniqueur, Richard Martineau qui rappelle que le seul Canada peut décider ou non de réformer ses institutions actuelles. Tout est dans la contradiction au Québec. La question de la suppression du poste de Gouveneur-général est boite de pandore  que les députés ne se risqueront pas à ouvrir. « Il y a certainement mieux à faire que de s'occuper de cela, on ne change pas l'ordre constitutionnel comme ça, sur le coin d'une table » comme précise dans sa chronique Jean-Marc Salvet, journaliste à « Le Soleil ». La Monarchie ? 45% des canadiens souhaitent son maintien contre 39%, laissant penser qu'elle encore de beaux jours devant elle. Le Québec Libre ? Un vieux fanstame dont plus personne ne se souvient réellement et qui ne fait plus recette dans la « Belle province ».

Copyright@Frederic de Natal

Date de dernière mise à jour : 04/02/2021

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