Au service de sa Majesté !

Elizabeth II au CanadaCréée en 1970 en pleine résurgence du nationalisme québécois, la Ligue monarchiste du Canada compte aujourd’hui plus de 17 000 membres répartis au sein de plusieurs sections. Dont deux dans la « Belle-province ». Loin de tout esprit républicain et indépendantiste qui secoue régulièrement le Québec, un jeune homme de 29 ans entend malgré tout se battre pour maintenir l’idée de monarchie constitutionnelle au sein de la plus francophone des provinces du Canada.

Etienne Boisvert, ancien étudiant en sciences politiques à l'Université de Sherbrooke et actuel coordinateur pour le Québec de la Ligue monarchiste a bien du mal à cacher son amour pour la monarchie des Windsor. Chez lui, tout respire l’empire britannique. Portrait de « The Queen » comme il l’appelle dans un anglais qui cache mal son français, drapeau de l’Union Jack cohabitant avec celui du Canada orné de son symbole, l’érable, sa bibliothèque est une caverne d’Ali baba pour tous les amoureux de l’histoire du Royaume-Uni. Le jeune homme est conscient que l’idée monarchique n’est pas majoritaire au Québec. En 2016, pour le 90ème anniversaire de la reine Elizabeth II, un sondage commandé par l’Angus Reid Institute affirmait que 58% des québécois répugnaient à appeler et reconnaître la souveraine comme tel. Mais pour Etienne Boisvert, la monarchie est «une institution non partisane et rassembleuse». La question du coût de la monarchie qui est sempiternellement avancée par les plus irréductibles des nationalistes de la province, le jeune homme la balaye rapidement. Le budget fédéral se porte à plus de 280 milliards de dollars canadiens. Ors les canadiens ne dépensent dans leur ensemble que 75 millions pour entretenir la Couronne. « Une petite fraction du budget en somme soit 1.53 dollars par habitants » dit –il avec un sourire.

Une jeune reine au CanadaL’antagonisme entre anglais et français a toujours été présent au Canada. L’honneur de sa « découverte » revient indubitablement à Jacques Cartier qui remonte le fleuve Saint-Laurent en 1534. Au nom de François Ier, on déclare ces terres possession du royaume des Valois. La Nouvelle-France est née, elle ne va pas tarder à exciter les appétits des anglais qui se jettent à la conquête de cette province française outre-mer. En 1763, la défaite française lors de la guerre de 7 ans accorde définitivement aux britanniques l’Acadie (dont les habitants vont être massivement déportés dans un épisode que l’histoire a retenu sous le nom « Grand dérangement »), le Canada et la partie orientale de la Louisiane. Etienne Boisvert ne l’ignore pas mais ne voit pas dans la monarchie ce symbole de colonisation que dénoncent dans leurs discours les indépendantistes. Pour le porte-parole de la ligue, « ce système fait partie de l’identité nationale et qui a apporté la démocratie au pays », citant en exemple un édit de Louis XIV qui interdisait à ses sujets nord-américains l’accès à l’imprimerie. Alors « oui, la couronne est associée à l’envahisseur anglais, mais on parle d’événements qui se sont déroulés il y a 300 ans. Ce n’est plus du tout la même institution qu’autrefois » concluait-il à ce propos lors d’une interview accordée à un journal de Montréal.

D’ailleurs le jeune monarchiste n’en perd pas moins son objectivité politique. Pour les « souverainistes, peu importe le nom que l’on donnera à la reine (qui a effectué plus de 30 visites officielles dans son royaume depuis 1951), elle incarne tout ce qu’ils détestent au Canada » dit-il tout reconnaissant volontiers que la monarchie suscite peu de passions au Québec. D’ailleurs, sa section n’a que 300 à 500 membres* dans toute la ville de Québec. Peu importe, Etienne Boisvert entend rappeler que si « le premier ministre a l’agenda politique (…), la monarchie reste la clef de voûte de l’unité canadienne ». Et il est loin d’avoir tort.

La famille royale continue pourtant de mobiliser les foules ici. On se passionne pour la vie et les scandales de ces « royalties » et on n’hésite pas à évoquer ses préférences sur tels ou tels membres de la famille royale d’Angleterre. Au Canada, le prince William est en tête des sondages avec plus de 71%, loin derrière le prince Charles qui ne recueille à peine de 46% de soutiens. Le prochain décès à venir de la reine Elizabeth II est déjà vécu comme un psycho-drame pour Etienne Boisvert qui redoute ce jour. Mais en tant que monarchiste, il souhaite que l’avènement du futur Charles (III ou Georges VII) soit « l’occasion de réinventer la monarchie ». «Les projecteurs sont toujours tourné sur la reine et le prince William. On oublie souvent toute l’action caritative du prince Charles, un des premiers individus sur la planète à parler de réchauffement climatique » ajoute-il fièrement.

Revue des gardes par Elizabeth IILe débat sur la monarchie n’en finit pas pourtant d’agiter le pays. En juillet 2017, nommée 29ème gouverneur général du Canada et 4ème femme à occuper ce poste, Julie Payette avait esquivé la question qui lui avait été posée sur la pertinence de maintenir la monarchie dans un pays où53% des canadiens se disaient encore attachés à la monarchie britannique et dont l’actuel premier ministre, Justin Trudeau, entretient d’excellentes relations avec les deux fils de Lady Diana. N’en déplaise au mouvement républicain canadien (dirigé par Tom Freda) dont l’origine politique remonte aux premiers soulèvements anti-monarchiques en 1837 et qui aboutira à la seule expérience éphémère de république que le Canada ait jusqu’ici connu.

Dernière victoire en date des jeunes monarchistes de la Ligue. Avoir fait bloquer le 14 février dernier, une résolution débattue lors du congrès du Nouveau Parti démocratique qui entendait réclamer l’abolition de la monarchie après le décès de la Reine Elizabeth II. Et qui s’ajoute à une longue liste tel que la « conservation du Dominion Day, l’érection d’une statue équestre de la reine sur la colline parlementaire (ce qui a été fait en 1992), l’obligation pour chaque bureau de Postes Canada de vendre des timbres à l’effigie de la reine, etc. ».

« Reste désormais à éveiller les consciences » dit Etienne Boisvert qui se félicite que le site internet de la Ligue possède enfin une version en langue française.

Copyright@Frederic de Natal

Publié le 25/03/2018

https://www.youtube.com/watch?v=34BdYV-MWIU : paroles de monarchistes québécois

Date de dernière mise à jour : 24/04/2020

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