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Le roi du Bunyoro et la colonisation britannique

Le roi solomon gfabusa iguru ier« Les Britanniques ont incendié des maisons, détruit des récoltes et introduit la syphilis dans mon royaume. S‘ils n'avaient pas détruit notre royaume, nous serions aujourd'hui une superpuissance». Le torchon n’en finit pas de brûler entre le royaume du Bunyoro-Kitara, une monarchie traditionnelle située en Ouganda, et le Royaume-Uni. L’Omukama (roi)  Solomon Gfabusa Iguru Ier ne décolère toujours pas. Depuis 2007, ce souverain cherche, en vain,  d’obtenir des tribunaux une condamnation officielle de Londres et une substantielle compensation financière de la part de Buckingham Palace qui n’a fait aucun commentaire sur cette plainte qu’il a déposé. Une plainte en forme de « procès de la colonisation » qui fait étrangement écho aujourd’hui aux réclamations du mouvement Black Lives Matter.

Colonisation britannique de l ougandaLe Bunyoro-Kitara est un royaume quasi inconnu du commun des mortels. Situé en Ouganda, en Afrique de l’Est, c’est  l’une des quatre monarchies traditionnelles d’Ouganda restaurée dans ses droits régaliens en 1993 après presque trois décennies d’exil forcé. L’Omakuma (roi) Solomon Gfabusa Iguru Ier règne sur une population d’un million d’habitants répartis sur une surface de 19000 kilomètres carrés. Il aurait pu être indépendant si l’histoire n’en avait pas décidé autrement. C’est au cours de la fin du XIXème siècle que les premiers contacts entre les anglais et le Bunyoro-Kitara sont établis. La course à la colonisation de l’Afrique est alors enclenchée et cette monarchie qui doit sa richesse à ses activités commerciales (notamment avec la vente de l’ivoire)  va rapidement tomber dans l’escarcelle du « Foreign Office » (ministre des Affaires étrangères). Le roi Chwa II Kabaleega signe un traité de protectorat avec les anglais afin que Londres le protège de son voisin et ennemi, le puissant royaume du Bouganda. Un siècle plus tard, son descendant estime que ce traité a inféodé la monarchie du Bunyoro-Kitara et souhaite que les britanniques payent pour les années de colonisation imposée.

Elizabeth II en Ouganda« Ils sont responsables de la mort de 2,4 millions de personnes. De plus, ils ont volé le bétail et l’ivoire de mon grand-père » affirme le roi Solomon Gfabusa Iguru Ier. Lorsque la reine Elizabeth II est venue en 2007, à Kampala, la capitale de l’Ouganda, dans le cadre d’un sommet du Commonwealth, le monarque a retourné sèchement l’invitation officielle reçue de Buckingham Palace. « Les Britanniques ont incendié des maisons, détruit des récoltes et introduit la syphilis dans mon royaume. S’ils n'avaient pas détruit notre royaume, nous serions aujourd'hui une superpuissance et nous pourrions même dire aux Etats-Unis de se taire » renchérit le roi Solomon Gfabusa Iguru Ier. C’est pour cela qu’il a fini par déposer officiellement une plainte contre la monarchie britannique trois ans après la visite de « The Queen », exigeant  3 billions de livres sterling (alors 5 500 milliards de dollars) de sa part pour «les atrocités présumées commises par ses soldats pendant la période coloniale »

Solomon gfabusa iguru ierL’Ouganda a pris son indépendance en 1962 et placé à sa tête le roi du Bouganda, Mutesa II l’Union Jack a été retiré de son mat pour être remplacé par celui d’une république fédérale  qui sombre vite dans l’instabilité politique. C’est un coup d’état en mars 1966, orchestré par le Premier ministre Milton Obote qui chasse Mutesa II de son poste et qui le contraint à l’exil. Un an plus tard, les monarchies sont toutes abolies et le Bunyoro n’échappera pas à son sort.  Fort de son nouveau statut retrouvé, l’Omukama entend obtenir des réparations de Londres à qui il n’a pas pardonné d’avoir fait déposer son grand-père, jugé trop rebelle par les colons qui l’ont exilé aux Seychelles où il est mort en 1923.  Le quotidien « The Telgraph » qui s’est intéressé à cette affaire a rapidement fait les calculs : « si le royaume de Bunyoro gagnait le montant qu'il prétend, cela équivaudrait à ce que chaque Britannique paie plus de 60000 livres. Le gouvernement britannique serait contraint de nationaliser les entreprises privées et l'économie du monde occidental serait probablement plongée dans la dépression. Mais les 800 000 sujets de Bunyoro recevraient chacun 4,63 millions de livres sterling ». Un montant simplement exorbitant et démesuré. Pourtant, un porte-parole du royaume, Ernest Kizza, ne pense pas que le paiement affecterait gravement l'économie britannique. «Je suis sûr qu'ils peuvent se le permettre», a-t-il déclaré. «Je pense qu'ils ont dépensé autant en Irak. Mais c'est leur problème ».

Elizabeth  II saluéeLa cour internationale de la Haye a débouté, en 2005, le roi Solomon Gfabusa Iguru Ier qui n’entend pas rendre les armes pour autant. D’ailleurs, l’affaire a tellement été prise peu sérieusement par le gouvernement britannique que celui-ci n’a pas daigné se présenter au double procès initié par l’Omukama. Un souverain qui n’a pas été en mesure de se justifier non plus. Le monarque a donc re-déposer une nouvelle plainte sept ans après avoir perdu son procès, réclamant désormais 700 millions de livres sterling.  Les représentants du royaume du Bunyoro ont chargé un cabinet d'avocats basé en Angleterre, Cameron Clarke, de poursuivre le Royaume-Uni « pour invasion, violations atroces des droits de l'homme et saisie de leurs terres à l'époque coloniale ». A l’heure du Black Lives Matter, la plainte résonne comme un procès de la colonisation qui trouve un écho relatif parmi la population. «Le président Yoweri Museveni nous a rencontré deux fois. Lors de la deuxième réunion, le 16 juin 2009, à State House, il nous a informés que 700 millions de livres avaient  bien été reçus du gouvernement de Sa Majesté la reine d'Angleterre à titre de règlement à l'amiable de nos réclamations » affirme, le plus sereinement du monde, la monarchie du Bunyoro. Contacté, le gouvernement ougandais reconnaît son embarras dans cette affaire et déclaré que «la question sur le sujet est délicat».

La cour royaleLe roi du Bunyoro a-t-il véritablement reçu de l’argent de la part de Buckingham Palace ? La monarchie britannique refuse de faire le moindre commentaire à ce sujet. C’est d’ailleurs peu probable. Le roi Solomon Gfabusa Iguru Ier attends toujours ses indemnités de compensation. Officiellement, le président Museveni aurait « oublié de donner des instructions au ministère des Finances afin libérer la somme reçue de Londres et due au  Bunyoro » affirme la cour royale de cette monachie traditionnelle.  Ce que dément l'ancien attaché de presse présidentiel,  Tamale Mirundi qui rejete ces allégations: « J'ai assisté aux réunions entre le président Museveni et la reine d'Angleterre et il n'y a eu aucun accord ou montant d'argent spécifique donné à Museveni. Il n’est donc pas vrai que l’argent ait été payé et détourné ». Les avocats du Bunyoro-Kitara s’efforcent maintenant de « déterminer précisément à quel stade l’affaire en est arrivée avec le gouvernement de Sa Majesté et ce qui s’est réellement passé entre les gouvernements de la Grande-Bretagne et de l’Ouganda » tant on ne sait plus où elle en ait. Perdue dans les méandres de l’administration. « Nous sommes disposés à négocier un règlement à l'amiable à condition que la Grande-Bretagne montre de l'intérêt sur la question » affirment-ils. La plainte court–elle toujours  ou a t-elle été abandonnée? On n’en saura pas plus mais elle aura eu le don de nous faire sourire.

Copyright@Frederic de Natal

Date de dernière mise à jour : 11/10/2020

Commentaires

  • BARON D'AUZAT

    1 BARON D'AUZAT Le 06/06/2021

    Bonjour à tous,

    Je vous remercie de l'article concernant Sa Majesté l'Omukama Solomon, Chef de la Maison Royale du Bunyoro-Kitara (Ouganda), que j'ai lu avec d'autant plus d'attention que Sa Majesté m'a nommé son Plénipotentiaire en France, et Conseiller spécial pour les affaires culturelles et historiques. Bien entendu, je ne me prononcerai pas sur le contentieux entre notre Maison Royale et la Couronne britannique. Je me permets -simplement- de souligner l'importance historique du Royaume, et le travail inlassable des Collaborateurs de Sa Majesté, pour arriver à des solutions satisfaisantes. Comme disait Sa Majesté Impériale Haïlé Sélassié, dernier Empereur d'Ethiopie : "IL NE FAUT JAMAIS DESESPERER DE DIEU, NI D'UNE CAUSE JUSTE" !... Bien amicalement à tous, BARON D'AUZAT -

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