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Mohammed VI, véritable et seul gagnant des élections législatives

(de gauche à droite), Moulay Hassan, Mohammed VI, Moulay  RachidLa récente défaite aux élections du Parti de la justice et du développement (PJD), la droite islamiste au pouvoir depuis 2011, sonne comme une revanche pour le roi Mohammed VI. Le monarque a chargé les libéraux du Rassemblement national des indépendants (RNI), véritables vainqueurs du dernier scrutin législatif et réputés proches du palais royal, de former le prochain gouvernement du Maroc. Un royaume en proie actuellement à un violent conflit diplomatique avec son voisin algérien. Une coalition au pouvoir qui inclut le parti historique de l'Istiqlal (PI) et les monarchistes du Parti authenticité et modernité (PAM), tous deux assujettis à la parole d'Al-Amir al-Mouminine, le Commandeur des croyants. 

Un roi populaireIl va devoir gouverner avec une large coalition mais le Rassemblement national des indépendants (RNI) d’Aziz Akhannouch a de quoi être satisfait. Aux dernières élections législatives du 8 septembre, les partisans du roi Mohammed VI ont balayé les islamistes du Parti de la justice et du développement (PJD), au pouvoir depuis deux décennies et qui entretenaient des relations houleuses avec le Commandeur des croyant (Al-Amir al-Mouminine). C’est même une surprise inattendue pour les médias internationaux mais pas pour les marocains qui avaient montré ces derniers temps des signes palpables d’irritations envers le PJD. Ils ont décidé de sanctionner les islamistes, proches de la mouvance des Frères musulans  (ils passent de 125 à 12 sièges) et préféré donner les rênes du pouvoir à un puissant homme d’affaires nommé immédiatement Premier ministre par Mohammed VI. Un monarque qui œuvre en coulisse depuis 3 ans et qui sapait ouvertement les ambitions des islamistes pour un nouveau mandat. 

«Le gouvernement nommé par le roi Mohammed VI consacre le grand retour décomplexé de la « monarchie exécutive ». Il marque la défaite cinglante des islamistes qui comptaient conforter leur influence politique depuis leur victoire aux législatives et ferme la parenthèse d’une expérience contrainte par les effets des Printemps arabes » écrivait prophétiquement le quotidien « Le Desk » en 2017 . Le fils du roi Hassan II n'a jamais fait mystère de son animosité envers le PJD, avec lequel il était obligé de composer depuis la réforme de la constitution de 2011. Une constitution qui le forçait à respecter le résultat des élections et nommer un Premier ministre issu du parti ayant remporté la majorité des suffrages exprimés. En nommant Saad-Eddine El Othmani à la tête du gouvernement en 2016, le souverain avait déjà préparé le terrain à ses alliés en leur conférant des postes stratégiques en dépit des protestations du PJD. Dans ces lourdes négociations qui avaient tournées en faveur du roi Mohammed VI, le monarque avait su paver d’or le chemin pour le Rassemblement national des indépendants (RNI). « La monarchie essaye de reprendre la main et revoir la carte du champ institutionnel de sorte à ce que le PJD ne reste plus la force dominante » avait même fait remarquer avec justesse et à cette occasion le politologue Mohamed Madani.

Maroc signe les accords d'AbrahamUn véritable coup de force du roi Mohammed VI qui a été à bonne école et devenu la bête noire des islamistes de DAESH. Un monarque qui a réussi à éteindre toutes velléités de « Printemps arabe » sur son sol. Lorsqu’il accède au trône en 1999, le jeune Mohammed VI traîne derrière lui toutes les rumeurs possibles et la réputation de fêtard parisien. Sur ses épaules, le legs de son père, un lourd héritage de conservatismes, d’autoritarisme, de prédation et de répression » écrit Fouad Abdelmoumni dans « Le Maroc et le Printemps arabe ». Pourtant, le nouveau souverain va vite se révéler un fin tacticien et faire le ménage autour de lui, insuffle un vent nouveau dans la monarchie chérifienne. Pas assez au regard d’une jeunesse avide de démocratie et revendicatrice. En décidant d’anticiper les demandes de ses sujets, il a noyé dans l’œuf les contestataires du Mouvement du 20-Février en renforçant le rôle du parlement, en séparant les pouvoirs et en approfondissant le pluralisme politique. Un cadeau dont il s’est mordu les doigts plus tard avec l’arrivée au pouvoir du PJD qui a su exploiter le mécontentement populaire et qui a contraint Mohammed VI à agir avec une main de fer dans un gant de velours. Pari gagné pour ce descendant du prophète à la santé désormais chancelante (et dont la presse  annonce le décès prochain à chaque nouvel an) et qui priuve qu'il conserve des prérogatives assez larges au sein de cette monarchie constitutionnelle. 

Moulay Hassan et le roi Mohammed VILa volonté du PJD de remettre en cause cette démocratie en tentant de faire voter une loi liberticide et de contrôle de réseaux sociaux (alors qu’il n’arrive pas à se prévaloir d’un glorieux bilan en matière d’inégalités sociales) a été la décision de trop. Pis, en signant les accords d’Abraham (qui reconnaît l’état d’Israël), le roi Mohammed VI a achevé les islamistes qui ont été poussés à suivre le roi malgré eux. En mettant en place une politique de prévention sanitaire contre le covid-19 jugée efficace par la communauté internationale, l'institution royale n’a cessé de gagner des points dans l’opinion et un soutien au régime qui s'est traduit également par le retour des vieux partis tels que le Parti authenticité et modernité et le Parti de l'Istiqlal (nationalistes indépendantistes) avec plus de 80 sièges chacun au Parlement. De quoi donner à la royauté les coudées franches pour continuer son lot de réformes et solder le récent contentieux avec l’Algérie qui a abouti aux récentes ruptures diplomatiques entre ces deux pays voisins. Avec en fond de toile les revendications d'indépendance des saharaouis, soutenus par Alger. Pour tous les observateurs politiques locaux, c'est Mohammed VI qui reste finalement le véritable vainqueur de ce scrutin. Un monarque qui a démontré qu’il maîtrisait pleinement les arcanes du Makhzen, « un savoir-faire politique, original et subtil, un art de gouverner » propre au Maroc comme le rappelle dans une édition « Le Point ». Une monarchie constitutionnelle où le roi règne pleinement et qui a déjà préparé son fils, Moulay Hassan (III) à lui succéder.

Copyright@Frederic de Natal

Date de dernière mise à jour : 24/09/2021

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