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Le retour de la monarchie au menu des discussions de paix en Libye ?

Conférence pour le retour de la monarchie en LibyeEnfermée dans une violente guerre civile depuis la chute du colonel Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye est devenue la proie de toutes les ambitions personnelles.  Jouet des seigneurs de la guerre, de politiciens corrompus ou de militaires séditieux…, tous tentent de s’arroger les pleins pouvoirs ou de rallier à leur cause, l’un des deux gouvernements autoproclamés qui prétend représenter cet ancien état pionnier de l’Afrique. Depuis des années, des voix s’élèvent pour que la monarchie constitutionnelle fasse son retour comme symbole d’unité. Un sujet qui pourrait être amené une nouvelle fois à la table des discussions de paix alors que les éditoriaux se sont multipliés en ce sens ces dernières semaines et que l'idée a reçu le soutien des pétromonarchies.  

colonel Mouammar KadhafiAprès l’échec de la Conférence de Palerme, des accords de Paris ou de Berlin, de nouvelles discussions entre les différents protagonistes du conflit libyen et représentants de la communauté internationale, parties prenantes directes ou indirectes de cette guerre civile qui perdure depuis la chute du colonel Mouammar Kadhafi en 2011, pourraient avoir lieu bientôt. Dans l’escarcelle de certains pays de la Ligue arabe, la carte monarchique qu’ils sont prêts à mettre en avant comme ultime solution, symbole d’unité d’un peuple épuisé par tant de luttes larvées. Ces dernières semaines, de nombreux magazines, comme le « Foreign Policy » ou du « National Interest », les chaines de télévision « Al Jazeera » ou « Al-Wasat », ont publié des éditoriaux et des reportages appelant au retour de la maison royale des Senoussis sur leur trône dont ils ont été chassés en septembre 1969. 

Le roi Idris Ier« Le pays a besoin d'une figure fédératrice. Avant les élections de cette année, cela vaut la peine d'envisager le retour d’une monarchie constitutionnelle ». Vice-président exécutif du Cambridge Middle East and North Africa Forum., Patrik Kurath s’est fendu d’un éditorial monarchique dans le très sérieux magazine « Foreign Policy ». « Au cours d'une décennie, le peuple libyen a renversé un régime autoritaire, s'est retrouvé mêlé à une guerre civile brutale et a enduré ce qui s'est ensuite transformé en une guerre par procuration entre plusieurs puissances étrangères cherchant à promouvoir leurs propres intérêts nationaux » écrit ce petit-fils d’ingénieur hongrois. « Les périodes post-autoritaires, post-conflits et post-interventions sont toujours difficiles à maîtriser, encore moins lorsqu'elles surviennent toutes en même temps. De tels héritages favorisent la méfiance et la discorde, risquant un retour de l'instabilité à tout momet »  poursuit-il, tout en dénonçant un pillage des richesses du sol libyen par des puissances étrangères. Un constat que fait également Shlomo Roiter Jesner. « Parfois, il faut se tourner vers le passé pour trouver la bonne voie à suivre. La monarchie n'est que le ciment dont une Libye brisée a besoin » affirme ce président et cofondateur du Cambridge Middle East and North Africa Forum, qui a publié également une solide analyse de la situation dans le « National Interest ».  

Appel au retour de la monarchie en Libye« La constitution libyenne de 1951 [promulguée par le roi Idris Ier-ndlr] offrait de vastes libertés politiques et sociales à son peuple et certaines de ses articles n’existaient même pas en Europe occidentale à la même époque. Citons par exemple, l'article 11 qui garantissait la primauté du droit, l'article 21, celui de la liberté de conscience ou encore l'article 23 la liberté de la presse. Le système parlementaire reposait sur le suffrage universel des adultes, à une époque où la Suisse, ce phare libéral au cœur de l'Europe, n'autorisait pas les femmes à voter aux élections fédérales » rappelle Shlomo Roiter Jesner qui regrette que le maréchal Khalifa Haftar, homme fort de la Libye, freine tous processus de paix au nom de ses propres ambitions personnelles. Un ancien cacique du régime Kadhafi qui s’oppose d'ailleurs à tout retour de la monarchie. « Les partisans de la monarchie comptent bien des personnalités de valeur dans leurs rangs, mais ce système est dépassé depuis longtemps. Le Royaume-Uni et d’autres cherchent à leur donner du souffle, mais ils n’ont aucun crédit en Libye » claironnait dans un récent entretien au magazine « Jeune Afrique » le septuagénaire officier qui a tenté de s'emparer de Tripoli, la capitale, et qui semble oublier que la province du Cyrénaïque est un vivier important de la cause monarchique en Libye.

Les libyens réclament le retour de la monarchie (février 2021°« Il est clair que ce dont la Libye a actuellement besoin, c'est d'une personne, d'un leader ou d'un gouvernement, autour duquel le peuple se ralliera, et il est encourageant de constater que ceux qui luttent pour le « retour de la légitimité constitutionnelle » proviennent de véritables mouvements populaires et que les chefs tribaux et les politiciens acceptent également l'idée de rétablir l'établissement de la monarchie » écrit dans sa version arabe la chaine de télévision Al-Jazeera tout en paraphrasant Shlomo Roiter Jesner . « Le retour de la monarchie constitutionnelle en Libye pourrait une fois de plus encourager les Libyens à se considérer comme un seul peuple avant que chacun ne se considère d’abord comme appartenant à un groupe tribal particulier » martèle Al-Jazeera qui se fait le porte-parole de certaines pétro-monarchies (Arabie Saoudite, Emirats Arabes Unis)  qui verraient d’un bon œil les Senoussis reprendre leur couronne. Notamment afin de contrer l’hégémonisme pan-ottoman de la Turquie. Le New Yortk Times comme le « North African Post » ont même  exhorté les Nations Unies à « donner une chance à la Libye » en favorisant le retour de la monarchie constitutionnelle.

« Et en regardant le rôle que jouent les monarchies constitutionnelles en Occident, il est clairement établi qu'elles ont des effets positifs même au sein de sociétés plus fracturées. Ce n'est pas un hasard si, lorsque les manifestations du Printemps arabe ont balayé la région en 2011, les pays à forte tradition monarchique, comme le Royaume hachémite de Jordanie, sont restés stables. En effet, aucune n'est tombée, et seul Bahreïn a du fait face à des manifestations contestant le régime. Ces monarchies sont des ancres relatives de stabilité qui sont plus capables de répondre aux facteurs économiques, sociaux et politiques que bon nombre de leurs voisins » plaide comme argument Patrik Kurath. « Exempt de questions partisanes, le monarque pourrait jouer un rôle crucial dans la diffusion des idées de paix, de compromis, d'inclusion et de confiance dans les institutions » renchérit cet expert reconnu. 

Prince Mohammed El SenoussiSi divers personnalités locales se sont prononcées ouvertement pour le retour monarchie constitutionnelle, tel que Mohamed Abdelaziz, ministre des Affaires étrangères de 2013 à 2014, l’historien et spécialiste William H. Lewis affirme quant à lui que le retour d’un monarque est inévitable en Libye afin de faire consensus. Reste encore à savoir lequel des deux prétendants pourrait ceindre la tiare de ses ancêtres dont l’histoire se mêle étroitement à celle de la Libye et reste une marque de résistance au colonialisme ? Le prince Mohammed El Senoussis est « considéré par les royalistes libyens comme l'héritier légitime. En 2011, il est apparu au Parlement européen et a exprimé sa préférence pour la restauration de la constitution de 1951. Ce serait la meilleure option pour la Libye » assure Shlomo Roiter Jesner d’une plume ferme. Alors que se prépare une nouvelle conférence pour la paix , le Mouvement pour le retour de la légitimité constitutionnelle en Libye a lancé un appel  « pour la mise en place d'une assemblée inter-ethnique indépendante de toutes factions, qui voterait le retour de la monarchie  constitutionnelle de la Libye afin de sauver la patrie, lui permettant de sortir de cette crise par le biais d'une solution pacifique et qui apporterait la stabilité, la prospérité, la sécurité, la justice et la restauration de l'État de droit à la Libye ».

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Date de dernière mise à jour : 26/06/2021

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