Omtufuo Osei Tutu II, un monarque ashanti en or

Asantehene Omtufuo Osei Tutu IIC’est l’un des monarques le plus puissant d’Afrique de l’Ouest et qui excite encore l‘imaginaire des européens. Symbole d’unité de la confédération ashanti, l’Asantehene Omtufuo Osei Tutu II règne sur un empire composé de 11 millions d’individus. Jouissant de véritables pouvoirs au sein de la République du Ghana, ancienne colonie britannique, ce roi africain est à la tête d’une monarchie qui n’a rien à envier à celles des cours d’Europe. Souverain depuis 1999, une des plus grosses fortunes du continent qui se chiffre en milliards de dollars, engagé sur les questions concernant l'éducation, l'amélioration de la réforme agraire et la lutte pour la défense de l'environnement, il a fait les principaux titres de la presse internationale lors du vol de la couronne royale en Norvège. Un roi qui symbolise indubitablement un gouvernement africain néo-colonial qui a pu se rétablir comme un véritable empire dans la région et prendre le contrôle de nombreuses populations en Afrique.

Roi ashantiChaque continent à son mythe de l’eldorado, cette contrée où seraient cachées de mystérieuses cités d’or. Le Royaume Ashanti en Afrique et ses fabuleux forgerons vont contribuer à renforcer un mythe plus que centenaire.  Afrique magique, Afrique royale, les Ashantis (dont le nom signifie « dispersés » ou « éparpillés »), ont gardé toute la noblesse de ces princes noirs qui vont faire l’histoire du continent sans jamais renoncer à leur héritage séculaire. Conquérants et résistants à l’invasion européenne, les Ashantis sont restés un peuple honoré par tout un pays qui lui doit son indépendance et l’intégrité de ses frontières. A la tête de cet empire depuis le 26 avril 1999, l’Asantehene Omtufuo  Osei Tutu II  règne sur un empire composé de 11 millions personnes réparties entre le Ghana et la Côte d’Ivoire . Il vient de fêter son 71ème anniversaire. 

Un royaume qui excite toutes les convoitises

Tabouret d'orA Kumasi, capitale de l’empire ashanti, son architecture coloniale rappelle à tous que bien avant de devenir la république du Ghana que l'on connaît, cette colonie s’est aussi appelée la « Gold Coast » (Côte de l’Or).  Au palais Manhyia, bardé d’or de la tête aux pieds, Osei Tutu II pèse plus de 40 millions de dollars et figure parmi les dix plus grosses fortunes d’Afrique. Une monarchie dont l’essor trouve son origine dans le commerce des esclaves avec les Pays-Bas avant que les britanniques ne décident d’y mettre fin au XIXème siècle. L'origine du royaume Ashanti est née d'une coalition de peuples occupant les bassins de Pra et d'Ofin en 1701. La légende raconte que le roi Oseï Tutu Ier, après avoir défait les Denkyira, vit le ciel s’ouvrir et qu’un  Tabouret d’Or vint se déposer sur les genoux du nouveau souverain divinisé, en présence de ses vassaux. Symbole du pouvoir des rois Ashantis, ce trône a été au cœur de plusieurs conflits familiaux, des incessants « games of throne » qui vont profiter bientôt aux britanniques. Prétextant une dette toujours pas remboursée, ses tergiversations sur une proposition de protectorat, les troupes de sa Gracieuse Majesté envahissent l’empire et s’emparent de Kumasi le 20 Janvier 1896. Toute la famille royale est arrêtée. L’Asantehene Prempeh Ier (1870-1931), qui avait surestimé ses forces, contraint de baiser les pieds de son vainqueur, Sir Francis Scott, avant d’être emmené sous bonne garde au fort d’Elmina et mis sous résidence surveillée. Craignant des révoltes, les autorités anglaises décideront finalement de l’envoyer aux Seychelles en 1897. Non sans avoir au préalable détruit à l’explosif le Mausolée Royal de Bantama. Kumasi est annexée au territoire britannique et confiée à une administration anglo-saxonne. 

Une monarchie vidée de sa substance

Le roi des Ashanti contraint de baiser les pieds des britanniquesC’est en 1921  lors de travaux de terrassement que l’on découvrira le Tabouret d’Or enfouit par les Ashantis en fuite afin qu’il ne tombe pas entre les mains des anglais. L’avidité étant plus forte que le respect de la tradition, certains travailleurs  se ruent sur le trône pour lui dérober  une partie de ses dorures. Rattrapés, condamnés à mort par un tribunal royal, les anglais passeront outre cette sentence en la commuant en exil permanent. Prempeh Ier est autorisé à revenir à Koumassi en 1924 mais doit s’abstenir de tout rôle politique. Son arrivée est saluée comme il se doit mais le souverain laisse perplexe ses sujets par sa soumission au pouvoir colonial.  En Novembre 1926, les anglais autorisent sa réinstallation  comme…. Roi de Kumasi. Maigre consolation pour un souverain descendant d’une longue lignée de guerriers. Les Ashantis se félicite de la restauration mais le siècle nouveau a amené son lot de modernité. Et certains se demandent si la colonie ne serait pas mieux sans son souverain. L‘ère des indépendances n’est pas loin et en Gold Coast, celui qui va la mener sur ce chemin a pour nom Francis Nkwame N’Krumah qui, une fois au pouvoir, s’empresse de réduire ceux du roi des Ashantis à un simple rôle cérémoniel. Avec le droit de continuer à percevoir des impôts sur ses sujets et de les « conduire à la guerre » si le besoin s’en fait sentir. 

Un souverain hautement respecté

Omtufuo Osei Tutu II et Elizabeth IIBien que le système politique des Ashantis ait été accusé de marginaliser son peuple en le faisant adhérer à un certain nombre de sectes messianiques et en l'exploitant via un régime absolutiste, les regalia de l’Asantehene restent toujours important dans la société ghanéenne actuelle et le ciment de tout un peuple. L’Omtufuo Osei Tutu II s’est engagé sur les questions concernant l'éducation, l'amélioration de la réforme agraire et la lutte pour la défense de l'environnement. Respecté et craint, le monarque n’a pas hésité à entrer en politique et apporter son soutien à John Kufuor, le premier président de cette république à avoir été élu sans violence dans ce pays habitué aux coups d’état depuis 1966.  Y compris à l’international. Lors de la crise de succession qui éclate dans le Sanwi ivoirien, ce royaume akan qui a tenté de prendre son indépendance dans les années 1960-1970, il accueille son souverain exilé au nom du traité d’amitié qui lie tous les peuples de la confédération. 

Le prince Charles et le roi des Ashantis Photo@gettyimages 1057265948Puissance émergente en Chine, l’ambassadeur de Pékin au Ghana s’est empressé de venir rendre un hommage à Osei Tutu II afin de nouer des accords commerciaux (2015), le tout sous l‘égide de la présidence, à Accra. Même le prince Charles de Galles, lors de sa visite en 2018, n’a pas hésité à venir saluer le monarque, éduqué dans les meilleurs écoles britanniques, qui est resté assis quand le fils de la reine Elizabeth II (qui a reçu son alter ego africain officiellement à Buckingham Palace en 2000)  a été prié, avec son épouse, de rester debout afin d’apprécier le spectacle qui leur était offert. Une puissance retrouvée qui a permis à l’Asantehene de fêter le 20ème anniversaire de son règne parmi des chefs d’états, vice-présidents de pays étrangers et autres diplomates. Une richesse qui attire aussi toutes les convoitises. Représentant son pays lors d’une conférence en Norvège, sa couronne a été volée dans un hôtel en octobre 2012. Une affaire qui a embarrassé le gouvernement norvégien qui mettra 5 jours à la retrouver.

Récemment, il a demandé aux chefs locaux, qu’une de ses prérogatives permet de destituer à foison, de s’abstenir de participer aux élections. Ce qui n’a pas empêché les principaux partis politiques de venir courtiser l’Asantehene Oseï Tutu II lors de la campagne électorale en 2020. Y compris le président William Addo Dankwa Akufo-Addo, descendant du roi d'Akyem Abuakwa, un vassal du roi des Ashantis.  Le règne des Asantehenes symbolise indubitablement un gouvernement africain néo-colonial qui a pu se rétablir comme un véritable empire dans la région et prendre le contrôle de nombreuses populations en Afrique.

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Date de dernière mise à jour : 14/11/2023

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