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Le prince Aimone de Savoie-Aoste se réaffirme en chef de Maison royale

Entre mémoire historique et rivalité familiale, la fracture persiste au sommet de l’ancienne dynastie royale italienne et peine à se résoudre.
Dans une déclaration solennelle publiée le 10 avril 2026 à Milan, sur son site officiel,  le prince Aimone de Savoie-Aoste 58 ans, a réaffirmé ses prétentions comme chef de la Maison de Savoie, tout en appelant paradoxalement à une forme de trêve avec son cousin, le prince Emmanuel-Philibert de Savoie. 

Un nouvel épisode d’une querelle dynastique qui perdure, révélatrice des tensions qui divisent encore l’une des plus vieilles familles souveraines d’Europe.

Une dynastie millénaire au cœur de l’histoire européenne

Longtemps réduite, dans l’imaginaire collectif, à son rôle dans l’unification italienne, la Maison de Savoie plonge pourtant ses racines dans plus de mille ans d’histoire.

Née autour de l’an Mil avec Humbert Ier de Savoie, la dynastie s’impose progressivement entre Alpes et plaine du Pô. De comtes à ducs , puis rois, les Savoie construisent un État charnière entre monde français et italien. Leur ascension culmine d’abord au XVIIIe avec l’accession au trône de Piémont-Sardaigne puis au XIXe siècle avec le Risorgimento, lorsque le roi Victor-Emmanuel II devient en 1861 le premier roi d’une Italie unifiée. Pendant 85 ans , les Savoie vont régner sur le royaume d’Italie, incarnant l’unité nationale et le développement du pays. La montée du fascisme va mettre à mal l’institution royale et provoquer la chute de la monarchie, dans un contexte de guerre et de divisions politiques, entraîne l’exil d'Umberto II, le « Roi de mai ».

Dans son communiqué,  le prince Aimone de Savoie-Aoste est revenu longuement sur ce dernier épisode de l’histoire monarchique italienne. Le référendum du 2 juin 1946, qui voit la victoire de la République, demeure entaché de controverses et des soupçons de trucage des votes. Le roi Umberto II choisit alors de quitter le pays pour éviter une guerre civile, malgré les recours en cours. Deux ans plus tard, la nouvelle Constitution ira plus loin en interdisant aux descendants mâles de la dynastie de séjourner en Italie -une disposition levée seulement en 2002.

Pour Aimone de Savoie-Aoste, qui n’a pas été frappé par la loi d’exil, la République n’efface pas l’héritage monarchique : elle s’inscrirait dans une continuité historique dont la Maison de Savoie resterait la « gardienne ». « Il serait donc souhaitable que l'État italien la considère comme un soutien idéal à sa préservation, à l'instar d'autres pays ayant connu une évolution similaire », déclare le prince qui cite la Roumanie comme exemple. « L’Etat roumain, sans reconnaître son pouvoir politique, sollicite fréquemment la collaboration de la Famille royale », assure t-il .

Le cœur du litige : les lois dynastiques

Selon la branche d’Aoste, les règles traditionnelles de la Maison royale - fondées sur une stricte primogéniture masculine et des mariages conformes aux statuts dynastiques - auraient été enfreintes par la branche aînée.

En particulier, le mariage du prince Victor-Emmanuel de Savoie (1937-2024),  contesté par la branche cadette qui estime qu’il ne respectait pas les exigences dynastiques, invalidant ainsi les droits de sa descendance. Pas plus qu’elle ne reconnaît les modifications de la loi de succession qui permet aux deux filles du prince Emmanuel-Philibert de Savoie de revendiquer la couronne d’Italie. À l’inverse, les partisans de la branche aînée rejettent ces arguments qu’ils jugent fallacieux, documents officiels à l’appui, et maintiennent la légitimité du prince Emmanuel-Philibert de Savoie comme chef de la Maison royale d’Italie.

« (…) A plusieurs reprises, y compris récemment, j'ai proposé à mon cousin de suspendre d'un commun accord toutes nos prétentions, tant que la situation actuelle demeure inchangée. Il s'agirait de « geler » temporairement les titres de duc de Savoie, de prince de Piémont et de chef de la Maison royale de Savoie, qui font partie du litige, et de répartir équitablement leurs prérogatives, leurs devoirs de représentation et la gestion des institutions liées à la Maison », rappelle le fils du défunt prince Amédéo. « Ceci ne violerait ni les lois dynastiques ni aucune autre norme, et la suspension temporaire des titres et des fonctions nous permettrait d'agir ensemble, même si la structure serait atypique pour une Maison royale, de manière plus conforme à ses objectifs qu'actuellement », assure-t-il. Un geste d’apaisement afin de faire taire la querelle qui divise les monarchistes italiens. « Les institutions qui y sont associées en tireraient également un grand bénéfice, car elles pourraient enfin retrouver leur unité, avec tous les avantages que cela comporte. Malheureusement, mon cousin a toujours refusé de partager ce projet », regrette-t-il.

Le prince Aimone de Savoie-Aoste se réaffirme en chef de Maison royale

» Compte tenu de cela, par respect pour les lois de la Maison, les institutions qui les partagent et tous ceux qui les respectent, je me sens obligé de réaffirmer et de confirmer mon statut dynastique et mon rôle de chef de la Maison avec toutes ses prérogatives, comme mon père l'avait fait en le communiquant aux autres Maisons royales européennes », déclare-t-il, désavouant les actions de son cousin au sein des ordres dynastiques. Autre sujet de conflit entre les deux branches.

Père de trois enfants, marié à la princesse Olga de Grèce, le prince Aimone de Savoie-Aoste bénéficie du soutien d’une partie du Conseil des sénateurs du Royaume et de l'Union monarchique italienne (UMI), la plus importante association monarchiste d’Italie.  En 2018, un sondage a révélé que 15% des Italiens souhaitaient le retour de la monarchie après un demi-siècle de République.

Le prince Emmanuel-Philibert de Savoie n’a pas tardé à faire une réponse à son cousin. Il lui a opposé une fin de non-recevoir.

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Date de dernière mise à jour : 27/04/2026