Dans une déclaration au ton offensif, le prince Davoud Pahlavi, figure de la diaspora monarchiste iranienne, critique le recul de l’influence française et exhorte Paris à s’engager davantage aux côtés des forces qui aspirent à un changement de régime en Iran. Entre plaidoyer stratégique et mise en garde, il dessine les contours d’un partenariat franco-iranien à reconstruire.
Le prince Davoud Pahlavi, 53 ans, s’inscrit dans cette génération d’opposants au régime des mollahs, qui tentent de peser sur les équilibres internationaux. Moins exposé médiatiquement que le prince Reza Pahlavi, son cousin qui reste le leader de l'opposition et un prétendant au trône d’Iran, il n’en développe pas moins un discours structuré, à destination des capitales occidentales, et en particulier de Paris.
Dans un contexte marqué par les tensions internes en Iran et la recomposition des alliances mondiales, ses interventions passionnées sur ses réseaux sociaux se veut à la fois critique et prospective.
Le constat d’un déclassement français
Le ton est sans détour. Le prince Davoud Pahlavi dresse un diagnostic sévère de la place de la France sur la scène internationale : « Un grand pays comme la France n’exerce plus la même influence qu’autrefois, et l’Europe dans son ensemble semble s’être elle aussi effacée. », écrit-il sur ses réseaux sociaux. En ligne de mire, la position du gouvernement français, trop timorée à ses yeux, celle du Président Emmanuel Macron dont les déclarations tempérées et de souhait de négociation avec Téhéran semblent en contradiction avec la volonté des Iraniens de retrouver leur liberté.
Selon le prince impérial, cet affaiblissement ne relève pas d’une fatalité, mais d’un choix stratégique : celui d’un retrait progressif des grands rapports de force internationaux. Une critique qui vise implicitement la diplomatie européenne, souvent accusée d’hésitations face aux crises majeures. Face à ses hésiations, le prince Davoud cite en exemple l’attitude de Donald Trump : « On critique souvent Trump, mais lui, au moins, défend sans ambiguïté les intérêts de son pays. Il porte une vision. », ajoute-t-il en évoquant le président américain.
Fin février 2026, les États-Unis et l’état d’Israël ont lancé une opération majeure contre l’Iran en bombardant ses sites stratégiques, tuant au passage de nombreux cadres (dont le Guide Suprême, l’ayatollah Ali Kahmenei) du régime des mollahs. L’opération « Lion rugissant » a ainsi succèddé à une autre opération conduite durant 12 jours contre la République islamique d’Iran, dont l’issue reste encore incertaine à ce jour, avec de fortes répercussions internationales. Loin d’être affaibli, le régime iranien a répliqué en ciblant les émirats voisins abritant des bases américaines ou françaises, bloquant le détroit d’Ormuz, essentiel au commerce pétrolier.
Au-delà de la figure controversée de l’ancien président américain dont le caractère est régulièrement changeant, c’est surtout une méthode que salue le prince : une diplomatie assumée, offensive, orientée vers les résultats économiques et stratégiques. Pour lui, la clé de l’influence réside dans l’engagement concret : « L’influence, les contrats, les alliances solides… se gagne ! ».
Une critique implicite du « non-alignement » français
Le cœur de son propos repose sur une interrogation stratégique : « Comment espérer conserver une influence réelle (…) tout en se tenant volontairement en retrait ? », pose comme question le prince Davoud Pahavi.
Dans cette perspective, il critique une forme de prudence française vis-à-vis des États-Unis, mais aussi une difficulté à s’inscrire pleinement dans des alliances structurantes. Davoud Pahlavi va plus loin en dénonçant ce qu’il perçoit comme des incohérences : « On ne peut pas multiplier les trahisons, les demi-engagements ou les postures opportunistes (…) et s’étonner ensuite que la voix de la France ait perdu de sa crédibilité. ». , rappelle-t-il.
Le président Emmanuel Macron a mobilisé son seul porte-avion, le « Charles de Gaulle » afin de sécuriser la zone, organisé l’évacuation des Français expatriés ou touristes, pris au piège dans les pétromonarchies. Dans un discours à ses compatriotes, le 3 mars 2026, le dirigeant français a pourtant pointé du doigt le danger que représente l’Iran. Les mollahs «ont développé un programme nucléaire dangereux et des capacités balistiques inédites, armé et financé des groupes terroristes dans les pays voisins, le Hezbollah au Liban, les Houthis au Yémen, les milices chiites en Irak, soutenu le Hamas et toujours affirmé son objectif de détruire l’État d’Israël, et une nouvelle fois, en janvier dernier, donné l’ordre de tirer sur son propre peuple », constat auquel s’ajoute « des négociations qui ne progressaient plus », a déclaré Emmanuel Macron. Le Présient français refuse pour autant de s’engager militairement avec Washington et se refugie derrière le droit international pour questionner la pertinence de cette opération. De quoi irriter également la Maison blanche.
Loin d’être assez pour le prince Davoud. Dans un pays secoué par des contestations récurrentes et une crise de légitimité du régime, le cousin de Reza Pahlavi, qui a participé à plusieurs manifestations contre le régime des mollahs et même échappé à une tentative d’assassinat, appelle clairement à un positionnement français plus affirmé. Il évoque une responsabilité historique et morale : « La France se doit de participer pleinement à l’effort pour la libération du peuple iranien. ». Une déclaration qui s’inscrit aussi dans la continuité des discours de l’opposition monarchiste, laquelle cherche à mobiliser les démocraties occidentales en faveur d’un changement de régime à Téhéran.
Un âge d’or franco-iranien sous le Shah à renouveler
Ce plaidoyer s’appuie aussi sur une mémoire diplomatique aujourd’hui largement oubliée : celle des relations étroites entre la France et l’Iran sous le règne de Mohammad Reza Pahlavi (1919-1980).
Dès les années 1960, le général Charles de Gaulle avait contribué à renforcer les liens avec Téhéran, voyant dans l’Iran impérial un partenaire stratégique au Moyen-Orient. Le Shah, francophile, entretenait des relations privilégiées avec Paris, allant jusqu’à être reçu à Colombey-les-Deux-Églises, fait rare pour un chef d’État étranger. Dans les années 1970, cette coopération avait alors atteint son apogée : accords industriels, projets énergétiques et partenariat nucléaire structurant sont mis en place. En 1974, un accord prévoit même une coopération massive dans le domaine nucléaire civil, incluant la construction de centrales et la formation d’ingénieurs iraniens en France.
L’Iran devient alors un partenaire économique majeur, investissant massivement en France, notamment dans le consortium Eurodif, symbole d’une relation stratégique et ambitieuse avant que la République ne finisse par lâcher la monarchie en 1979, laissant ainsi la République islamique s’installer et importer sa révolution verte en Occident.
Au-delà de la critique, le prince Davoud Pahlavi esquisse néanmoins une perspective stratégique : « La reconstruction de l’Iran (…) doit se faire avec la France. ». Il voit dans un Iran post-islamique l’opportunité de renouer avec une coopération économique, culturelle et politique comparable à celle de l’époque impériale. « L’amitié franco-iranienne est forte et puissante, ancrée dans une histoire commune. », renchérit-il en guise d’apaisement. « Encore faut-il que la France (…) se montre à la hauteur des événements historiques. », glisse le cousin de Reza Pahlavi.
Plus largement, son propos dépasse le seul cadre de l’Iran. Il s’inscrit dans une réflexion sur la place de la France dans un ordre mondial en recomposition, où l’influence ne se décrète plus mais se conquiert. Et, à ses yeux, l’histoire récente comme l’héritage du passé offrent à Paris une opportunité rare : celle de renouer avec une tradition d’influence — à condition, cette fois, de choisir clairement l’engagement. Reste à savoir, si la France montera dans le train du changement ... à temps !?
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