Le prince héritier Alois a annoncé une réforme historique pour la Maison de Liechtenstein : la primogéniture masculine laisse désormais place à la primogéniture absolue, permettant à l’aîné, garçon ou fille, de succéder au trône.
À l’occasion de la fête nationale du Liechtenstein, célébrée ce 15 août, le prince héritier Alois, 58 ans, a annoncé une réforme historique du droit dynastique de la Maison de Liechtenstein.
« Cette décision, dont la famille débat en partie depuis des décennies, porte sur une modification des statuts de la Maison princière ; ce projet a été officiellement examiné à la fin de l'année dernière et a recueilli, mercredi, la majorité requise des deux tiers des membres de la famille participant au vote » a déclaré le régent.
Désormais, les femmes de la famille princière pourront participer aux affaires régies par le statut de la Maison et, surtout, l’ordre de succession ne privilégiera plus les hommes : l’aîné des enfants du souverain, garçon ou fille, sera appelé à lui succéder.

La loi de primogéniture masculine, une règle séculaire
L'annonce faite par le prince héritier Alois marque un tournant majeur dans l'histoire de la dynastie régnante.
Après plusieurs décennies de discussions au sein de la famille, les statuts de la Maison princière vont être modifiés afin de remplacer la primogéniture masculine par la primogéniture absolue. Le projet, officiellement examiné à la fin de l'année dernière, a obtenu la majorité des deux tiers des membres de la famille princière participant au vote. « Cet amendement confère à toutes les descendantes de la Maison princière les mêmes droits de participation aux affaires régies par les statuts de la Maison que ceux dont jouissent leurs homologues masculins. Par ailleurs, le mode de succession évolue : la primogéniture masculine laisse place à la primogéniture absolue. Cela signifie qu'à l'avenir, l'enfant aîné, quel que soit son sexe, deviendra l'héritier du trône, puis le Prince ou la Princesse de Liechtenstein », a ajouté le prince en fin de discours.
Il ne s'agit donc pas d'une simple évolution protocolaire. La réforme touche à l'un des fondements historiques de la Maison de Liechtenstein : la transmission de la fonction de chef de famille et, par conséquent, de la Couronne princière.
Pour comprendre la portée de cette décision, il faut remonter au début du XVIIe siècle. En 1606, trois frères, les princes Karl, Maximilian et Gundaker de Liechtenstein concluent à cette époque un pacte familial qui organise notamment la transmission de la propriété dynastique et la direction de la Maison. Le principe de la primogéniture y occupe déjà une place centrale. Cette tradition a traversé les siècles et a été reprise dans les différents statuts de la Maison. Elle a notamment été intégrée au Hausgesetz, le statut de la Maison princière adopté sous sa forme moderne en 1993.
Jusqu'à aujourd'hui, celui-ci réservait la succession aux seuls descendants masculins de la lignée dynastique.

Une page nouvelle pour la Maison de Liechtenstein
Il faut toutefois éviter une autre interprétation erronée : cette réforme ne bouleverse pas immédiatement la succession actuelle.
Le prince Alois, fils aîné du prince Hans-Adam II, demeure l'héritier du trône. Il exerce par ailleurs les fonctions de chef de l'État depuis 2004 au nom de son père, qui reste officiellement le prince régnant. Le transfert des pouvoirs souverains à Alois avait précisément été effectué le 15 août 2004, vingt-deux ans avant cette nouvelle réforme dynastique.
Le changement deviendra surtout déterminant pour les générations suivantes.
Alois et la princesse héritière Sophie ont quatre enfants : Joseph Wenzel (31 ans), qui détient aussi les droits catholiques au trône d'Angleterre selon la ligne de succession jacobite, Marie Caroline (29 ans), Georg (27 ans) et Nikolaus (26 ans). Dans l'ancien système, la naissance d'une fille avant ses frères aurait pu être sans conséquence sur la succession : les garçons auraient été prioritaires. Dans le nouveau système, l'ordre de naissance devient déterminant indépendamment du sexe. La réforme ouvre donc pour la première fois la possibilité qu'une future génération voie une femme accéder au trône de Liechtenstein. « Par ces changements, nous entendons garantir que la responsabilité de la Maison et du pays incombe aux personnes les mieux préparées aux tâches qui en découlent. C'est généralement le cas des enfants du monarque régnant, qui ont grandi ici et ont été associés à la vie de la famille dès leur plus jeune âge. », assure le prince Alois du Liechtenstein
Le choix d'annoncer cette transformation le jour même de la fête nationale, symbole de l'unité entre la dynastie et le pays, lui donne une portée particulière. Après avoir conservé pendant des siècles une succession fondée sur la primauté masculine, le Liechtenstein franchit ainsi un seuil que plusieurs autres monarchies européennes avaient déjà franchi. Elle était encore la dernière à conserver ce principe. Une révolution dans cette principauté où le souverain dispose de larges pouvoirs dont celui important de veto.
La prochaine génération ne sera plus jugée à l'aune de son sexe, mais de son rang de naissance. Et si l'aînée des enfants du futur souverain est une fille, elle pourra, pour la première fois, devenir princesse héritière - puis un jour, princesse régnante de Liechtenstein.
Copyright@Frederic de Natal