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Au Liechtenstein, le pouvoir princier au cœur de la bataille sur l’avortement

Au Liechtenstein, une nouvelle initiative visant à légaliser partiellement l'avortement se heurte déjà au refus du prince héritier Alois, qui a annoncé qu'il mettrait son veto en cas de victoire du « oui ». Un affrontement qui met en lumière les pouvoirs exceptionnels de cette monarchie.

Dans la petite principauté du Liechtenstein, une nouvelle bataille politique s'annonce autour de la question de l'avortement. Une initiative populaire visant à assouplir l'une des législations les plus restrictives d'Europe est en cours de collecte de signatures.

Mais avant même que les citoyens ne soient appelés à se prononcer, le prince héritier Alois de Liechtenstein, 58 ans, a annoncé qu'il mettrait son veto à toute réforme autorisant l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Une déclaration qui dépasse le seul débat sociétal et relance les interrogations sur l'étendue des pouvoirs de la monarchie liechtensteinoise.

Une initiative populaire pour légaliser l'avortement

Le comité « Time – Solution de délai pour le Liechtenstein » souhaite introduire un régime comparable à celui en vigueur en Suisse. Son projet prévoit de légaliser l'avortement jusqu'à la douzième semaine de grossesse, de lever l'interdiction faite aux médecins de fournir des informations sur cette pratique et de permettre une prise en charge par l'assurance maladie.

Dans cette principauté de près de 40 000 habitants, 1 000 signatures suffisent pour qu'une initiative populaire soit soumise au vote. Les organisateurs disposent de six semaines pour atteindre ce seuil.

Aujourd'hui, le Liechtenstein, aux côtés de Malte, demeure l'un des derniers États européens à interdire presque totalement l'avortement. Les femmes souhaitant interrompre leur grossesse doivent se rendre à l'étranger, principalement en Suisse ou en Autriche. Selon les estimations, une quarantaine de Liechtensteinoises y ont recours chaque année. Depuis 2015, cette démarche à l'étranger n'est plus poursuivie pénalement.

Cette législation particulièrement restrictive a d'ailleurs suscité des critiques répétées des Nations unies, qui dénoncent les obstacles à l'accès aux soins et l'interdiction faite aux médecins d'informer librement leurs patientes.

Le prince le plus puissant d'Europe : un veto annoncé avant même le vote

Alors que la campagne de collecte des signatures vient de débuter, le prince héritier Alois a pris publiquement position dans un entretien accordé au quotidien Liechtensteiner Vaterland.

« Je ne crois pas qu'une solution fondée sur un délai garantisse la protection de la vie à naître. », a déclaré le prince héréditaire.

Pour le régent, toute légalisation de l'avortement demeure incompatible avec la protection de la vie. Sa conclusion est sans ambiguïté : même si les citoyens approuvaient l'initiative par référendum, il refuserait de promulguer la loi. Cette prise de position rappelle une singularité institutionnelle souvent méconnue. Contrairement à la plupart des monarchies européennes, où les souverains exercent essentiellement un rôle symbolique, la principauté du Liechtenstein confère à son prince des pouvoirs politiques particulièrement étendus.

Depuis 2004, le prince héritier Alois exerce les fonctions de chef de l'État au nom de son père, Hans-Adam II, qui lui a délégué l'essentiel de ses prérogatives. Parmi celles-ci figurent : la nomination du gouvernement, une participation déterminante à la nomination des magistrats , la sanction indispensable de toute loi votée par le Parlement, le pouvoir de refuser sa promulgation grâce à un veto princier, la possibilité de bloquer l'entrée en vigueur d'une décision approuvée par référendum.

Aucun autre monarque européen ne dispose aujourd'hui d'un pouvoir comparable dans un régime démocratique. C'est cette réalité qui fait régulièrement qualifier le souverain du Liechtenstein de « prince le plus puissant d'Europe ».

Le souvenir du référendum de 2011

Selon le quotidien suisse St. Galler Tagblatt, le scrutin pourrait désormais être perçu non seulement comme un vote sur l'avortement, mais également comme une prise de position sur le rôle de la monarchie elle-même.

Les initiateurs de l'initiative dénoncent une intervention directe du prince dans la formation de l'opinion publique. À leurs yeux, annoncer un veto avant même le lancement officiel de la campagne revient à décourager les électeurs en laissant entendre que leur décision resterait sans effet.

Malgré cela, le comité entend poursuivre sa mobilisation. « Nous poursuivons nos efforts comme auparavant. Il est plus important que jamais de recueillir l'avis de la population. Les Liechtensteinois doivent pouvoir exprimer leur opinion sur cette question. Et si une majorité vote en faveur, cela pourrait être l'occasion de reconsidérer les positions actuelles. », assurent ses membres.

Ce n'est pas la première fois que le Liechtenstein connaît un tel affrontement.

En 2011, une initiative proposant déjà une légalisation limitée de l'avortement avait été soumise au vote populaire. Quelques semaines avant le scrutin, le prince héritier Alois avait déjà averti qu'il utiliserait son droit de veto si le texte était adopté. Finalement, 52 % des électeurs avaient rejeté la proposition, dans un contexte marqué par une participation relativement faible.

La nouvelle initiative pourrait ainsi devenir bien davantage qu'un débat sur les droits reproductifs. Elle met en lumière l'équilibre singulier entre démocratie directe et pouvoir princier qui caractérise la Principauté. Si les promoteurs de la réforme parviennent à réunir les mille signatures nécessaires, les électeurs seront appelés à se prononcer dans un contexte inédit : celui d'un référendum dont le résultat pourrait, dès l'origine, se heurter au veto du chef de l'État.

Dans ce petit État alpin, où la démocratie directe cohabite avec l'une des monarchies constitutionnelles les plus puissantes du continent, le scrutin à venir pourrait ainsi devenir un véritable test de l'équilibre entre la volonté populaire et les prérogatives de la Couronne.

Copyright@Frederic de Natal

Date de dernière mise à jour : 08/07/2026