La médiatisation de la relation entre la princesse Marie-Caroline de Bourbon-Deux-Siciles et Jordan Bardella n'a pas seulement attiré l'attention des médias. Elle a aussi ravivé l'ancienne querelle successorale au sein de la Maison royale des Deux-Siciles, conduisant le prince Pedro de Bourbon-Deux-Siciles à publier une mise au point afin de réaffirmer ce qu'il présente comme la « vérité historique ».
Depuis plusieurs semaines, la relation entre la princesse Marie-Caroline de Bourbon-Deux-Siciles (22 ans) et Jordan Bardella (30 ans) , figure montante de la vie politique française et président du Rassemblement national, attire l'attention des médias en tout genre.
Rien n'échappe à la presse, tout est commenté sur cette idylle, quitte à générer des polémiques Mais au-delà de l'intérêt porté à ce couple inattendu, cette exposition médiatique a eu un effet collatéral inattendu : elle a replacé sous les projecteurs une querelle dynastique vieille de plus d'un siècle au sein de l'ancienne Maison royale des Deux-Siciles.
Le 3 juin 2026, face à ce qu'il considère comme une confusion persistante dans les médias, le prince Pedro de Bourbon-Deux-Siciles, 57 ans, qui revendique le titre de duc de Calabre et la qualité de chef de la Maison royale, a publié une déclaration détaillée et longue de trente-et-une pages. Son objectif affiché : clarifier la question de l'utilisation des titres historiques de la dynastie et rappeler les accords conclus entre les différentes branches de la famille.
Une réaction à la médiatisation de Marie-Caroline
Dans son texte, Don Pedro de Bourbon-Sicile explique avoir décidé de prendre la parole en raison de l’intérêt de la presse accordée à la fille du prince Charles de Bourbon-Deux-Siciles, duc de Castro.
« Compte tenu de l'importante couverture médiatique de l'actualité concernant la relation entre la princesse Marie-Caroline de Bourbon-Deux-Siciles et M. Jordan Bardella, et dans un souci de clarté et de respect de la vérité historique, j'estime nécessaire d'aborder la question de l'utilisation des titres historiques de la Maison royale des Deux-Siciles », écrit-il. Le prince déplore notamment que plusieurs publications aient présenté sa cousine comme « duchesse de Calabre », un titre qu'il estime réservé à la branche aînée de la famille.
Selon lui, cette appellation contribue à entretenir une confusion déjà ancienne autour des droits dynastiques des différentes lignées issues des derniers souverains des Deux-Siciles. Dans sa déclaration, il cite directement son cousin, le prince Charles de Bourbon-Deux-Siciles, duc de Castro, son épouse Camilla, ainsi que leur fille Marie-Carolina, pointés du doigt et accusé d'entretenir sciemment cette ambiguïté dans les médias.
Pour étayer son argumentation, Don Pedro rappelle d'abord une réalité généalogique souvent méconnue du grand public : les deux camps appartiennent à la même famille royale. « Les deux branches appartiennent généalogiquement à la même lignée, celle de la Maison royale de l'ancien Royaume des Deux-Siciles », souligne-t-il, toutes deux descendantes de Louis XIV.
La branche dite « cadette » est aujourd'hui représentée par le duc et la duchesse de Castro, Charles et Camilla de Bourbon-Deux-Siciles, tandis que la branche « aînée » est incarnée par Pedro et Sofia de Bourbon-Deux-Siciles, duc et duchesse de Calabre. Cette distinction est au cœur du différend. Si les membres des deux lignées partagent les mêmes ancêtres, ils divergent profondément sur la question de savoir qui détient légitimement la direction de la Maison royale et les titres qui y sont attachés.
L'accord de réconciliation de 2014
L'un des principaux arguments avancés par Don Pedro repose sur un accord de réconciliation signé le 25 janvier 2014 entre les représentants des deux branches.
Selon lui, cet accord visait précisément à mettre un terme aux querelles protocolaires et à définir clairement l'usage des titres dynastiques. D'après les termes rappelés dans sa déclaration, la branche de Castro se voyait reconnaître l'usage des titres de duc et duchesse de Castro, tandis que les filles du couple recevaient les titres de duchesse de Palerme pour Marie-Caroline et de duchesse de Capri pour Maria Chiara. Le prince insiste sur un point qu'il juge essentiel : ces titres n'auraient pas été attribués unilatéralement par le duc de Castro mais reconnus par l'infant Carlos de Bourbon-Deux-Siciles, alors considéré comme chef de la Maison royale. « Ce n'est pas le duc de Castro qui a octroyé à ses filles les duchés de Palerme et de Capri, mais bien le duc de Calabre », affirme-t-il.
Dans le même temps, la branche aînée conservait les titres traditionnellement associés à sa position : duc de Calabre, duc de Noto et duc de Capoue. La succession suivrait son cours et devait échoir au fils du prince Pedro de Bourbon-Siciles après le décès des deux chefs de famille.
Toutefois, pour la branche du prince Charles de Bourbon-Sicile, duc de Castro, l’accord n’existe plus. Le père de la princesse Marie-Caroline est revenu dessus en 2016 et a de facto attribué des titres à ses deux filles, les rendant dynastes, invoquant le respect du droit européen d’égalité de sexe dans la ligne de succession au trône pourtant régie par le droit de primogéniture masculine. Un cas loin d'être unique en Italie puisque la Maison de Savoie a également fait de même.
Une querelle née au début du XXe siècle
Au-delà de la polémique actuelle, la déclaration de Don Pedro renvoie à un débat bien plus ancien. Les racines du conflit remontent à 1900, lorsque l'infant Carlos de Bourbon-Deux-Siciles, un héritier au trône des Deux-Siciles, signe ce que l'histoire dynastique va retenir sous le nom « d’Acte de Cannes ».
Par cet acte, Carlos renonçait, selon une certaine interprétation, à ses droits éventuels (comme celui de ses descendants) sur le trône des Deux-Siciles afin de pouvoir épouser l'infante Mercedes d'Espagne de Bourbon, alors héritière présomptive de la Couronne espagnole. Mais en 1960, le fils de celui-ci, le prince Alphonse (1841-1934), grand-père de Pedro de Bourbon-Sicile, était revenu sur cette renonciation, la déclarant nulle et non avenue.
Depuis plus d'un siècle, les spécialistes des questions dynastiques s'opposent sur la portée réelle de l’acte de Cannes. Pour les partisans de la branche de Castro, il aurait entraîné la perte définitive des droits successoraux de la lignée de Pedro de Bourbon-Sicile. Pour les défenseurs de la branche de Calabre, au contraire, cette renonciation serait juridiquement inopérante ou devenue sans effet, permettant à leurs descendants de demeurer les héritiers légitimes de la Maison royale.
Si le Royaume des Deux-Siciles a disparu avec l'unification italienne en 1861, dans des conditions très controversées, les débats autour de son héritage symbolique demeurent encore particulièrement vifs au sein des cercles monarchistes neo-bourboniciens napolitains et siciliens qui se déchirent sur les réseaux sociaux comme chez les membres de l’Ordre constantinien de Saint-Georges, cette oeuvre caritative importante donc chaque chef de famille est à la tête.
La récente exposition médiatique du couple formé par Marie-Caroline de Bourbon-Deux-Siciles et Jordan Bardella a ainsi rappelé que derrière les photographies mondaines et les chroniques sentimentales subsiste une rivalité dynastique jamais totalement éteinte. Plus d'un siècle après l'Acte de Cannes, la question de la légitimité au sein de l'ancienne Maison royale des Deux-Siciles continue de diviser les descendants des anciens monarques Bourbons, experts en généalogie et d'alimenter un débat où histoire, droit dynastique et mémoire familiale restent étroitement imbriqués.
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