Monarchies et Dynasties du monde Le site de référence d’actualité sur les familles royales

Le Mexique impérial : une nostalgie qui ne meurt pas

De l’épopée de Maximilien Ier aux nostalgies monarchistes contemporaines, le Mexique entretient une relation singulière avec son passé impérial. Aujourd’hui encore, quelques irréductibles rêvent de voir renaître une institution pourtant condamnée en 1867.

Chapultepec !  Il suffit de prononcer ce nom pour que surgissent aussitôt les grandes heures de l’épopée aztèque. Perché sur une colline sacrée qui domine Mexico, un palais aux allures européennes semble encore défier le tumulte de la capitale mexicaine.

Il faut franchir les grilles du parc, traverser ses jardins luxuriants et multicolores, pour apercevoir, flottant au-dessus des arbres, le drapeau vert, blanc et rouge du Mexique. En son centre, l’emblème national- un aigle posé sur un figuier de Barbarie, dévorant un serpent- rappelle que ce lieu appartient autant à la légende nationale qu’à l’histoire. Puis apparaît l’imposante silhouette du château.

Derrière ses murs, les crinolines ont autrefois tournoyé dans des valses interminables. Les violons faisaient résonner une musique légère et triomphante, comme si rien ne pouvait interrompre cette parenthèse impériale. Pourtant, derrière les fastes, se dessinait déjà une tragédie. Cette partition, euphorique autant que trompeuse, devait s’achever quelques années plus tard devant un peloton d’exécution.

Cent soixante ans plus tard, à l’ombre du palais impérial, subsiste encore une nostalgie monarchiste. Minoritaire et discrète, elle continue de rêver au retour de l’institution impériale.

Allégorie du couronnement d'Agustin Ier @wikicommons

Le règne bref d’Agustin Ier

Voulue par l’Empereur Napoléon III pour des raisons à la fois géostratégiques, politiques, religieuses et économiques, l’expédition française du Mexique (1861-1867)  devait permettre à la France d’étendre son influence sur le continent américain et d’y installer un régime favorable à ses intérêts.

Elle fut pourtant l’un des échecs militaires les plus retentissants du Second Empire. Même l’héroïsme des soldats français à Camerone (30 avril 1863), devenu l’un des épisodes les plus célèbres de cette aventure, ne suffira pas à masquer l’issue désastreuse de l’entreprise. Trois ans seulement après la proclamation de Maximilien de Habsbourg-Lorraine comme empereur du Mexique, le souverain, abandonné par ses soutiens européens et confronté à l’intransigeance républicaine du Président Benito Juárez, est capturé. Il avait fait fi des conseils de son frère, l’Empereur François-Joseph , de ne pas suivre les propositions de Napoléon III, lui-même trompé par des rapports trop élogieux.

L’Empereur de France avait succombé à l’appétit de ses ambitions expansionnistes, lui qui rêvait aussi créer un vaste réseau de monarchies sur le continent américain. 

Le Mexique avait déjà connu un premier Empire avec Agustin Ier de Iturbide, un ancien bourboniste qui avait fini par rejoindre les rebelles qui souhaitaient s’affranchir de la tutelle coloniale espagnole. Une indépendance obtenue en 1821. Agustin de Iturbide avait fini par se proclamer Empereur l’année suivante. Un règne s’étalant de mai 1822 à mars 1823, contraint d’abdiquer sa couronne.  Sa tentative de restauration en 1824 se soldera par un échec et son exécution.

Entre république et monarchie @FDN

Une idée monarchique persistante

La République installée, à peine proclamée, sombre rapidement dans l’instabilité. Pour autant, le Mexique connaît diverses tentatives de restauration de l'institution imépriale.

Lorsque l’Espagne tente de reconquérir son ancienne vice-royauté (1828), le journal conservateur El Sol réfléchit à un monarque issu de la lignée des Bourbons avant finalement d’abandonner l’idée par « patriotisme ».  En 1834, le clergé propose à son tour de restaurer l’Empire. C’est le « Plan de la monarchie indigène »  qui prévoyait la création d'un congrès - à raison d'un député pour 100 000 habitants- chargé de rédiger en six mois une constitution monarchiste « modérée », d'élire un souverain et d'instaurer un conseil d'État. L'empereur devait être tiré au sort parmi douze jeunes hommes célibataires, nés et résidant au Mexique, capables de prouver une descendance directe de l’Empereur aztèque Moctezuma II. Une fois désigné, le monarque jurait fidélité à l'Église catholique, à la nouvelle constitution et à l'intégrité du territoire. S'il était d'origine indigène, il devait épouser une femme blanche, et inversement, s'il était blanc, une femme de pure souche indigène. Enfin, l'accord instituait un conseil d'État permanent et élu, devant obligatoirement compter un représentant autochtone et un membre d'au moins quarante ans issu des autres ethnies du pays. Le projet fut éventé, les prêtres arrêtés.

En 1840, peu de temps après la révolte des Fédéralistes, l’ancien ministre des Affaires étrangères  José María Gutiérrez de Estrada (1800-1867) publia une brochure plaidant pour une convention constitutionnelle chargée d'examiner les causes des troubles qui avaient affecté la nation. Il soutenait également que cette convention devait avoir le pouvoir de proposer toute forme de gouvernement comme solution pour le Mexique et affirmait ouvertement que, selon lui, une monarchie dirigée par un prince étranger constituait la meilleure forme de gouvernement pour le Mexique à cette époque. Le gouvernement mexicain réagit à la brochure en la qualifiant de trahison et d'incitation à la guerre civile. De nombreuses réfutations furent publiées. L'éditeur fut emprisonné et Gutiérrez Estrada exilé en Europe.

En décembre 1845, profitant des tensions avec les États-Unis, le général monarchiste Mariano Paredes d'Arrillaga prit le pouvoir en renversant José Joaquín Herrera. Une fois à la tête de l'État, il fit l'éloge du passé colonial et laissa entrevoir un changement de régime. Les monarchistes profitèrent des élections législatives pour mener la campagne la plus virulente en faveur de la couronne depuis les années 1820, avec l’appui de la presse locale, tandis que la diplomatie mexicaine sondait discrètement les puissances européennes quant au retour potentiel d'un prince Bourbon (le duc Henri de Bourbon-Séville ou l’infante Louise-Ferdnande d’Espagne) sur le trône mexicain.

Le traumatisme de la guerre américano-mexicaine (1846-1848), marqué par la perte de territoires et une humiliation sur la scène internationale, suscita une profonde exaspération parmi les intellectuels mexicains. Cette débâcle offrit un terreau fertile à la résurgence des idées monarchistes. La portée de cette dynamique est illustrée par un échange entre les figures libérales José María Luis Mora et Mariano Otero : ce dernier affirmait en effet que les monarchistes auraient pu prendre le pouvoir au Mexique sans le contre-coup de la révolution de 1848 en France, dont le basculement républicain réorienta la trajectoire politique mexicaine. Il est vrai que la France et la Grande-Bretagne avaient soutenu le projet de retour de l'institution impériale.

En 1853, après le renversement du président Mariano Arista lors d'un coup d'État, l’ancien ministre des Relations Extérieures Lucas Alamán invita le général Lopez de Santa Anna à prendre la présidence. L'idée était qu'il assure le pouvoir par intérim, le temps de trouver un monarque étranger pour le pays. Nommé secrétaire aux Affaires étrangères, Alamán confia son projet monarchiste au ministre français André Levasseur. Lequel était déjà connu pour avoir soutenu l’aventure mexicaine du comte Gaston de Raousset-Boulbon dans la Sonora. Le gouvernement mandata alors officiellement José María Gutiérrez Estrada pour démarcher les cours de Grande-Bretagne, de France, d'Autriche-Hongrie et d'Espagne à la recherche d'un candidat royal. Sur ses conseils, un autre diplomate monarchiste, José María Hidalgo, fut nommé en Espagne pour y sonder les prétendants espagnols au trône.

Le  général de Santa Anna, le tombeur d’Alamo, finit par succomber lui-même à l’attrait du trône. Lors de son dernier mandat en 1853, il établit une dictature conservatrice et se fait attribuer le titre de « Su Alteza Serenísima » (Son Altesse Sérénissime). Dans la foulée, il se fait également accorder le droit de gouverner à vie et de désigner lui-même son successeur, exerçant ainsi un pouvoir absolument monarchique, même si l'appellation restait républicaine. De nombreux historiens estiment que Santa Anna laissait planer l'option monarchique par vanité et opportunisme politique. S'il préférait les honneurs royaux à l'exercice d'une vraie couronne (ce qui aurait pu irriter la population), son style de gouvernement, sa cour et ses décrets perpétuels trahissaient un désir profond de régner en monarque absolu.

Cependant, la mort d'Alamán en juin 1853 puis le renversement de Santa Anna par les libéraux en 1855 coupèrent court à ces démarches, retirant toute accréditation à Estrada et Hidalgo. Malgré cet échec, les tensions sous la présidence du libéral Juan Álvarez ravivèrent les ambitions monarchistes : L’ancien ministre des Finances Antonio de Haro y Tamariz, proche de l'ambassadeur de France, le comte Jean Alexis Cadoine de Gabriac (favorable à un retour de la monarchie), complota alors pour replacer la maison d'Iturbide sur le trône (le prince Agustín Jerónimo de Iturbide y Huarte), envisageant même de s'en emparer lui-même si le prétendant déclinait.

Maximilien Ier proclame empereur du Mexique @Wikicommons

La France, partenaire du mouvement monarchique, et Maximilien Ier

Privés de toute reconnaissance officielle, Gutiérrez Estrada et José María Hidalgo poursuivirent néanmoins leur lobbying en faveur d'une monarchie mexicaine. En juin 1857, Gutiérrez rencontra directement Napoléon III. De son côté, bien qu'Hidalgo eût retrouvé un poste diplomatique pour le Mexique, il ne disposait d'aucun mandat pour promouvoir ce projet. Son réseau le conduisit surtout vers l'impératrice Eugénie de Montijo. Lors d'une rencontre à Biarritz en août 1857, cette dernière estima qu'une monarchie profiterait au Mexique. Hidalgo lui rappela alors que des tentatives avaient déjà eu lieu en 1846 et 1854. Séduite par l'idée, l'impératrice commença à faire pression sur son époux.

En parallèle, d'autres acteurs alimentaient la réflexion à Paris. Le marquis de Radepont, exploitant agricole installé au Mexique, fut convaincu par les monarchistes locaux et adressa un mémoire au gouvernement français. Il y détaillait la mise en œuvre d'un tel empire avec le soutien de la France, le présentant comme un rempart contre l'expansionnisme américain, à l'image du rôle joué par l'Empire ottoman face à la Russie. Au Mexique, le président de la Cour suprême, Luis de la Rosa, manifesta lui aussi son soutien à cette option, mais son décès en 1856 mit fin à son implication.

Malgré ces soutiens, Napoléon III tempéra les ardeurs d'Estrada et d'Hidalgo en 1857 : il expliqua ne disposer d'aucun prétexte légitime pour intervenir et refusa de risquer un conflit diplomatique avec les États-Unis. Qui ne devait pas tarder à arriver.

La suspension du paiement de la dette extérieure mexicaine en juillet 1861 fournit le prétexte à la convention de Londres, réunissant la France, l'Espagne et la Grande-Bretagne pour une expédition punitive. Partisan de la neutralisation temporaire des États-Unis due à la guerre de Sécession - qui empêchait l'application de la doctrine Monroe -, Napoléon III instrumentalisa ce différend financier pour exécuter le plan de restauration monarchique mûri par les exilés conservateurs. Si les contingents espagnols et britanniques rembarquèrent au printemps 1862 après la découverte des visées géopolitiques françaises, l'armée impériale s'engagea seule dans la conquête du territoire.

Sur le plan idéologique, les journaux conservateurs mexicains légitimèrent l'intervention française en invoquant le droit international classique (notamment Vattel et Félice). Selon leur argumentation, l'opération visait non pas la vassalisation du pays, mais l'instauration d'une monarchie stable capable de faire contrepoids à l'hégémonie des États-Unis, victorieux de la guerre de 1846-1848.

La chute de la capitale permit l'établissement d'une régence qui offrit le trône à l’archiduc Maximilien de Habsbourg-Lorraine en avril 1864. Poussé par son épouse, la princesse Charlotte de Belgique, il accepta très rapidement heureux de ne plus être qu’un simple cadet de la maison impériale d’Autriche. Malgré la politique modérée du souverain, le régime souffrit d'un déficit chronique de légitimité, incarnant une occupation étrangère face à la résistance républicaine menée par le président  Benito Juárez. La fin du conflit sécessionniste aux États-Unis en 1865 modifia radicalement le rapport de force : sous la menace d'une confrontation directe avec Washington, Napoléon III ordonna l'évacuation des troupes françaises en 1866. Isolés, l'Empereur et ses derniers fidèles cédèrent en 1867. L'exécution de Maximilien Ier en juin 1867 mit un point final définitif aux tentatives d'implantation monarchique au Mexique. 

Généalogie de la Maison impériale du Mexique@wikicommons

Le second Empire réhabilité

Le souvenir de Maximilien Ier demeure pourtant bien vivant au Mexique. Il est entretenu par un fin connaisseur de l’histoire impériale, un membre de la famille des Habsbourg-Lorraine.

Don Carlos Felipe de Habsburgo-Lorena y Arenberg est né le 18 octobre 1954. Polyglotte -il parle notamment allemand, espagnol, français, anglais et catalan -,  possède cette aisance naturelle propre à ceux qui ont grandi dans un univers où les langues, les généalogies et les destins dynastiques font partie du quotidien. Fils de l’archiduc Félix de Habsbourg-Lorraine (1916-2011), il est également le petit-fils de Charles Ier, dernier empereur d’Autriche-Hongrie, Charles Ier.

Pour ses partisans -quelques milliers de monarchistes, de passionnés d’histoire et de nostalgiques de l’Empire -, il ne fait guère de doute qu’il incarne aujourd’hui la branche dynastique susceptible de revendiquer l’héritage impérial mexicain.  L’intéressé, toutefois, n’a jamais véritablement formulé de prétention officielle au trône. Il est animé par la seule volonté de réhabiliter la mémoire d’un homme qui fut plus qu’un souverain étranger dans cette partie de l’Amérique latine.  « Les choses ont beaucoup changé », expliquait-il lors d’une interview à Realeza (2020/2023), lorsqu’il évoque la manière dont les Mexicains perçoivent aujourd’hui le Second Empire. Selon lui, la représentation d’un Maximilien présenté uniquement comme un souverain étranger venu exploiter les populations pauvres et indigènes appartient désormais largement au passé. « La vision longtemps distillée qui affirmait que l’empereur exploitait les pauvres et les Indiens n’existe plus », affirme-t-il.

« Aujourd’hui », poursuit-il encore, « l’empereur Maximilien Ier est désormais présenté depuis une décennie sous un meilleur visage ». « Pièces de théâtres, livres, nouvelles autobiographies, conférences nous montre un homme humain, rêveur, qui se voulait chef d’Etat avec la volonté de défendre les plus vulnérables et qui a laissé un certain nombre de lois que l’on utilise encore au Mexique » rappelle-t-il.

Carlos Felipe de Habsburgo-Lorena y Arenberg @ Casa de Habsburgo en México

Une guerre de prétendants  ? 

Suivi par 20 000 personnes sur le réseau social Facebook ,L’archiduc Carlos Felipe de Habsburgo-Lorena y Arenberg reconnaît qu’une certaine nostalgie du XIXème siècle s’est emparée du pays qui aurait tendance à regarder cette partie de cette histoire de manière faussement romantique.

Pour ce père de deux enfants, le conflit fut surtout centré sur cette rivalité qui opposait monarchistes et républicains avec en fond de toile, des Etats-Unis qui ne voulaient pas d’une monarchie à leur frontière. Du côté des détracteurs de l’empereur Maximilien, on se gausse des gesticulations des monarchistes, comme des spéculations sur un éventuel retour de la monarchie au Mexique.

Il est difficile de quantifier le nombre de monarchistes existant au Mexique.  Aucun parti officiel? mais des associations qui cultivent le souvenir d’un empire défunt. Ils sont particulièrement actifs sur les réseaux sociaux, dissertant à foison sur l’histoire des deux empires, divisés sur la question du prétendant. Pour une partie d’entre eux, Don Carlos Felipe de Habsburgo-Lorena y Arenberg n’a aucun droit au trône et avancent un autre nom qui leur paraît plus légitime :  Celui du comte Maximilian von Götzen-Iturbide (né en 1944), qui n’a jamais acte de prétention, guère connu Mexique que des seuls intéressés. Quant aux descendants du dernier souverain aztèque, ils coulent des jours heureux en Espagne, peu intéressés par un hypothétique trône. 

Sondage sur la monarchie @FDN

La nostalgie monrachique, un paradoxe mexicain

Bien que le Mexique n’ait jamais réellement trouvé une stabilité politique tout au long de son histoire républicaine, marquée par des pouvoirs oscillant entre autoritarisme et libéralisme, des putschs et des rébellions (les plus célèbres étant celles de Pancho Villa (1910-1920) et celle des catholiques Cristeros (1926-1929) en réaction à une laïcisation forcée du pays), une tentative de restauration de la monarchie ( ?) en faveur du prince Agustin de Iturbide y Green sous la présidence de Porfiro Diaz ( qui verrouilla les clefs de l’état en sa faveur ),  l’idée monarchique est encore soutenue par un quart des Mexicains.

En juillet 2014, l’institut Paramétria avait publié un sondage sur la perception de cette institution par les Mexicains : 24 % se disaient favorables aux monarchies, 22 % y étaient opposés, 29 % n’étaient ni favorables ni défavorables à l’idée. Aucun élu n’a par ailleurs mis le débat sur la place publique.

L’idée d’un retour de la monarchie au Mexique demeure aujourd’hui largement marginale. Pour l’avocat Alfonso Cervantes y Sánchez-Navarro, comte d’Echauz, les monarchistes mexicains continuent de payer le poids d’une histoire officielle qui a durablement condamné leur cause. « Les royalistes au Mexique sont totalement stigmatisés à cause de l’histoire officielle qui nous considère comme des traîtres », déplore-t-il. « La monarchie est morte au Mexique en 1867. Ce sont les libéraux qui l’ont enterrée », affirme de son côté l’historien et essayiste Enrique Krauze. « Dès lors, plus personne n’a envisagé l’idée d’une monarchie », ajoute-t-il.

Une situation que regrette également le Movimiento Monarquista Mexicano ou  l’Asociación Monarquista Mexicana, qui s’inquiètent notamment de voir certains symboles de l’ancien Empire récupérés par l’extrême droite locale. Pour les monarchistes, cette appropriation politique contribue à caricaturer davantage une cause déjà largement marginalisée dans l’opinion publique.

Le mouvement dénonce parallèlement la corruption persistante, l’impunité dont bénéficieraient certains responsables politiques et les dérives d’une classe dirigeante jugée éloignée des préoccupations de la population. Mais derrière les critiques adressées à la République, les monarchistes mexicains savent aussi mesurer le fossé qui sépare leur idéal de la réalité politique du pays. Alfonso Cervantes y Sánchez-Navarro le reconnaît d’ailleurs avec un réalisme teinté de résignation : « Le temps des empereurs au Mexique semble malheureusement révolu. »

« Une nostalgie et une mentalité persistent dans le pays, poussant les présidents, même ceux aux sympathies libérales, à se comporter comme des monarques », explique Enrique Krauze. « Les mandats durent six ans et, bien que la réélection ne soit pas autorisée, sous le PRI, la pratique de la succession était courante : les présidents, si monarchistes, choisissaient eux-mêmes leurs successeurs. ». Ainsi, selon l’historien, il ne reste des monarchies au Mexique que certains traits dans la manière dont ses présidents gouvernent

Le poète Octavio Paz a dit un jour : « Le Mexique ne se consolera jamais de n’avoir pas été une monarchie. » Une phrase qui résume à elle seule le paradoxe du monarchisme mexicain : une mémoire impériale toujours vivante, quelques défenseurs déterminés, mais aucune perspective politique crédible de restauration à l’horizon.

Copyright@Frederic de Natal

Date de dernière mise à jour : 26/08/2026