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Attaque dans une église en Jordanie : le roi promet une réponse ferme

Une attaque meurtrière dans une église plonge la Jordanie dans le deuil et place le roi Abdallah II face à une nouvelle épreuve sécuritaire. Au-delà du drame, c’est la place des chrétiens et la coexistence religieuse au sein du royaume hachémite qui sont interrogées.

La Jordanie a été frappée par une attaque d’une gravité exceptionnelle.

Vendredi 23 octobre 2026, dans le village de Hammoud, au sein du gouvernorat de Karak, dans le sud du royaume, des hommes armés ont ouvert le feu sur une église grecque-orthodoxe où se déroulaient des funérailles. Le bilan communiqué par les autorités fait état de sept morts et de plusieurs dizaines de blessés. Les chiffres diffusés dans les premières heures ont varié, certains bilans faisant état de 34 blessés, tandis que le directeur de la Sécurité publique en a ensuite annoncé 27.

Selon les premiers témoignages, les assaillants sont arrivés à bord d’un véhicule avant de tirer sur les personnes réunies pour rendre un dernier hommage à un membre de la communauté locale. Entre 150 et 200 personnes auraient été présentes dans l’église et ses abords. Des images de vidéosurveillance diffusées après les faits semblent montrer deux hommes armés, ainsi qu’un troisième individu dont le rôle exact reste à établir.

La violence de l’attaque a rapidement transformé la cérémonie en scène de panique. Des fidèles ont tenté de se mettre à l’abri sous les bancs, de s’éloigner des fenêtres ou de fuir le bâtiment. D’autres se sont retrouvés au milieu des blessés et des victimes. Un témoin interrogé par le quotidien Asharq Al-Awsat a raconté avoir vu son cousin mortellement touché par une balle alors qu’il se tenait à ses côtés. Malgré les tirs, il a tenté de rejoindre l’église pour secourir sa mère, qui se trouvait encore à l’intérieur.

Le ministre jordanien de l’Intérieur, Mazen al-Faraya, a dénoncé une opération menée par un « groupe d’extrémistes ». Les autorités ont annoncé l’ouverture d’une enquête et le lancement de recherches pour retrouver les auteurs.

 

 

Le roi Abdallah II promet une réponse implacable

Face à l’émotion provoquée par le drame, le roi Abdallah II a rapidement pris la parole. Le souverain a promis que les responsables seraient confrontés aux « sanctions les plus sévères » et a affirmé que le royaume ne tolérerait aucune tentative de déstabilisation.

Le monarque s’est rendu à l’hôpital auprès des blessés afin de s’enquérir de leur état de santé. Sa visite, largement relayée par les médias jordaniens, revêt une portée qui dépasse le seul geste de compassion. En se présentant au chevet des victimes, le roi entend  rappeler que l’État se tient  fermement aux côtés de tous ses citoyens, quelles que soient leurs convictions religieuses.

Dans un message publié sur le réseau social X, Abdallah II ad'ailleurs  insisté sur l’unité du pays : « Tous les Jordaniens, du nord au sud du pays, partagent la même terre et restent unis. Aucun acte de trahison ne pourra les diviser. ». Le souverain a également présenté ses condoléances aux familles des victimes et souhaité un prompt rétablissement aux blessés. « Chaque vie jordanienne est précieuse, et nous agirons avec une main de fer contre quiconque s’attaque à ce pays », a-t-il déclaré. 

Le gouvernement a par ailleurs décrété trois jours de deuil national, avec les drapeaux mis en berne sur les bâtiments officiels et les institutions publiques. Cette décision souligne la dimension nationale donnée à l’événement : les victimes ne sont pas présentées comme les membres d’une communauté isolée, mais comme des citoyens jordaniens frappés dans un lieu de culte. Derrière la fermeté affichée par le palais royal se dessine un enjeu majeur pour la monarchie Hachémite: empêcher que l’attentat ne provoque une fracture entre musulmans et chrétiens. 

 

 

Les chrétiens, une composante historique de la Jordanie

Si la Jordanie est un pays à très forte majorité musulmane, sa présence chrétienne constitue une réalité historique ancienne. Les communautés chrétiennes du royaume  appartiennent notamment aux traditions grecque-orthodoxe, catholique latine, melkite, arménienne et protestante. Elles entretiennent des liens profonds avec plusieurs villes et régions du pays, parmi lesquelles Amman, Madaba, Salt et Karak.

Leur poids démographique demeure minoritaire, mais les estimations varient selon les sources et les méthodes de comptabilisation. Il convient donc de se garder d’un chiffre unique présenté comme incontestable. Les chrétiens sont généralement estimés à une faible proportion de la population jordanienne, souvent autour de 2 à 4 % selon les évaluations couramment citées. Leur importance historique, culturelle et institutionnelle ne se mesure toutefois pas à leur seule part démographique.

La Jordanie conserve en effet des églises anciennes, des sites de pèlerinage et des lieux associés à l’histoire du christianisme au Proche-Orient. La région de Madaba, notamment, est connue pour ses mosaïques byzantines, tandis que le territoire jordanien occupe une place dans la géographie biblique et dans l’histoire des premières communautés chrétiennes.

À Karak, les chrétiens font partie du tissu social local depuis plusieurs générations, depuis l’Empire Byzantin qui en avait fait un archevêché. Également sous le royaume de Jérusalem où son château a abrité Renaud de chatillon et une célèbre bataille entre le roi Baudouin IV et Saladin. C’est en 1188 que ce fief latin fut conquis par les musulmans. Le gouvernorat actuel compte notamment le clan Al Halasa, présenté dans les informations relatives à l’attaque comme l’une des principales familles chrétiennes de la région. Les liens familiaux, les solidarités locales et les traditions de coexistence entre communautés musulmanes et chrétiennes contribuent à façonner l’identité de ce territoire.

Soutenu par le Patriarcat Latin de Jérusalem qui a condamné cet attentat, l’archidiocèse grec-orthodoxe de Jordanie a d’ailleurs affirmé que, si l’objectif des assaillants était de pousser les chrétiens à quitter le pays, cette violence ne ferait que renforcer leur volonté d’y demeurer. Il a également souligné sa confiance dans la capacité de la société jordanienne à résister aux idéologies extrémistes, qu’il estime étrangères à la tradition d’islam modéré défendue dans le royaume.

 

 

Abdallah II et les chrétiens : une relation inscrite dans la politique de coexistence

Depuis son accession au trône en 1999, Abdallah II présente régulièrement la coexistence religieuse comme un élément constitutif de l’identité jordanienne. Cette orientation s’inscrit dans la continuité d’une monarchie qui cherche à maintenir la stabilité d’un pays situé au cœur d’un environnement régional marqué par les conflits, les tensions confessionnelles et les déplacements de population.

Le roi a notamment défendu, sur la scène internationale, une conception de l’islam fondée sur le dialogue, la modération et le respect des autres religions. En 2004, il a lancé le Message d’Amman, une initiative destinée à promouvoir une interprétation de l’islam mettant en avant la tolérance, la reconnaissance des différentes écoles musulmanes et la lutte contre les dérives extrémistes. En 2010, il a également soutenu la Semaine mondiale de l’harmonie interconfessionnelle, proposée aux Nations unies, qui encourage le dialogue entre les religions.

Cette politique s’accompagne d’une reconnaissance institutionnelle des communautés chrétiennes. Celles-ci disposent de leurs propres lieux de culte et de structures ecclésiastiques, tandis que le système politique jordanien leur réserve une représentation parlementaire par le biais de sièges attribués aux chrétiens. Cette représentation ne signifie pas que les communautés chrétiennes échappent à toutes les difficultés rencontrées par les autres citoyens, mais elle témoigne de leur place reconnue dans l’organisation institutionnelle du pays.

Les rapports entre la monarchie et les chrétiens s’inscrivent également dans une histoire plus longue. La dynastie hachémite, qui fonde une part de sa légitimité sur son ascendance et son rôle religieux dans le monde musulman, a parallèlement cherché à préserver l’image d’un royaume où les minorités religieuses peuvent vivre et pratiquer leur foi. Cette dimension revêt une importance particulière dans un contexte régional où les chrétiens ont été confrontés, dans plusieurs pays, aux conséquences de la guerre, aux persécutions et à l’exode. Dans un entretien accordé en 2009 au média allemand Tagespost, Abdallah II déclarait être fier des citoyens chrétiens de son pays et de leur contribution au développement de la Jordanie. Il soulignait leur présence au sein du gouvernement, du Parlement et de l’armée

Le monarque a régulièrement mis en avant la protection des lieux saints chrétiens et musulmans à Jérusalem, où la monarchie hachémite conserve un rôle historique de gardienne des lieux saints musulmans, tout en défendant le maintien du patrimoine religieux chrétien. Cette politique relève à la fois de la diplomatie, de la responsabilité religieuse revendiquée par la dynastie et de la volonté de préserver une présence chrétienne au Proche-Orient.

Pour autant, cette relation ne doit pas être réduite à une alliance politique uniforme. Les chrétiens de Jordanie forment des communautés diverses, avec des sensibilités et des préoccupations qui ne sont pas nécessairement identiques. Leur place dans le royaume repose autant sur leur enracinement historique et leur citoyenneté que sur les garanties institutionnelles et le discours de coexistence porté par les autorités.

 

 

Une attaque qui ravive le souvenir du drame de Karak en 2016

La violence survenue à Hammoud réveille également le souvenir d’un précédent meurtrier dans le même gouvernorat. En décembre 2016, Karak avait été le théâtre d’une attaque impliquant des hommes armés associés à l’organisation État islamique (DAESH). Les assaillants s’étaient retranchés dans la forteresse historique de la ville, où une opération des forces de sécurité avait duré plus de quinze heures.

Le bilan officiel de cet épisode avait fait état de quatorze morts selon les chiffres rapportés dans les premiers récits, parmi lesquels des membres des forces de sécurité, des civils et une touriste étrangère. Les quatre assaillants avaient été tués. Cet événement avait profondément marqué la région et rappelé que, malgré la stabilité relative du royaume, la menace djihadiste n’avait pas disparu.

Il serait toutefois prématuré d’établir un lien direct entre l’attaque de Hammoud et les réseaux responsables des violences de 2016. Les autorités jordaniennes ont évoqué un groupe d’extrémistes et poursuivent leurs investigations, mais les responsabilités précises et les éventuelles affiliations des suspects doivent être établies par l’enquête. La Jordanie a jusqu’ici été moins exposée que certains de ses voisins à des campagnes prolongées de violences confessionnelles. Cette relative stabilité constitue un élément important de son identité politique et de son positionnement régional. Elle n’exclut cependant ni les risques sécuritaires ni la possibilité d’attaques visant des rassemblements ou des lieux

La condamnation de l’attaque par le président libanais Joseph Aoun, qui a dénoncé une atteinte à la coexistence et aux valeurs humaines, souligne également la portée régionale du drame. Les attaques contre des lieux de culte touchent des communautés particulières, mais elles interrogent plus largement la capacité des États du Proche-Orient à protéger leur diversité religieuse.

Reste désormais à identifier les auteurs, à déterminer leurs motivations (trois personnes ont déjà été arrêtées) et à établir si d’autres personnes ont participé à la préparation de l’attaque. La fermeté annoncée par le souverain devra se traduire par les résultats de l’enquête et par la justice rendue aux victimes.

Copyright@Frederic de Natal

Date de dernière mise à jour : 26/10/2026